Le Caire, 24 janvier 1936
Cher Monsieur,
J’ai reçu votre lettre avant-hier ; merci tout d’abord de vos bons vœux ; à mon tour, je vous adresse tous les miens, bien qu’ils doivent vous parvenir un peu tardivement…
Vous ne vous trompez pas en pensant que ma correspondance, ces temps-ci, a dû être plus chargée encore qu’à l’ordinaire ; depuis un mois, c’est à peine si j’arrive à m’y reconnaître !
J’ai su par M. Philipon l’envoi qu’il vous a fait de son exemplaire des planches de Khunrath, disant qu’il était trop heureux de vous faire ce plaisir ; et j’ai été moi-même très heureux aussi de l’accueil qu’il a fait ainsi à la demande que je lui avais adressée pour vous.
Je n’ai pas encore pu, hélas, trouver le temps de m’occuper de vos traductions ; quand vous m’enverrez le reste, je tâcherai enfin de rechercher le texte et de voir le tout en même temps…
J’ai reçu cette semaine seulement le « Voile » de décembre ; Chacornac, toujours distrait, avait oublié de me l’envoyer ! Je viens donc de lire votre article, que je trouve très bien ; je vois que le sujet, tel que vous l’avez pris, n’était vraiment pas facile à traiter en effet, mais il me semble que vous vous en êtes très bien tiré, et je ne trouve aucune inexactitude à vous signaler. Naturellement, cela touche à beaucoup de questions que vous ne pouvez faire qu’indiquer plus ou moins rapidement ; autrement, ce n’est pas un article qu’il y aurait fallu, mais tout un volume ! – Il y a plusieurs de ces questions auxquelles j’ai souvent pensé moi-même, entre autres celle de la double spirale et de son symbolisme, sur laquelle j’avais depuis longtemps l’intention d’écrire quelque chose ; peut-être vais-je me décider à le faire, en prenant pour point de départ ce que vous dites, et en y apportant certains compléments que je vais rechercher dans mes notes. – J’ai aussi en vue un ou deux articles sur la cosmologie pythagoricienne, sans parler de celui que je me proposais d’écrire sur l’Apollon hyperboréen pour le n° spécial sur la tradition hellénique, si ce projet avait pu être maintenu…
Combien vous reste-t-il encore d’articles pour terminer votre série ? C’est dommage que vous renonciez au tirage à part ; il est vrai que, si vous reprenez ensuite la chose pour en faire un volume sous une forme plus ou moins différente, ce ne sera en somme qu’ajourné ; mais, puisque vous parlez à ce propos de la question financière, est-ce que la nécessité d’une nouvelle composition n’entraînera pas alors des frais beaucoup plus élevés que ceux du simple tirage à part ?…
Excusez ma hâte ; je tenais tout au moins à vous répondre sans tarder ; j’espère que ma lettre ne sera pas trop longtemps en route, quoique les courriers soient assez irréguliers en ce moment !
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 24 января 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)