Le Caire, 16 janvier 1947
[…] Pour ce qui est de Clavelle, je ne crois pas non plus qu’il puisse y avoir le moindre inconvénient à son entrée dans la Maçonnerie, mais, pour des raisons que vous comprendrez facilement, je préférais vous laisser le soin de le lui dire vous-même ; il m’a écrit depuis lors qu’il avait reçu votre lettre et que puisqu’il en était ainsi, il n’hésitait plus à participer au projet envisagé. Au sujet de celui-ci, je vois que vos préférences vont à l’idée d’une Loge indépendante, idée qui du reste est aussi celle qu’Humery avait eu déjà autrefois ; cela aurait en effet bien des avantages à divers égards, à commencer par celui d’éviter entièrement toute obligation d’accueillir des visiteurs étrangers. À côté de cela, il y a seulement un inconvénient que j’ai déjà signalé à Clavelle : c’est que, étant donné ce qu’est actuellement l’organisation administrative des Obédiences, les Maçons qui seraient initiés dans cette Loge ne seraient pas reconnus et ne pourraient pénétrer nulle part, de sorte qu’ils seraient ainsi sérieusement désavantagés par rapport aux autres membres. Il n’est peut-être pas impossible de trouver une solution à cette difficulté, mais je dois dire que je ne la vois pas pour le moment, ou du moins je n’en vois qu’une : ce serait de ne pas faire d’initiations et de faire tout d’abord recevoir les futurs membres dans une loge ordinaire ; on aurait ainsi quelque chose qui correspondrait à ce qu’on appelle en Angleterre les « Loges d’instruction », mais avec la différence que celles-ci sont comme les autres rattachées à la Grande Loge, et aussi qu’elles ne font guère autre chose que de s’occuper de recherches purement historiques.
À propos des rapports entre la Maçonnerie et l’Islam, S. Mustapha [Michel Vâlsan] me raconte dans sa dernière lettre quelque chose de très curieux ; je vous transcris le passage : « Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de voir des planches arabes (vraisemblablement algériennes) dont une contenait des dessins qui donnaient en somme une interprétation maçonnique de la prière musulmane : les différentes phases de la « çalâh » étaient exprimées en tracés à l’équerre et au compas, ces outils figurant eux-mêmes avec leur propre tracé. C’était à la bibliothèque qu’administrait alors mon beau-père. Ce qui m’a beaucoup étonné, c’est que, sur les panneaux ainsi dessinés et portant des mots en arabe, il y avait aussi des mots en français (traduction), de sorte que je pense que ces toiles ont dû servir à quelque moment pour quelque exposition, ou reproduction dans quelque ouvrage, à moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose… Avez-vous quelque idée sur ce que cela peut être ? Je regrette de ne pas pouvoir revoir maintenant ces documents. » Je dois avouer que je ne sais pas du tout ce que c’est n’ayant jamais rien vu de semblable ; c’est dommage qu’il ne puisse pas se souvenir de quelques détails plus précis, permettant notamment de se rendre compte à peu près de quelle époque peuvent dater les planches en question (il est très possible que les mots en français y aient été ajoutés après coup). En tout cas, cela m’a fait repenser encore à ce que je vous avais dit, et dont je n’avais d’ailleurs rien dit jusqu’ici à S. Mustapha ; c’est seulement en lui répondant que je lui ai parlé à propos de cette histoire. […]
Каир, 16 января 1947 г.
(перевод на русский язык отсутствует)