Le Caire, 12 juin 1950
[...] Notre jeune Ahmed a maintenant 9 mois, et il essaie déjà de marcher ; fort heureusement, depuis sa naissance, il n’a jamais été malade même un seul jour ; souhaitons que cela continue ainsi !
[...] que nous avons eu dernièrement la visite de Monsieur Cuttat, qui n’était encore jamais venu ici. [...] Il vient d’être nommé conseiller de légation à Washington, où il doit se rendre en octobre prochain ; ce sera probablement son dernier poste avant d’être nommé ministre.
Sûrement, vous n’aviez pas besoin, en ce qui vous concerne, de me témoigner expressément votre solidarité à propos des attaques du sieur Frank-Duquesne
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, car je sais très bien ce qu’il en est. Depuis ma 2e réponse cet individu s’est tenu tranquille et n’a plus réagi de nouveau ; en se voyant désapprouvé à peu près par tout le monde, il a peut être fini par comprendre qu’il ferait mieux d’être plus prudent. Je viens de voir, dans une revue belge, un programme de conférences d’un groupe « radiesthésiste » où son nom figure à côté de celui d’occultistes de l’espèce la plus suspecte !
[...] À propos de Fernando Nobre, j’ai eu à plusieurs reprises des prospectus d’un « Institut » qui s’est fondé sous son nom à Paris, et où on fait des conférences pour la diffusion de ses idées « démophilocratiques » ; je me demande quels résultats il peut bien espérer obtenir de tout cela... Mon impression est qu’il y a là des gens qui tirent profit de lui en le flattant et en le présentant comme un des plus grands hommes de notre époque ; ces éloges excessives ne me paraissent pas être entièrement désintéressées !
[...] Je n’ai eu l’occasion de lire le livre de Monsieur Lallement, mais ce que vous m’en dites concorde bien avec ce que j’en ai su par ailleurs. Je crois comme vous qu’il doit bien connaître quelque chose de nos écrits, mais il ne faut peut-être pas trop s’étonner qu’il ne les cite jamais ; il n’est certainement pas le seul à agir ainsi, et d’ailleurs il se peut aussi qu’il y ait là de sa part une sorte de « tactique », parce qu’il doit probablement être au courant de l’hostilité de certains milieux à notre égard, et il est possible qu’il ne veuille pas risquer qu’elle rejaillisse sur lui ; mais en somme il n’y a pas lieu de s’en plaindre si cela lui permet du moins d’exprimer certaines idées sans éveiller la méfiance et la malveillance de tous ces gens, ce qui ne manquerait pas de se produire s’ils voyaient la mention de non nom ou de celui de quelqu’un de nos collaborateurs.
Il y a sûrement du vrais dans ce que vous dites au sujet de Saint Thomas ; vous seriez tout à fait d’accord là-dessus avec Monsieur Préau, qui va même jusqu’à considérer Aristote et Saint Thomas comme les premiers responsables du rationalisme moderne, ce qui est peut-être tout de même un peu exagéré. Dès lors qu’ils affirment l’existence de l’intellect pur, on ne peut pas parler de rationalisme en ce qui les concerne ; mais pratiquement, ils ne tirent guère de conséquences de cette affirmation de principe, et leur méthode exclusivement dialectique a pu servir par la suite aux rationalistes (bien que ceux-ci, à commencer par Descartes, se soient toujours montrés hostiles à Aristote et à la scolastique). Je ne pense pourtant pas que cela doive empêcher de les « utiliser », surtout à cause de leur grande influence dans le monde occidental, pour indiquer des rapprochements dans la mesure ou leurs doctrines sont quand même d’accord avec les idées traditionnelles, tout en montrant aussi leurs limitations quand il y a lieu, et en somme c’est ainsi que j’ai toujours fait. Ce qui n’est pas douteux, c’est que le Catholicisme aurait eu une orientation intellectuelle bien différente si l’influence platonicienne avait continué à s’y exercer comme avant Saint Thomas, au lieu d’être remplacée par l’influence aristotélicienne ; ce changement a eu, entre autres conséquences fâcheuses, celle d’y faire négliger l’étude des Pères de l’Église, et surtout des Pères Grecs qui sont certainement les plus intéressants au point de vue doctrinal. Bien entendu, rien de semblable ne s’est produit dans l’Église orientale, et c’est sans doute pour cela que sa théologie, jusqu’à notre époque même donne l’impression d’être beaucoup plus compréhensive et de ne s’être jamais enfermé dans des bornes aussi étroites. [...]
——————————[1] Études Traditionnelles 1949, pages 189-289. [Note de F. Galvao]
Каир, 12 июня 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)