Le Caire, 6 septembre 1949
Cher Monsieur,
Je vous écris aujourd’hui quelques mots seulement en hâte pour vous prévenir que je viens de recevoir une lettre d’un certain Monsieur Ary Vasconcelos (rua Gustavo Sampais, 202, apt. 302, Rio de Janeiro), qui m’est tout à fait inconnu ; ce qui m’étonne est qu’il a adressé cette lettre aux Pyramides, et je me demande par qui il a pu avoir cette adresse. Il me demande la permission de faire publier une traduction du « Roi du Monde » que, si je comprends bien, il doit avoir déjà faite ; naturellement, je lui réponds en lui demandant de se mettre tout d’abord en rapport avec vous et en lui disant que je n’autoriserai aucune traduction portugaise sans qu’elle ait été examinée et approuvée par vous, afin d’être sûr de son exactitude ; il est donc probable qu’il vous écrira bientôt à ce sujet. Je l’informe aussi qu’il faudra en tout cas attendre la publication de la nouvelle édition française actuellement en préparation, afin de tenir compte des quelques modifications et additions que j’y ai faite (bien entendu, si sa traduction est déjà prête et si autrement elle est satisfaisante, cela sera facile à arranger après coup. – Maintenant il faut que je vous dise qu’il y a dans sa lettre certaines choses que je trouve quelque peu ennuyeuses : d’abord il parle d’une traduction « avec commentaires » ; là-dessus, je lui dis nettement que je ne pourrais en aucun cas accepter cela, car il se pourrait très bien que ses commentaires ne répondent pas à mes véritables intentions. Il devra donc être entendu qu’il ne s’agira que d’une traduction pure et simple et qu’il n’y ajoutera rien de lui-même ; j’ai eu trop d’exemples de la façon dont beaucoup de gens, interprètent les choses pour ne pas me méfier ! Ensuite, il parle, au sujet de sa traduction, d’un but de « divulgation » des doctrines traditionnelles ; est-ce seulement parce qu’il ne saisit pas exactement le sens de certains mots en français, ou est-ce bien réellement ce qu’il a voulu dire ? Dans les deux cas, cela ne me paraît pas très rassurant pour sa compréhension de ce que j’écris, et ce que je crains c’est d’avoir affaire à quelqu’un ayant des tendances plus ou moins « occultistes » ; je vous prierai de tâcher de vous informer de ce qu’il en est au juste, et je crois qu’il conviendra d’examiner les choses de près et d’être très prudent avant de donner une autorisation. Je m’excuse de vous donner toute cette peine, et je vous remercie à l’avance.
Je veux croire que vous et les vôtres êtes toujours en bonne santé ; j’espère que ma dernière lettre (du 20 juillet) vous sera bien parvenue et que vous pourrez bientôt me redonner de vos nouvelles.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 6 сентября 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)