Le Caire, 31 janvier 1938
(Poste restante, bureau central)
Cher Monsieur,
Voilà en effet bien des années que je n’avais rien reçu de vous, et votre lettre a même bien failli ne pas me parvenir, car il y a déjà huit ans que j’ai quitté Paris et que j’habite ici...
Je suis heureux de tout ce que vous voulez bien me dire, et aussi de savoir votre intention de traduire l’un ou l’autre de mes livres, ce qui, malgré les objections que vous envisagez, ne me paraît pas pouvoir être une entreprise tout à fait inutile ; il y a peu de temps, on me disait justement qu’il serait bon qu’ils puissent être traduits en espagnole et en portugais. – L’année dernière, « L’Homme et son devenir » et « La crise du Monde moderne » ont paru en italien. En anglais, rien n’est encore publié (sauf « L’Homme et son devenir » qui a été traduit il y a déjà longtemps), mais il y a actuellement cinq volumes en train ; j’ai même beaucoup de travail pour revoir toutes ces traductions, de façon qu’elles soient aussi exactes que possible. Il y a aussi plusieurs projets de traduction en allemand, et même en polonais et en roumain... La plus grande difficulté, dans beaucoup de pays, est de trouver des éditeurs dans les conditions actuelles ; naturellement, je ne sais pas ce qu’il en est au Brésil à cet égard.
Pour l’ordre possible des traductions, il me semble qu’on peut en somme considérer « Orient et Occident », « La Crise du Monde Moderne » et « Autorité spirituelle et pouvoir temporel » comme formant une sorte de série indépendante de celle des ouvrages proprement doctrinaux, et qu’on peut commencer par l’une ou par l’autre suivant qu’on y trouve avantage pour atteindre plus facilement les lecteurs tout d’abord. – Quant aux ouvrages doctrinaux, il est certain que le mieux serait de commencer par l’« Introduction générale », et de continuer ensuite dans l’ordre même ou ils ont paru : « L’Homme et son devenir », « Le Symbolisme de la Croix », « Les États multiples de l’être ». Je me demande si vous avez eu connaissance de ces deux derniers, qui ont été écrits depuis que je suis ici, et aussi de ma collaboration régulière, à partir de 1929, à la revue « Études Traditionnelles », précédemment « Le Voile d’Isis » (11, quai Saint-Michel, Paris 5e
). En tout cas, je me permets de vous signaler tout cela en réponse à votre demande de vous indiquer quelques études pouvant vous être utiles ; dans la revue, en dehors de mes articles, vous trouveriez certainement encore bien d’autres choses susceptibles de vous intéresser.
J’espère que vous serez cette fois moins longtemps sans me récrire; je fais adresser toute ma correspondance à la poste, comme je l’ai indiqué ci-dessus, afin d’éviter toute erreur, car, pour qui ne sait pas écrire l’arabe, nos adresses d’ici sont à peu près impossible à mettre exactement...
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 31 января 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)