Paris, 5 Janvier 1930
51, rue St Louis-en-l’Ile (IVe)
Cher Monsieur et ami,
Suivant ce que vous m’avez écrit, j’ai porté avant-hier les deux livres à Mme Courtot ; elle avait bien reçu votre lettre, et elle va les joindre à son envoi.
Vous pouvez compter que je continuerai à vous envoyer régulièrement le “Voile d’Isis” ; je pense qu’il continuera à devenir de plus en plus intéressant dans l’ensemble. Cela a beaucoup changé, depuis un an environ, et très avantageusement ; on est heureusement arrivé à faire comprendre à Chacornac qu’il fallait faire quelque chose de sérieux, sans trop se préoccuper des goûts d’une certaine clientèle ; et, comme les abonnements augmentent au lieu de diminuer comme il le craignait, cela l’encourage à continuer dans ce sens.
Vous avez vraiment de la chance d’avoir un temps sec ; ici, il ne fait pas froid du tout, mais c’est toujours la pluie et le vent. Quoique je craigne beaucoup le froid, je crois que l’humidité m’est encore plus contraire à cause des douleurs. Ce que j’ai à la gorge est une pharyngite ; j’ai essayé beaucoup de choses sans aucun résultat, et, au fond, je crois qu’il n’y a à peu près rien à faire ; ma mère a eu cela toute sa vie et n’a jamais pu s’en débarrasser. Cela tient aux mêmes causes que les rhumatismes ; j’ai remarqué que j’en souffrais bien davantage aussi quand il faisait humide, comme c’est le cas en ce moment.
Je vous plains si vous êtes obligé de vous remettre au grec et au latin comme vous le dites ; je crois bien que, pour ma part, je n’en aurais pas le courage ; il est vrai que j’ai laissé tout cela complètement de côté depuis bien plus longtemps que vous. J’en sais toujours assez pour moi, si j’ai besoin d’un renseignement quelconque ; mais, quand il s’agît de l’enseigner, il est évident que ce n’est plus du tout la même chose.
Je ne pense pas que ce soit Reghini lui-même qui ait montré ma lettre à Evola ; j’ai compris qu’il l’avait versée aux pièces du procès, et que c’est ainsi qu’Evola en avait eu connaissance. Quoi qu’il en soit, je n’ai plus entendu parler de cette affaire, et j’espère bien que maintenant on me laissera tranquille avec cela. Vous devez avoir raison de penser que c’est Parise qui est la cause de toute cette histoire ; mais je me demande, moi aussi, quel peut bien être son rôle exactement.
Ce qui est vraiment curieux, c’est la façon dont vous traitez Evola et le résultat que vous en obtenez de cette façon ; je doute fort qu’il accepte cela d’un autre que de vous. Je serai intéressé de voir bientôt la nouvelle revue ; j’espère que vos articles dont vous me parlez y paraîtront tels que vous les avez écrits. J’attendrai donc pour savoir si je dois y collaborer également, il faut dire aussi que j’ai bien peu de temps libre et que je ne voudrais pas trop me disperser. La collaboration régulière au “Voile d’Isis” est déjà une occupation ; et puis, avec ce qui est en train maintenant, il faudra surtout que je me remette à écrire des livres ; enfin, on verra ce qu’il y aura moyen de faire.
Il me semble bien que Charbonneau a parlé quelque part du Christ-Bouc, ou que du moins il m’a dit qu’il en parlerait ; il y a eu bien d’autres articles de lui que ceux que vous avez vus, et encore tous ces articles ne représentent-ils qu’une petite partie de son travail, qui comprendra trois volumes ; il espère que le premier de ces volumes pourra être prêt dans le courant de cette année.
Si vous pouvez venir à Pâques et si nous pouvons aller ensemble d’ici à Blois, ce sera en effet ce qu’il y aura de mieux et de plus commode pour vous ; nous en reparlerons d’ici là.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Париж, 5 января 1930 г.
(перевод на русский язык отсутствует)