Paris, 31 décembre 1927
51, rue St Louis-en-l’Ile (IVe)
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu vos deux lettres et j’aurais voulu y répondre plus tôt ; mais j’ai de moins en moins de temps libre, si bien que j’ai dû toujours remettre jusqu’ici, d’autant plus que je me proposais de vous écrire assez longuement ; je crois bien que, aujourd’hui encore, je vais être obligé de ne répondre qu’à une partie de ce que vous me dites et de remettre le reste à une autre fois.
D’abord, Evola m’a écrit deux fois ces temps derniers, et, d’après ce que vous me rapportez, je vois que ce qu’il me dit est à peu près exactement la même chose que ce qu’il vous a écrit à vous-même. Je me demande ce que peut être cette “action” qu’il compte déclencher avec sa revue et son livre, et cela non seulement en Italie, mais aussi dans les pays voisins ; enfin, on verra bien… Il m’a envoyé aussi un article intitulé “Fascismo antifilosofico tradizione mediterranea”, qu’il a fait paraître dans la “Critica Fascista” ; peut-être l’avez-vous vu ; il y a là-dedans des choses assez justes, surtout dans la première partie, mais ensuite son “antichristianisme” reparaît, si bien que la direction de la revue a dû ajouter une note faisant des réserves sur ce point. D’autre part, je ne vois pas très nettement ce qu’il entend par “tradition méditerranéenne”, et je crains que, dans l’idée qu’il s’en fait, il n’y ait une certaine part de fantaisie. Je n’ai pas eu le temps de lui répondre jusqu’ici ; il faudra tout de même que je le fasse un de ces jours. Quant à la question de la collaboration à “Ur”, je pense exactement comme vous, et je ne suis pas plus disposé que vous l’êtes à accepter les limites qu’il prétend nous imposer ; d’ailleurs, comme il voit de la “polémique” dans des choses où mon intention a été tout autre, je ne sais pas trop comment je pourrais faire pour ne pas sortir desdites limites, qui ne correspondent qu’à une appréciation des plus contestables.
Dans le dernier nº du “Voile d’Isis”, il y a une petite note sur “Ur” dans laquelle il est dit que cette revue est consacrée à l’étude de la psychologie ! Je ne sais qui a écrit cela, mais c’est assurément quelqu’un qui n’a pas lu un seul des articles d’“Ur” ; il est probable que c’est l’expression “scienza dell’Io” qui a donné lieu à cette méprise ; si Evola a vu cela, il n’a pas dû en être très satisfait.
Il y a deux ou trois jours, j’ai reçu une carte de Reghini, qui ne m’avait pas donné signe de vie depuis à peu près un an ; il m’annonce qu’il va m’écrire plus longuement et qu’il m’expliquera les raisons de son silence.
Mon nouveau livre est arrivé il y a une quinzaine de jours, alors qu’il aurait dû paraître en novembre ; il aurait été bien étonnant que les imprimeurs ne se mettent pas en retard, car c’est leur habitude ; aussi a-t-on décidé de ne sortir le volume qu’en janvier après les fêtes, car cette période des étrennes est tout à fait défavorable.
Nous avons vu Hackin dernièrement, et nous lui avons appris que vous étiez à Blois pendant les vacances ; il a regretté que vous ne vous soyez pas arrêté à Paris car il aurait été très heureux de vous revoir.
Masson-Oursel a donné dans la “Revue Critique” (je ne sais trop ce qu’est cette publication, n’ayant reçu qu’une coupure) un petit compte-rendu du “Roi du Monde” qu’il faut que je vous copie textuellement, car il en vaut la peine :
“Leibniz aimait à dire qu’il y a de l’or dans le fumier de la scolastique ; il s’en trouve probablement – même chez les alchimistes – dans cette symbolique universelle qu’ont prônée les gnostiques, les hindous, les Chinois, les kabbalistes. Malheureusement, cet or, R. Guénon ne cherche pas à l’extraire ; seule la critique pourrait y prétendre. Il prend tout pour argent comptant, pourvu que ce soit donnée traditionnelle, et il ne doute pas que tout correspond à tout ; il s’avère par là de la lignée des symbolistes. Il possède de l’information, mais il accueille n’importe laquelle. La critique serait à ses yeux entreprise misérable, qui discréditerait le chercheur, et combien superflue pour un auteur qui croit tenir la vérité métaphysique. Nous le savons assez par les autres ouvrages de M. Guénon. Ce qu’il prend pour force et lucidité, à nos yeux compromet la valeur du savoir très étendu, ce qui vaut mieux, curieux, de cet orientaliste. Nous sommes effrayé, quant à nous, de ce qu’en une centaine de coquettes petites pages on prétende révéler le fin du fin sur le swastika, Aum et Manu, sur la luz et la Shekinah, sur le Graal, sur les Mages et le Vieux de la Montagne, sur des énigmes sans nombre. Même si l’on a deviné juste ici ou là, qu’importe le résultat sans la démonstration ? Et la preuve qu’il n’y a qu’une symbolique parmi la diversité des religions, des philosophies ?”
Que dites-vous de cela ? Ce qui est le plus stupéfiant, c’est qu’il m’affirmait, il y a quelques mois, qu’il se rapprochait de plus en plus de mon point de vue ! Il semble qu’il en soit au contraire plus éloigné que jamais ; il est évidemment incapable de comprendre. Rien ne compte pour lui en dehors de la “critique” et de l’analyse, c’est-à-dire de ce que je considère précisément comme inexistant ; il s’imagine, comme tous ses collègues, qu’il faut des volumes de pesante érudition pour traiter le moindre point de détail. Si j’avais cru utile de lui répondre, j’aurais pu lui faire remarquer que je suis bien loin d’accueillir “n’importe quelle information” comme il prétend, puisque je me refuse à tenir le moindre compte de celle qui vient des orientalistes officiels ; mais cela aurait été parfaitement inutile ; on ne peut pas changer la mentalité de ces gens-là, et le mieux est de continuer son chemin sans s’occuper de ce qu’ils peuvent dire ou penser.
Moi non plus, je n’ai pas eu l’occasion de m’occuper de Virgile depuis longtemps ; il est certain qu’il s’y trouve des choses qu’il est assez difficile de comprendre maintenant, mais je suis persuadé que, si on avait le temps, il pourrait être utile d’y faire des recherches au point de vue qui nous intéresse ; en tout cas, les quelques interprétations que vous m’indiquez me semblent tout à fait justifiées.
Je n’ai pas pu me reporter aux passages que vous m’indiquez dans le livre du P. Wallace, car je l’ai prêté à quelqu’un qui ne me l’a pas encore rendu ; il faudra donc que je revoie cela un peu plus tard, et alors je vous en reparlerai. Pour la réflexion que je vous avais faite autrefois à ce sujet et que vous me rappelez, ce que vous formulez correspond en effet très bien à ce que j’avais voulu dire.
J’ai parlé à Bacot de la traduction allemande des chants de Milarépa ; il la connaît, mais, ne sachant pas très bien l’allemand, il n’a pas pu l’examiner d’assez près pour voir ce qu’elle vaut exactement ; il paraît d’ailleurs qu’elle est très incomplète. Les passages que vous me citez ne semblent pas très clairs en effet, et il aurait fallu des notes pour les expliquer ; mais le traducteur en était-il capable ? Vous avez certainement raison pour l’artère du milieu, qui ne peut être que sushumna, et il est plus que probable que le “vent” est bien prâna ; je me demande même si, là où il est question de “cinq vents”, il n’y aurait pas un rapprochement à faire avec les cinq vâyus, qui sont des modalités de prâna. Les sens de mudrâ sont bien ceux que vous indiquez ; quant à Dharmadhâtu, littéralement “semence de la Loi”, je sais que c’est une désignation de Bouddha, mais cela n’éclaire pas beaucoup le sens de la phrase où se trouve ce mot. Pour ce qui est de Vajra, vous savez qu’il signifie à la fois “foudre” et “diamant” ; il y aurait tout une recherche à faire là-dessus.
Je n’ai pas encore eu le temps de chercher le texte de la Bhagavad Gîtâ ; je prends note du passage dont vous m’avez parlé ; je tâcherai de vérifier cela un de ces jours.
Merci d’avance pour le poème vêdântin que vous avez promis de m’envoyer ; je pense que vous ne serez pas trop pressé que je vous le retourne, car en ce moment, je n’arrive même pas à lire quoi que ce soit. Merci aussi pour les indications que vous me donnez au sujet du texte et de sa traduction en prose ; mais il me sera difficile de trouver cela, car je ne vais jamais dans aucune bibliothèque.
Le sens de sâkshî est bien “témoin” ou “observateur” ; je pense que sâkshipurusha doit se prendre comme un équivalent de celui des “deux oiseaux sur l’arbre” qui “regarde sans manger”, et qui est effectivement la personnalité, tandis que l’autre, celui qui mange (c’est-à-dire qui est engagé dans l’action et ses conséquences), est jîvâtmâ ou l’individualité. La traduction du shloka en question me semble exacte à première vue ; quand j’aurai un instant, je la reverrai de plus près.
La lettre Kha symbolise l’atmosphère, et même le ciel, plutôt que l’air comme élément. La désignation d’Agni “triforme” peut avoir plusieurs significations ; il est possible que, dans le cas dont il s’agit, elle se rapporte au feu céleste, au feu terrestre et au feu vital. Les trois couleurs dont vous parlez sont plus habituellement rapportées aux gunas qu’aux éléments : sattwa, blanc ; rajas, rouge (c’est même le sens propre de la racine rauj) ; tamas, noir (obscurité). Pour le O entre 3 et 2 (au lieu de l’unité), ce que vous dites me paraît tout à fait juste, ou en tout cas très plausible comme interprétation. Quant aux passages du commentaire indiquant la définition de la mukti suivant différentes écoles, c’est encore une chose qu’il faut que je remette à une prochaine fois, ne voulant pas vous donner une traduction qui risquerait d’être inexacte. Je suis content que Taillard vous ait répondu et qu’il ait pu vous envoyer une photographie de Kheireddine ; si vous arrivez à la faire reproduire comme vous l’espérez, je serai très heureux de l’avoir. Chose singulière, le jour même où j’ai reçu votre lettre, j’en avais une de Jossot qui me parlait aussi de Kheireddine ; il dit que celui-ci est mort alors qu’il se disposait à l’instruire ; mais je ne sais vraiment si Jossot aurait pu beaucoup profiter de ses enseignements. Vous serez bien aimable de me dire si vous avez eu une nouvelle réponse de Taillard ; le Cheikh dont il vous a parlé doit être certainement le Cheikh Mostafa ben Alioua, le chef des Alaouias. J’ai un résumé des enseignements de cette école, rédigé par le secrétaire du Cheikh Si Mohammed El Aid, avec une traduction française faite par Taulard, et dont je pourrai vous envoyer la copie si cela vous intéresse. Je crois vous avoir dit que les Alaouias ont maintenant un centre à Paris, d’ailleurs destiné exclusivement aux Arabes et aux Kabyles ; bien qu’on m’ait engagé à me mettre en rapport avec eux, je n’en ai pas eu le temps, et pourtant c’est tout à côté d’ici ; il faudra bien que j’arrive à voir cela, car cela peut être plus intéressant que la branche qui est en formation et dans laquelle on admettra des Européens, comme il me semble vous l’avoir dit également ; l’introduction des éléments occidentaux est trop facilement une cause de déviation.
Excusez ma réponse incomplète ; je tâcherai d’être moins longtemps sans vous écrire.
Je pense que vous n’étiez pas dans la montagne au moment des grands froids ; n’en avez-vous pas trop souffert.
Tous mes vœux pour l’année qui va commencer ; ces dames vous envoient leur meilleur souvenir, et moi je vous serre la main bien cordialement.
René Guénon
J’allais oublier de vous remercier de votre gracieux envoi de timbres.
Париж, 31 декабря 1927 г.
51, улица Сан. Луи-ан-Л'иль (IVe)
Милостивый сударь и любезный друг,
Я получил два ваших письма и хотел тотчас же ответить, но в последнее время мне решительно не хватает свободного времени, поэтому я столь долго тянул с ответом, тем более что мне хотелось написать вам как можно более подробно; но даже и сегодня я сумею вам ответить лишь на часть ваших вопросов, остальное же придётся отложить до следующего раза.
Прежде всего скажу, что за последнее время Эвола писал мне дважды, и учитывая то, что вы мне сообщили в прошлый раз, я вижу, что он повторяет почти то же самое, что писал и вам. Не очень понятно, что он имеет в виду под «делом», которое он намеревается предпринять со своим журналом и книгой, причём речь идёт не только об Италии, но и о соседних странах; ну что ж, это мы вскоре увидим… Он прислал мне также статью под названием «антифилософский фашизм и средиземноморская традиция», которая была опубликована в «Фашистской Критике»; возможно вы её видели; в ней встречаются довольно верные вещи, особенно в первой части, но затем снова вылезает его «антихристианство», так что редакции журнала пришлось даже сделать примечание с оговорками относительно этого пункта. С другой стороны, я не могу толком понять, что он подразумевает под «средиземноморской традицией», и боюсь, что его представление об этом предмете несколько фантастично. Я до сих пор не смог найти времени, чтобы ему ответить; но я обязательно это сделаю в самое ближайшее время. Относительно сотрудничества с «Уром» я полностью согласен с вашей точкой зрения и, как и вы, не намерен соглашаться с теми ограничениями, которые он хотел бы нам навязать; к тому же, поскольку он умудряется увидеть повод для «полемики» там, где я менее всего настроен «полемизировать», я не очень понимаю, как бы мне удалось не выйти за установленные им рамки, которые соответствуют лишь одной из самых сомнительных оценок.
В последнем номере «Вуаль Исиды» появилась маленькая заметка об «Уре», в которой говорится, что это издание посвящено исследованию психологии! Я не знаю, кто это написал, но он явно прочёл не больше одной статьи «Ура»; возможно, это недоразумение порождено выражением «наука о Я»; если бы Эвола увидел эту заметку, он вряд ли бы остался ей доволен.
Два-три дня тому назад я получил открытку от Регини, который не давал о себе знать почти целый год; он сообщает, что собирается написать мне более подробно и объяснить причину своего затянувшегося молчания.
Мою книгу напечатали только пару недель тому назад, хотя она должна была выйти ещё в ноябре; впрочем, было бы удивительно, если бы она появилась вовремя, ведь печатники имеют привычку всегда опаздывать; кроме того, решено пустить её в продажу лишь после январских праздников, поскольку новогодние праздники не самое благоприятное время для этого.
Недавно я виделся с Хэкином и сказал ему, что вы были в Блуа на вакациях; он был расстроен тем, что вы не смогли заехать в Париж, так как ему очень хотелось бы снова повидаться с вами.
Масон-Урсель написал для «Ревю Критик» (я не очень знаком с этим изданием, так как у меня есть только вырезка из него) небольшую рецензию на «Царь Мира», которую мне хотелось бы привести вам дословно, ибо она заслуживает того:
Лейбниц любил говорить, что в схоластическом навозе можно отыскать золото; возможно его можно найти, даже у алхимиков, в том универсальном символизме, которую проповедовали гностики, индусы, китайцы, каббалисты. К сожалению, Р. Генон не сумел извлечь этого золота, поскольку лишь критик может притязать на это. Он принимает за чистую монету всё традиционное, ничуть не сомневаясь в том, что всё соответствует всему; в этом он следует символистам. Он владеет информацией, но пользуется ею без разбора. По его мнению, критика есть вещь достойная презрения, дискредитирующая исследователя и совершенно излишняя для автора, отстаивающего метафизическую истину! Мы уже знаем об этом из других работ г-на Генона. То, что он принимает за силу и ясность, на наш взгляд, компрометирует ценность крайне обширных или, лучше сказать, курьёзных познаний этого востоковеда. Нас же пугает то, что в книге, не превышающей своим объёмом сотни страниц, автор притязает на раскрытие конечного смысла свастики, Аума и Ману, луз и Shekinah, Грааля, Магов и Старца Горы, всех бесчисленных загадок. Даже если кое-где его догадки верны, чего стоит результат без доказательства? и лишь чисто символическое свидетельство среди многообразия религий, философий?.
Ну, что вы об этом скажете? Самое удивительное, что всего лишь несколько месяцев тому назад он убеждал меня, что всё более склоняется к тому, чтобы принять мою точку зрения! Похоже, что дело обстоит прямо противоположным образом: он всё дальше удаляется от неё, и, очевидно, не способен её понять. Для него нет ничего важнее «критики» и анализа, то есть того, что я считаю как раз несущественным; подобно своим коллегам он воображает, что всякая мелочь заслуживает многотомных рассуждений, переполненных всяческими сведениями. Если бы я считал необходимым ему ответить, то указал бы ему на то, что я крайне далёк от того, чтобы принимать «любую информацию без разбора», как он считает, и, более того, решительно отказываюсь принимать во внимание то, что исходит от официальных востоковедов; но это будет совершенно бесполезно; невозможно изменить ментальность этих людей, поэтому лучше продолжать идти своим путём, не заботясь о том, что они могут сказать или подумать.
Мне никак не удаётся как следует заняться Вергилием; безусловно, там много мест довольно сложных для понимания, и я убежден, что, если будет время, стоит заняться исследованием его текстов с интересующей нас точки зрения; в любом случае, кое-какие из тех интерпретаций, которые вы мне указали, мне представляются вполне оправданными.
Я не смог просмотреть те отрывки в книге П. Уоллеса, о которых вы упоминали, так как я одолжил эту книгу одному моему знакомому, который мне её пока не вернул; я вернусь к этому позднее, и тогда мы с вами продолжим этот разговор. Что до тех размышлений, которые я ранее высказывал по этому поводу, и ваших замечаний в связи с этим, то они точно соответствуют тому, что я имел в виду.
Я говорил с Бако по поводу немецкого перевода стихов Миларепы; он знаком с ним, но поскольку не очень хорошо владеет немецким, то не может оценить его точность; впрочем, ему показалось, что он не полон. Процитированные вами отрывки действительно не отличаются особой ясностью, их не мешало бы снабдить комментариями, но мог ли это сделать переводчик? Вы, несомненно, правы относительно серединной артерии, она не может быть ничем иным как suṣumṇā, «ветер» же, вероятнее всего, соответствует пране; я даже спрашиваю себя, не имеет ли смысла соотнести то место, где говорится о «пяти ветрах», с пятью вайу (vāyu), которые являются модальностями праны. Смысл мудры именно тот, на который вы указали; что до Дхармадхату, буквально «семя Закона», то, насколько мне известно, это одно из обозначений Будды, но это не очень проясняет смысла той фразы, в которой встречается это слово. Ваджра же, как вам известно, означает одновременно «молнию» и «алмаз»; впрочем, этот вопрос требует дальнейших изысканий.
У меня пока не было времени, чтобы проверить текст Бхагавадгиты; я отметил тот отрывок, о котором вы говорили; обещаю заняться им в ближайшее же время.
Заранее благодарю вас за ту ведийскую поэму, которую вы обещали мне прислать; надеюсь, вы не будете торопить меня с её возвращением, поскольку сейчас у меня совершенно нет времени для чтения. Благодарю вас также за сделанные вами замечания по поводу текста и его перевода в прозе; но мне будет трудно найти его, так как я никогда не посещаю библиотек.
Sākṣin означает «свидетель» или «наблюдатель»; думаю, что sākṣipuruṣa следует понимать как эквивалент «двух птиц на древе», которые «смотря, не едя», что соответствует личности, тогда как то, что ест (то есть вовлечено в действие со всеми вытекающими отсюда следствиями) – это jīvātma или индивидуальность. Перевод данной шлоки на первый взгляд мне показался точным; когда у меня будет время, я проверю это более тщательно.
Буква kha скорее символизирует атмосферу, а также небо, нежели воздух как элемент. Обозначение Агни «трёхформный» может иметь много значений; возможно, что в данном случае оно относится к небесному огню, земному огню и жизненному огню. Те три цвета, о которых вы говорили, обычно чаще соотносят с гунами, чем с элементами: саттва, белый; раджас, красный (этот же смысл присущ корню raj [исправлено с rauj – прим. ред.]), тамас, чёрный (точность). Ваше мнение относительно 0 между 3 и 2 (вместо единицы) мне представляется совершенно верным или, по меньшей мере, вполне удовлетворительным как толкование. Что до отрывков из комментария, указывающих на определение мукти в зависимости от разных школ, то к этому я также предпочел бы вернуться в ближайшем письме, так как, боюсь, что сейчас я мог бы дать вам неверное толкование. Я доволен, что Тейяр ответил вам и прислал снимок Кейреддина; если вы, как и собирались, сделаете его копию, я был бы очень рад также получить её. Забавно отметить, что в тот же день, когда я получил ваше письмо, пришло и письмо от Жоссо, где он также упоминает Кейреддина; он говорит, что тот умер как раз перед тем, как согласился дать ему наставление; но я не знаю, смог бы Жоссо на деле воспользоваться его учением. Я буду очень вам благодарен, если вы сообщите мне о следующем ответе от Тейяра; упоминаемый им Шейх – это, несомненно, Шейх ben Alioua, глава Alaouias. У меня есть краткое изложение учений этой школы, составленное секретарем Шейха Si Mohammed El Aid, с французским переводом, выполненным Тейяром; если вам интересно, могу выслать копию. Кажется, я уже говорил вам, что сегодня в Париже существует их центр, однако доступ в него открыт только арабам и кабилам; я намеревался установить с ними связь, но пока не было случая, хотя он находится совсем рядом со мной; я обязательно загляну туда, так как он может оказаться интересней, чем то отделение, которое сейчас образуется для европейцев, о чём, кажется, я тоже уже упоминал; доступ для европейцев нередко становится причиной искажения учения.
Простите, что не смог ответить на все ваши вопросы; постараюсь больше не задерживаться так надолго с ответом.
Надеюсь, что вы покинули горы прежде, чем начались холода, которые могли бы повредить вам.
Мои наилучшие пожелания в наступающем году; дамы также желают вам всего наилучшего, я же сердечно пожимаю вашу руку.
Рене Генон
Чуть не забыл поблагодарить вас за любезно присланные марки.