Le Caire, 28 octobre 1930
Mon bien cher ami,
Ma lettre va sans doute vous causer quelque désappointement, à moins que vous ne sachiez déjà, quand elle vous parviendra, l’ajournement de mon voyage par Mario Meunier à qui j’ai écrit ces jours derniers. Il m’a annoncé que, à peine rentré à Paris, il partait en croisière dans la Méditerranée ; mais il doit être de retour vers le 1er novembre.
La dernière fois que je vous ai écrit, il y a à peu près un mois, je pensais encore partir d’ici vers la fin d’octobre, c’est-à-dire maintenant ; mais, depuis lors, diverses raisons m’ont amené à remettre encore à plus tard. D’abord, je serais arrivé en France juste pour la mauvaise saison, ce qui, au point de vue de la santé, aurait risqué de me faire perdre le bénéfice de mon séjour ici ; mais surtout je suis toujours très occupé. Je ne sais plus si je vous ai dit qu’on allait entreprendre la traduction arabe de mes livres ; on a hésité à commencer par “Orient et Occident” ou par “L’Homme et son devenir”, mais finalement on s’est décidé pour celui-ci, plus long et plus difficile à traduire, mais aussi plus important. Avec tout cela, il est plus raisonnable que je ne bouge pas d’ici maintenant et que je n’aille en France que vers la fin de l’hiver ; cela ne me donne qu’un regret, c’est d’être privé du plaisir de revoir les amis pendant quelque temps encore.
Comme compensation, je vais vous annoncer quelque chose qui vous fera sûrement plaisir : je viens de commencer la préparation d’un nouveau volume, encore sur les états multiples de l’être, et qui par conséquent fera suite au “Symbolisme de la Croix”. Celui-ci est complètement prêt maintenant, et je devrais déjà en avoir expédié le manuscrit pour l’impression ; mais j’attends, pour faire cet envoi, d’être fixé sur certaines choses quelque peu inquiétantes qui me sont revenues ces temps derniers au sujet des éditions. Il semble qu’il y ait actuellement, autour de cette affaire, des intrigues venant de certains milieux peu intéressants ; j’ai prévenu Mario et l’ai prié de surveiller ce qui se passe là-dedans ; il y est d’ailleurs intéressé tout comme moi. Il paraîtrait même qu’on a décidé, à mon insu, de changer le nom de l’“Anneau d’Or” (trouvé par Mario, vous devez vous en souvenir) en celui de “Véga” ; si c’est vrai, c’est assez significatif. Enfin, j’attends d’autres nouvelles ; Mario pourra vous donner plus de détails.
Une chose curieuse qu’on m’a signalée dernièrement : parmi les nombreux traités de Mohyiddin, il y en aurait un où il est question du monosyllabe Om et des méthodes du Hatha-Yoga. Cet ouvrage, n’étant pas de ceux qui ont été imprimés, doit être à peu près introuvable, mais quelqu’un de très digne de foi m’a assuré en avoir vu un manuscrit.
Tâchez de ne pas trop tarder à me donner de vos nouvelles, si vos malades veulent bien vous laisser un peu de temps libre.
Amitiés à tous.
À vous bien affectueusement.
René Guénon
Каир, 28 октября 1930 г.
(перевод на русский язык отсутствует)