Le Caire, 21 septembre 1930
Mon bien cher ami,
J’ai reçu votre lettre du 27 août, et je pense, d’après ce que vous y disiez, que vous devez maintenant être déjà de retour à Paris. L’annonce de la vente de votre bateau ne m’a, je dois le dire, qu’à moitié surpris ; cela devait être en effet pour vous la cause de beaucoup de soucis et de fatigues… Mais il vaut mieux que vous ayez réalisé ce rêve que vous aviez fait depuis si longtemps ; vous n’avez ainsi rien à regretter.
Je viens d’écrire à Mario dont j’avais eu une lettre un peu avant la vôtre ; lui aussi ne va pas tarder à rentrer, car, à cause des enfants, il doit être à Paris pour le 1er octobre.
Quant à moi, je me vois forcé de retarder quelque peu mon départ d’ici, car il me reste encore bien des choses à faire. Je pense maintenant, à moins de circonstances imprévues, partir d’Alexandrie le 18 octobre, ce qui fait encore près d’un mois.
Je serai bien heureux, moi aussi, de vous revoir et de parler de beaucoup de choses avec vous, ainsi qu’avec quelques autres amis ; mais quel dommage que vous ne puissiez pas plutôt venir me retrouver ici ! Je redoute un peu le retour à Paris, d’abord à cause du climat, surtout à l’entrée de l’hiver, et ensuite à cause de toutes sortes de choses ennuyeuses qui me semblent maintenant bien loin de moi ; et puis, j’avoue que j’aurai quelque difficulté à reprendre des habitudes européennes…
J’ai presque fini de remettre au net le “Symbolisme de la Croix” ; j’avais envisagé aussi la possibilité d’ajouter un sous-titre, mais, jusqu’ici, je ne m’y suis pas décidé. Du reste, je dois dire que la raison que vous m’en donnez ne peut pas me toucher beaucoup actuellement, parce que c’est là une chose qui, vue d’ici, n’a plus aucune importance. Il faudra donc reparler de cela quand je serai en France.
Il faudra que nous parlions aussi de la question de la réédition des œuvres de Guaita ; ce serait en effet une excellente chose. Merci de votre offre de servir d’intermédiaire ; peut-être pourriez-vous déjà parle de cela avec Mario en attendant mon retour.
Excusez-moi de ne pas vous écrire plus longuement aujourd’hui ; ma correspondance est toujours affreusement en retard ! Tâchez de me donner encore de vos nouvelles avant mon départ.
À vous très affectueusement.
René Guénon
Quand vous verrez l’abbé, vous serez bien aimable de m’excuser auprès de lui de ne pas lui avoir écrit ; je ne peux pas arriver à tout… La correspondance, même réduite autant que possible, prend un temps invraisemblable ; j’ai là peut-être encore une trentaine de lettres auxquelles je n’arrive pas à répondre.
Каир, 21 сентября 1930 г.
(перевод на русский язык отсутствует)