Blois, 30 août 1928
Blois, 30 août 1928 74, rue du Foix
Mon cher ami,
Votre carte m’est bien arrivée hier soir, malgré la légère inexactitude de l’adresse ; ici, ce n’est pas comme à Paris, et je pense que cela arriverait même sans numéro. De mon côté, je pensais depuis quelques temps déjà à vous écrire, mais je me demandais où vous étiez, si vous circuliez encore sur votre bateau, ou si vous étiez de retour au Thor. Je suis heureux de savoir que votre voyage s’est bien passé, et, comme vous ne faites aucune allusion aux inconvénients que vous paraissiez redouter, je veux conclure qu’ils ne se sont pas produits et que votre bateau vous a donné toute satisfaction. Quoique votre lettre ait mis deux jours pour venir ici, j’espère que celle-ci pourra vous parvenir avant que vous ayez quitté Port-Cros. Allez-vous maintenant rentrer au Thor directement et y passer le reste des vacances ? Si vous y voyez Melle Lacour, n’oubliez pas de me rappeler à son bon souvenir.
J’ai bien regretté de ne pas pouvoir vous revoir avant de quitter Paris. J’ai terminé mon travail tout juste l’avant-veille de notre départ ; ici, je me suis tout de suite occupé de le remettre au net, et je n’ai pas pris de repos avant que ce soit fini. J’ai envoyé le manuscrit à René Johannet comme c’était convenu, et maintenant il n’y a plus qu’à attendre.
Depuis, j’ai liquidé quelques comptes rendus en retard, et aussi de la correspondance, que j’avais complètement laissée de côté depuis que je m’étais mis à ce travail ; je n’en suis pas encore venu entièrement à bout. J’ai aussi, de temps à autre, des devoirs à corriger pour ceux de mes élèves qui doivent se représenter en octobre. À part cela, je lis un peu, surtout des livres qui m’ont été prêtés depuis longtemps déjà et que je voudrais pouvoir rendre à la rentrée ; et je note, à mesure que j’y pense, toutes sortes de choses qui pourront sans doute me servir par la suite. D’autre part, je voudrais me mettre bientôt à arranger et à compléter mes articles de “Regnabit” ; mais je ne sais pas si je pourrai commencer cela ici, d’autant plus qu’il y a sûrement des renseignements qui me feraient défaut.
Pourquoi votre jeune ex-séminariste était-il resté si longtemps sans vous donner de ses nouvelles ? Vous me reparlerez de cela. Pour une place de précepteur ou de répétiteur, je n’ai aucune idée pour le moment, mais je vais y repenser, et s’il m’est possible de lui donner quelque indication utile, je le ferai bien volontiers.
Ma tante se trouvait tout d’abord mieux ici qu’à Paris, elle n’avait plus d’étouffements, et puis, il y a une quinzaine, elle a eu de nouveau une assez forte crise ; enfin, cela semble passé maintenant.
Françoise est en ce moment avec sa sœur à Lorient, chez un de ses oncles ; je crois qu’elle ne nous reviendra guère que vers le 20 septembre.
Nous sommes tout à fait au calme ici ; cela ne fait pas de mal, et le temps passe vite malgré tout ; nous voilà déjà à la moitié des vacances ! Pourtant, à la longue, cela deviendrait ennuyeux de ne trouver personne avec qui on puisse parler de choses intéressantes ; quel dommage que nous ne soyons pas dans la même région !
Tâchez de me donner bientôt d’autres nouvelles. – Ma tante vous envoie son meilleur souvenir.
Bien affectueusement à vous. René Guénon
Блуа, 30 августа 1928 г.
(перевод на русский язык отсутствует)