Le Caire, 31 décembre 1938
Mon bien cher ami,
Il n’y a pas encore bien longtemps que je vous ai écrit, mais je ne veux pas laisser cette année se terminer sans vous adresser tous mes vœux pour celle qui va lui succéder ! Je souhaite notamment que vous puissiez y réaliser le projet de vous libérer enfin de la médecine, comme vous me le disiez dans votre dernière lettre…
Le Dr Winter m’a envoyé dernièrement son histoire de la médecine au moyen âge ; je viens de lire cela, et je trouve que c’est très bien, d’autant plus qu’il était vraiment difficile, dans un travail de ce genre, de développer complètement les questions qui se posent ; du moins montre-t-il assez clairement qu’il y a dans tout cela une science procédant de points de vue tout à fait différents de ceux des modernes, et c’est déjà beaucoup d’oser réagir ainsi contre les idées courantes !
Auriez-vous par hasard rencontré, aux conférences du Swâmî Siddheswarânanda, Mme de Gournay, qui paraît les suivre assidûment ? Je la connaissais indirectement depuis bien longtemps, mais je n’avais jamais correspondu avec elle, de sorte que, tout en sachant d’ailleurs qu’elle était une lectrice de mes livres, j’ai été assez surpris de recevoir une lettre d’elle me demandant… des renseignements sur le Swâmî, ce qui m’est d’ailleurs plutôt difficile, étant donné qu’il s’agit de quelqu’un que je n’ai jamais vu ; en fait, c’est seulement par vous que je sais quelque chose de lui…
Herbert m’a encore envoyé un nouveau livre qu’il vient de publier : c’est la traduction d’un roman indien, “L’Âme d’une Gopî”, que je n’ai d’ailleurs pas encore eu le temps de lire.
Vous serez bien aimable, quand vous verrez Mario, de lui transmettre mes meilleurs vœux pour lui et les siens ; je ne les lui envoie pas directement, puisque je pense bien que vous devez toujours le voir souvent, et que d’ailleurs il ne répond plus jamais aux lettres…
On me dit qu’il fait très froid à Paris en ce moment ; j’espère pourtant que vous n’avez pas trop à en souffrir. Ici, il ne fait vraiment pas chaud non plus cet hiver, mais naturellement c’est loin d’être au même point !
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 31 декабря 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)