Le Caire, 12 février 1939
Mon bien cher ami,
C’est à mon tour de vous remercier de vos bons vœux, reçus il y a quelques jours déjà. – Je souhaite bien vivement que vous puissiez réaliser tous vos projets : rédaction de vos notes, voyages, et que ceux-ci vous amènent quelque jour par ici !
Mario m’a écrit, et je lui ai d’ailleurs répondu tout de suite ; il m’a parlé de sa traduction d’Homère, qu’il espère pouvoir faire paraître l’an prochain. Il m’a appris la mort de la pauvre Mme Britt ; depuis lors, on m’a dit que certains l’attribuent à une “action magique” ; tout est assurément possible avec les gens à qui elle a eu affaire, mais je crois que la façon dont ils l’ont maltraitée suffit bien à expliquer la maladie de cœur qui l’a emportée…
Vreede est encore ici ; il pense s’arrêter aussi dans l’Inde avant de retourner à Java.
Herbert m’a écrit un mot à son arrivée à Bombay ; en lui accusant réception de quelques nouveaux volumes reçus dernièrement (dont la traduction de “La Mère”), je lui ai demandé de me faire envoyer ce que vous me signalez ; d’après les adresses qu’il m’a données, il doit justement être à Pondichéry tout ce mois-ci.
Les articles d’Aurobindo ont produit chez les lecteurs des réactions non seulement très différentes, mais même tout à fait contraires, à en juger par les lettres que j’ai reçues de divers côtés : tandis que les uns les apprécient comme vous, d’autres s’en déclarent déçus et me reprochent même d’avoir, dans les comptes rendus de ses livres, présenté les choses d’une façon trop favorable ! À vrai dire, je crois qu’il n’explique pas suffisamment sa terminologie et que cela peut donner une certaine impression de vague… – Pour ce qui est du “Cosmique”, je vois qu’il y a eu méprise, et d’ailleurs mes articles sur la “réalisation ascendante et descendante” vous montreront qu’en réalité nous sommes bien d’accord ; ce n’est pas du tout de cela que j’avais voulu parler, mais de l’organisation dite “mouvement cosmique”, dans laquelle Mme Richard a joué un rôle important. Je voudrais bien croire que celle-ci n’exerce pas une vraie influence sur Aurobindo, comme vous le dites ; mais alors comment expliquer, d’abord, la place qu’elle tient à son Ashram, et ensuite le fait que les livres d’Aurobindo portent une marque qui n’est que celle des publications “cosmiques” légèrement modifiée, sans parler de certaines expressions typiques qui se trouvent dans le texte anglais aussi bien que dans la traduction (par exemple “l’hostile” employé comme substantif), et qui ne peuvent venir que d’elle ? En tout cas, même en mettant à part Aurobindo lui-même, cette présence et celle de Barbier St Hilaire donnent à l’Ashram une physionomie un peu inquiétante… – Quant au changement d’existence d’Aurobindo, il faut tout de même quelque chose de plus que la méditation pour l’expliquer ; il ne fait jamais allusion à la question d’un rattachement initiatique ; mais je pense, sans pouvoir l’affirmer, que, dès la première partie de sa vie, il avait dû recevoir quelque transmission de Tilak lui-même, comme cela a été le cas pour d’autres que j’ai connus…
Faites-moi penser à vous reparler une autre fois de Shrî Ramana et de son entourage ; je me presse aujourd’hui à cause de la préparation de mes articles de mars !
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
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FIN
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Каир, 12 февраля 1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)