Le Caire, 4 juin 1938
Mon bien cher ami,
Voilà assez longtemps en effet que je n’avais pas eu de vos nouvelles, et je suis désolé d’apprendre qu’un lumbago a été une des causes de votre silence ; j’espère bien du moins que vous ne vous en ressentez plus maintenant !
Merci d’avance pour la copie promise d’extraits du livre du P. Wieger ; bien entendu, prenez tout votre temps pour cela, car il n’y a pas urgence, et je me doute bien que vous n’arrivez pas toujours, vous non plus, à faire tout ce que vous voudriez…
Nous sommes tout à fait d’accord sur Grousset ; sûrement, l’intérêt de ses ouvrages est tout entier dans leur documentation, dans les références et citations multiples qu’ils contiennent ; il faut d’ailleurs, étant donné que lesdites citations sont faites naturellement d’après des traductions d’orientalistes, se méfier des erreurs d’interprétation qu’elles peuvent toujours contenir.
Il paraît que Masson-Oursel vient de publier un nouveau livre sur la “Philosophie orientale” ; je ne crois pas que ce soit quelque chose de bien important, car, d’après un compte rendu que j’en ai vu, il s’agit simplement d’une sorte d’aperçu d’ensemble tout à fait sommaire, destiné à une collection dirigée, je crois, par Bréhier.
De Swâmî Siddeshwarânanda, je ne connais guère que le nom ; je croyais qu’il résidait habituellement en Suisse ou en Allemagne. Chose assez curieuse, il semble qu’il y ait en ce moment, dans la Râmakrishna Mission, une sorte de retour à un esprit plus traditionnel…
Ce que vous me dites de votre cousine me fait repenser à sa traduction dont vous m’aviez parlé ; a-t-elle l’espoir de pouvoir la faire paraître ? – Et Sandoz, à propos de traductions, l’avez-vous revu ? Je n’ai plus aucune nouvelle de lui…
Juste en même temps que votre lettre, je reçois un mot d’Herbert m’annonçant qu’il a reçu l’autorisation pour la publication du dernier chapitre de “The Mother” dans les “Études Traditionnelles” et qu’il va m’envoyer sa traduction ; il paraît aussi qu’on doit m’envoyer deux autres volumes de Pondichéry. – Une chose qui m’ennuie un peu, c’est qu’il ajoute ceci : “S’il y a des mots français qui ne vous plaisent pas dans la traduction, vous pouvez mettre le mot anglais correspondant en note en bas de page.” Cette façon de procéder ne s’accorde guère avec le caractère “fermé” et homogène de la revue, mais je ne sais pas comment le lui faire comprendre ; il y a des choses qui m’étonnent, par exemple son obstination à traduire “mind” (manas) par “esprit”.
Autre chose : il paraît qu’il a été question qu’Herbert fasse la traduction française des hymnes de Shrî Ramana, mais que finalement la chose ne s’est pas arrangée ; c’est une histoire assez compliquée et à laquelle je ne comprends pas grand’chose ; il semblerait qu’il y ait, entre des gens influents dans les deux âshramas, une sorte d’hostilité dont les racines m’échappent…
J’ai toujours eu l’intention de réunir en volume mes articles sur l’initiation, si je peux trouver le temps de les arranger pour cela ; quels sont les autres articles pour lesquels vous pensez qu’il serait possible de faire la même chose ?
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 4 июня 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)