Le Caire, 21 janvier 1938
Mon bien cher ami,
À mon tour, je vous remercie de vos bons vœux ; espérons que, cette année, il ne me surviendra pas une nouvelle mésaventure comme celle de l’été dernier !
Qu’est ce que Chacornac peut donc avoir contre Mario ? Il ne m’en a jamais parlé…
Oui, c’est vraiment dommage que la forme d’expression de Coomaraswamy ne soit pas toujours aussi claire qu’on pourrait le souhaiter, mais il est certain aussi que c’est là une chose à laquelle il n’est pas toujours facile d’arriver !
J’ai écrit au Dr Fiolle à peu près en même temps qu’à vous, je crois ; je n’ai rien reçu de lui jusqu’ici, et pourtant je lui demandais de me dire ce qu’il penserait de mes réflexions sur différents points ; mais il est vrai que son temps est probablement bien pris, surtout avec ce cours dont vous me parlez et qui vient encore s’ajouter à ses autres occupations.
Pour le livre du P. Wieger, je ne sais pas si c’est celui-là que vous m’aviez montré autrefois, car je ne me rappelle plus quel en était le titre ; je n’avais d’ailleurs fait qu’y jeter un coup d’œil chez vous ; je me souviens seulement qu’il s’y trouvait une certaine quantité de figures, notamment sur la formation et le développement de l’embryon d’immortalité.
Je ne m’étonne pas que vous n’ayez pas pu lire entièrement les livres de Jukanthor ; c’est vraiment quelque chose d’effroyable à tous les points de vue ; quant au personnage lui-même, vous avez tout à fait raison de le ranger parmi ceux qui sont à écarter impitoyablement…
J’ai reçu aussi le nº d’“Action et Pensée” qui contient les textes d’Aurobindo ; ceux-ci sont en effet très bien, mais se trouvent peu à leur place à côté de certaines autres choses. Il est vrai que les deux parties sont séparées, comme vous le dites, mais, d’un autre côté, un article comme celui de J. Herbert tend à les relier assez malencontreusement ; vous verrez d’ailleurs ce que je dis à propos de tout cela dans mes prochains articles et comptes rendus. J’ai comme vous l’impression que J. Herbert doit avoir beaucoup de bonne volonté ; il n’en est que plus fâcheux qu’il soit si peu averti de certaines choses ; on sent qu’il est tout prêt à se laisser prendre à n’importe quoi (la façon dont il fait état du livre de “Dion Fortune” en est un exemple). Je voudrais bien réussir à le mettre en garde, et c’est même pourquoi j’insiste, dans mes comptes rendus, plus que je ne le ferais si je pensais qu’il n’est réellement pas capable de mieux ; qui sait si cela produira quelque effet ? Si vous pouviez le revoir de temps à autre, ce ne serait sans doute pas inutile non plus à cet égard. – Je n’ai pas encore eu le temps d’entreprendre la lecture des quatre volumes de Vivêkânanda, car j’en ai toujours d’autres qui attendent depuis plus longtemps encore !
Je vais sans doute recevoir d’ici quelque temps divers écrits d’Aurobindo (en anglais) ; l’envoi m’en est annoncé par un des traducteurs de mes livres, lequel est en ce moment à l’âshrama de Shrî Ramana.
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 21 января 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)