Le Caire, 15 juillet 1937
Mon bien cher ami,
Imaginez que je viens de recevoir une lettre de Sandoz… en réponse à la mienne de février ! Je vois qu’il a d’ailleurs changé d’adresse depuis ce temps, chose que j’ignorais. – Il me dit, au sujet de sa traduction, des choses peu claires : il ne sait toujours pas si elle paraîtra bientôt, mais il apprend que l’éditeur de l’Ashram, qui est aussi traducteur, publierait la version de la Bhagavad-Gîtâ (laquelle ?), qui porterait en notes des extraits de sa traduction des essais de Shri Aurobindo ; et il ajoute, sans en expliquer les raisons, qu’il a interdit de faire paraître son nom…
Par une curieuse coïncidence, je reçois juste en même temps un petit volume d’une cinquantaine de pages, “Aperçus et Pensées” de Shri Aurobindo (publié en Belgique, mais en dépôt chez Ad. Maisonneuve) ; qui est présenté comme la première œuvre de celui-ci publiée en français. La préface, datée de Pondichéry, février 1937, est de Jean Herbert, le traducteur de Vivekananda. C’est lui qui m’a fait l’envoi, bien que je ne le connaisse pas du tout, comme je vous le disais l’autre jour ; et il indique son adresse : 129, rue de Lausanne, Genève ; mais je me demande qui a bien pu lui donner la mienne ici, car lui non plus, de son côté, ne semble pas me connaître (il a même écrit : Guénois). – En tête de volume, je vois une traduction de la Bhagavad-Gîtâ d’après les œuvres de Shri Aurobindo annoncée comme étant en préparation et devant paraître dans la même série ; est ce de celle-là que veut parler Sandoz ?
Pour en revenir à ce dernier, il me dit qu’il commence la traduction du “Serpent Power” d’Arthur Avalon ; j’ai déjà entendu parler de divers projets de traduction de ce livre qui n’ont jamais abouti ; espérons qu’il n’en sera pas de même cette fois… Ce qui m’inquiète un peu, c’est qu’il le qualifie de “fouillis inextricable” ; je dois dire que ce n’est pas précisément mon avis ; je trouve que c’est au contraire un des très rares ouvrages sérieux et intéressants sur le Tantrisme existant en langue occidentale.
Enfin, Sandoz me parle d’un livre que j’ignore totalement : “Le Problème de la Vie”, par un certain Rivier (si je déchiffre exactement le nom) ; connaissez-vous cela ? Il voudrait que j’en dise quelque chose dans mes comtes rendus ; il se peut en effet que cela en vaille la peine, mais, comme je vais le lui dire, il faudrait du moins pour cela que je puisse le lire, donc que l’auteur en adresse un exemplaire, soit à moi directement, soit à la revue ; on ne peut pas parler des livres qu’on ne reçoit pas…
La fatigue du déménagement a eu pour suite une belle crise de douleurs qui m’a immobilisé pendant quelques jours ; enfin, c’est à peu près passé maintenant ; mais cela n’a pas avancé ma besogne…
En hâte, tout affectueusement.
René Guénon
Каир, 15 июля 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)