Le Caire, 5 juin 1937
Mon bien cher ami,
Il me semble que voilà encore une fois bien longtemps que je n’ai eu de vos nouvelles ; est-ce que je me trompe ? Je pense cependant que tout va toujours bien, et que vous ne devez pas être fâché de voir approcher l’époque de vos vacances ; les prendrez-vous le mois prochain comme à l’ordinaire ? En tout cas, tâchez de m’écrire avant votre départ, car je sais que pendant ce temps-là vous n’écrivez guère…
On m’a envoyé dernièrement un nouveau prospectus du fameux congrès astrologique, et j’ai constaté que cette fois votre nom avait bien disparu du “comité du patronage” ; votre réclamation n’a donc pas été vaine.
J’ai lu le livre de l’abbé Pastourel, et je l’ai bien trouvé tel que je pouvais m’y attendre d’après ce que vous m’aviez dit, c’est-à-dire quelque peu confus quant aux idées ; il ne s’en dégage en somme rien de très net. Il semble cependant qu’il soit assez affecté par les idées modernes, spécialement au point de vue “psychologiques” ; il paraît prendre Bergson, James, etc., très au sérieux !
Savez-vous quelque chose de nouveau au sujet de Sandoz et de ses traductions ? Je me demande si finalement cela va aboutir ; il ne m’a pas récrit…
Je ne sais toujours rien de Melle Dufau, et il me semble qu’elle n’ait plus donné signe de vie à personne depuis environ six mois. Chose assez singulière, il paraît qu’elle avait dit, il y a quelques années (c’était peu avant le départ de Pierrefeu), qu’elle disparaîtrait un jour sans que personne sache ce qu’elle serait devenue…
J’ai encore entendu parler du sieur Desclausais ; s’il fait des racontars sur moi, il n’en fait pas moins sur vous : à l’en croire, vous avez installé chez vous une sorte de “temple” (?), et, si un malade se présente pendant que vous êtes plongé dans la lecture de quelque ouvrage métaphysique, vous refusez purement et simplement de le recevoir ! Vous allez sans doute en rire, et c’est bien tout ce que cela vaut ; mais je pense que, après cela, on peut être tout à fait fixé sur la mentalité du personnage !
J’ai terminé la semaine dernière la correction des épreuves de la traduction italienne de “L’Homme et son devenir” ; le volume va sans doute paraître incessamment, car l’éditeur semble pressé ; je ne suis pas fâché d’en avoir fini avec ce travail long et minutieux. – Ce qui m’ennuie maintenant, c’est qu’avec cela je n’ai pas encore pu m’occuper de l’arrangement du “Roi du Monde”, qui va peut-être me prendre plus de temps que je ne le pensais tout d’abord, car plus j’y pense, plus je vois de choses qu’il pourrait être intéressant d’y ajouter ; espérons que Chacornac ne va pas trop s’impatienter !
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 5 июня 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)