Le Caire, 1er avril 1937
Mon bien cher ami,
J’ai reçu votre lettre ce matin ; merci des explications concernant l’abbé Pastourel. Je ne me doutais pas que c’était un prêtre, car rien dans sa lettre ni dans son article ne permettait de le deviner, si bien que je lui ai répondu comme à un “laïque” ; j’espère qu’il ne s’en sera pas formalisé… Il ne le semble d’ailleurs pas, car il m’a déjà remercié de ce que je lui ai écrit, plus même que cela ne le méritait ; il paraît avoir bien compris toutes les difficultés de la question des Atlantes, et n’être pas très tenté de pousser plus loin sur ce sujet, apparemment assez éloigné de ses préoccupations habituelles. En même temps, il m’a envoyé son livre “Pascal – Racine”, qui, à ce que je vois, date déjà de quelques années, mais dont je n’avais jamais entendu parler ; quand j’aurai eu le temps de lire cela, je vous dirai mon impression… Quant à tout ce qui a pu lui arriver avec ses supérieurs, inutile de vous dire que cela ne m’étonne aucunement.
Je viens d’apprendre la mort de René Philipon, que Mario connaissait bien ; je n’en aurais rien su si un nº de la revue n’était revenu à Chacornac avec la mention “décédé”… – Je me demande si la même chose ne serait pas arrivée pour la pauvre Melle Dufau, qui, elle non plus, ne doit avoir auprès d’elle personne qui puisse nous informer ; je n’entends plus parler d’elle d’aucune façon ; savez vous ce qu’il en est ?
Pour Apollonius, ce qui me surprend un peu, c’est la méfiance que paraît éveiller chez beaucoup de gens, non pas le livre, certes, mais le personnage lui-même ; à quoi cela peut-il tenir au juste ?
Merci pour le renseignement concernant l’“Îshwara-Gîtâ” ; le nom du traducteur m’est complètement inconnu…
Je vois que, pour Magre, je ne m’étais pas trompé ; quant aux raisons de santé qui l’ont fait repartir de l’Inde, il n’y a rien d’étonnant à cela ; d’après ce qu’on m’avait dit de son état peu avant son départ, je trouvais même qu’un tel voyage était plutôt imprudent… Sur son livre, je vois que vous pensez tout à fait la même chose que moi. – Comme vous, je ne comprends que trop bien qu’Aurobindo Ghose ne se laisse pas envahir par les visiteurs, surtout par les Européens ; seulement, pourquoi y a-t-il tant de ces derniers autour de lui ? C’est là ce que je n’arrive pas à bien comprendre… Quant à Sandoz, il m’a bien dit qu’il ne l’avait pas vu, mais je croyais que du moins l’affaire de sa traduction était en bonne voie ; enfin, n’oubliez pas de m’en reparler quand vous saurez quelque chose de plus précis là-dessus.
Excusez ma hâte ; je suis toujours surchargé de besogne : je viens de corriger et de réexpédier le premier tiers des épreuves de la traduction de “L’Homme et son devenir” ; on pense que le volume pourra paraître dans 2 mois au plus ; vous voyez que cela va vite. Ces jours-ci, il va falloir que je m’occupe de mes articles pour les “Études Traditionnelles” de mai ; et puis Chacornac me reparle avec une insistance croissante de l’arrangement du “Roi du Monde”, et je n’ai pas encore pu m’y mettre !
J’allais oublier de vous dire que Matgioi vient de se décider à rééditer aussi la “Voie Rationnelle”.
Très affectueusement à vous.
René Guénon
Каир, 1 апреля 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)