Le Caire, 13 mars 1937
Mon bien cher ami,
Vous allez vous étonner de recevoir encore une lettre de moi, alors que je vous ai écrit il y a bien peu de temps ; mais, cette fois, il s’agit d’un renseignement que j’ai à vous demander. Dans un paquet que je viens de recevoir de Chacornac, je trouve une lettre qui m’est adressée et dont l’auteur se recommande de vous et de Mario. Cette lettre est signée L. Pastourel, à Sillans-la-Cascade (Var) ; pourriez-vous me dire un peu qui c’est ? Cela me rendrait d’autant plus service que, au fond, je ne comprends pas très bien les raisons pour lesquelles il m’écrit ; il voudrait que je lui donne un avis sur un article de lui sur “les Atlantes”, qui est joint à sa lettre ; cet article a été publié dans le “Journal du Cercle de Toulon” (encore une chose dont j’ignorais l’existence et dont je n’arrive pas à deviner le caractère). À vrai dire, cet article est assez confus et contient bien des choses qui auraient besoin d’être mises au point ; il est toujours un peu embarrassant de répondre à des demandes de ce genre, surtout venant de quelqu’un qu’on ne connaît pas du tout et qu’on risque de froisser en disant nettement ce qu’on pense…
Il se propose, dit-il, de faire figurer cet article dans un recueil qu’il prépare ; et il ajoute qu’il m’a fait adresser un petit volume de critique littéraire, “Pascal, Racine”, que d’ailleurs je n’ai pas encore reçu jusqu’ici, mais qui m’arrivera peut-être un de ces jours… – Je vous donne toutes ces explications pour que vous voyiez exactement de quoi il s’agit ; merci d’avance pour tout ce que vous pourrez me dire là-dessus.
Voilà que des gens qui ont lu le livre de Mario me demandent ce qu’il faut, au fond, penser d’Apollonius ; il est un peu difficile de le dire d’une façon très précise, je crois, puisque, en somme, on ne peut guère, d’après les données dont on dispose, savoir ce qu’a été exactement son rôle réel. Il semble que l’histoire des évocations d’Éliphas Lévi et autres choses du même genre lui fassent du tort dans l’esprit de certains ; on ne peut pourtant pas, en tout cas, le rendre responsable de ces mésaventures “posthumes”…
Je viens de lire enfin “À la poursuite de la Sagesse” ; il y a là-dedans des choses qui ne sont pas mal, mais, comme dans tous les livres de Magre, c’est toujours assez inégal et “mêlé”. Ce qui est assez curieux, pour la partie concernant son séjour à Pondichéry, c’est que, bien qu’il ne le dise pas nettement, il semble qu’en fait il n’ait pas réussi à voir Aurobindo Ghose ; savez-vous ce qu’il en est au juste ? – À propos, on m’a communiqué dernièrement une lettre d’une personne, d’ailleurs un peu extraordinaire, qui dit se demander “si ce n’est pas une femme qui écrit sous le pseudonyme de Maurice Magre” ; ne trouvez-vous pas que l’idée est vraiment amusante ?
Je pense que Sandoz doit être maintenant à Paris ; peut-être l’aurez-vous déjà vu ; n’oubliez pas de me faire part de ce qu’il vous aura appris sur l’Ashram de Pondichéry…
En hâte, très affectueusement à vous.
René Guénon
Каир, 13 марта 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)