Le Caire, 30 octobre 1936
Mon bien cher ami,
Votre lettre s’est croisée avec celle que je vous ai écrite, il y a quelques jours, après avoir reçu de bonnes nouvelles de vous par le Dr Fiolle. Assurément, si vous avez pu rentrer à Paris en auto par vos propres moyens, c’est que vous étiez déjà bien mieux à ce moment-là ; mais vous aviez oublié de me dire cela…
De mon côté, j’ai dû oublier de vous parler du livre de Desclausais ; je ne l’ai d’ailleurs pas vu, mais j’en ai appris la publication, il y a quelque temps, par un compte rendu plus qu’élogieux paru dans la fameuse R. I. S. S.
Il est vraiment extraordinaire que les “Cahiers du Sud” ne vous aient fait aucun service ; vous auriez dû réclamer…
Je pensais bien que Mario devrait rentrer ces temps-ci ; si son livre doit paraître en novembre, nous y voilà presque.
Lombard n’habite donc plus du tout Paris, pour que vous soyez ainsi sans nouvelles de lui ? Je ne savais pas qu’il avait une sœur.
Merci pour la commission faite à Pierrefeu.
J’ai écrit de mon mieux à la pauvre Melle Dufau ; il est certain que les malades se font bien souvent des illusions sur leur état, mais il semble qu’elle ne puisse plus guère s’en faire…
Le voyage de Sandoz n’aura pas été beaucoup retardé en somme ; compte-t-il séjourner longtemps dans l’Inde ?
Wirth ne nous a décidément pas fait le service de son livre, qui d’ailleurs, d’après ce qu’on m’en a dit, ne présente qu’un bien médiocre intérêt. Le pauvre homme continue à s’enfermer dans des vues de plus en plus bornées et mesquines ; il ne songe même plus à aucune espèce de symbolisme, en dépit du titre de sa revue ; il ne fait plus que rabâcher qu’on a tort de vouloir sortir d’un horizon purement terrestre et humain, etc. ; c’est vraiment lamentable ! Je m’étonne que votre cousine continue toujours à lui donner de temps à autre des vers à publier à côté de ses élucubrations…
Les traductions de mes livres semblent vouloir se multiplier en ce moment : la traduction italienne de la “Crise du Monde moderne” va paraître avant la fin de l’année ; celle de “L’Homme et son devenir” est en train, et l’accord à son sujet vient d’être conclu entre les éditeurs. – En anglais, il y a actuellement en train des traductions de l’“Introduction”, du “Symbolisme de la Croix” et du “Théosophisme”, mais là il n’y a encore rien d’arrêté pour la publication ; celle du “Théosophisme” trouvera probablement un éditeur en Amérique plus facilement qu’en Angleterre… - La revision de tout cela me donne un travail assez peu intéressant ; c’est indispensable pour éviter toute erreur, mais c’est presque aussi assommant que les corrections d’épreuves, ce qui n’est pas peu dire !
On me dit que vous avez en ce moment, à Paris, des variations de température extraordinaires ; je souhaite que vous ne vous en ressentiez ni directement, quant à votre santé, ni même indirectement, par une affluence excessive de malades qui vous fatiguerait…
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 30 октября 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)