Le Caire, 25 octobre 1936
Mon bien cher ami,
Je viens de recevoir une lettre du Dr Fiolle, qui me dit que la mienne lui est parvenue pendant qu’il était à Paris, et alors que justement il parlait de moi avec vous. – Ce qui me fait le plus grand plaisir, c’est de savoir par lui que vous allez maintenant tout à fait bien, à tel point, dit-il, qu’on a peine à croire, en vous voyant, que vous venez d’être si souffrant. Je ne veux pas tarder à vous dire combien je suis heureux de cette bonne nouvelle de votre complet rétablissement !
Quant à nous, imaginez-vous que nous avons été quelque peu grippés ces temps-ci ; j’ai commencé, et ma femme a suivi ; c’est plutôt extraordinaire avec la chaleur que nous avons encore ici en ce moment… Ce n’est d’ailleurs pas bien grave, et il n’y paraîtra sans doute bientôt plus ; mais c’est tout de même assez gênant, et cela n’a guère avancé mon travail ; je me suis trouvé presque en retard pour l’envoi de mes articles de novembre.
Le Dr Fiolle me dit qu’il y a eu dans le “Mercure” une critique “ahurissante” de son livre par Marcel Boll, qui même me vise aussi en passant ; je n’ai pas vu cela, mais je connais la mentalité du personnage, et rien ne peut m’étonner de sa part ; sûrement, c’est une des plus belles incarnations de l’esprit “scientiste” qu’il soit possible de voir ! – Il ne fait pas allusion à son prochain livre ; à ce propos, comme vous m’avez dit que le titre devait être “Humanisme”, il va falloir que je lui signale que Mario vient d’en faire paraître un qui est intitulé “Humanisme intégral” (et que je n’ai d’ailleurs pas vu) ; n’est-il pas à craindre que cette similitude puisse donner lieu à quelque confusion ?
Autre chose : d’après une coupure qu’on m’a envoyée dernièrement, il doit y avoir un congrès astrologique à Paris l’an prochain, et il a été constitué un comité de patronage dans lequel, juste à côté du nom de Magre, figure celui du Dr Grangier. Aucune précision de prénom ni d’adresse ; est-ce de vous qu’il s’agit, ou bien est-ce seulement un homonyme ? Tel que je vous connais, la seconde hypothèse me paraît bien la plus vraisemblable !
À propos de Magre, j’apprends que, comme il était à prévoir, il vient de faire paraître en volume les articles dont je vous avais parlé ; c’est bien de son voyage dans l’Inde qu’il s’agit, mais, d’après ce qu’on me dit, uniquement au point de vue “phénomènes”, et sans la moindre considération d’un autre ordre ; je me demande s’il va m’envoyer cela…
Mario est-il rentré à Paris ? En tout cas, je pense que cela ne tardera sans doute guère, si le lancement de son livre doit être pour bientôt.
Très affectueusement à vous.
René Guénon
Каир, 25 октября 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)