Le Caire, 8 octobre 1936
Mon bien cher ami,
Je viens de recevoir votre lettre ; je ne pensais pas que la mienne vous trouverait encore au Thor. Vous devez en avoir maintenant une autre dans laquelle je vous ai parlé du livre du Dr Fiolle, à qui j’ai d’ailleurs écrit presque en même temps. Est-ce que son second livre dont vous me parlez est déjà prêt et doit paraître bientôt ?
Je ne savais pas où Mario avait été cette année ; j’espère voir bientôt son Apollonius. – Il y a longtemps que vous ne m’aviez pas parlé de Lombard ; que fait-il maintenant ?
Vous m’aviez bien dit en effet que vous aviez vu Sandoz, et aussi qu’il pensait remettre son voyage à plus tard.
Cette réapparition de Pierrefeu s’est bien fait attendre ; enfin, mieux vaut tard que jamais… Puisqu’il vous parle de moi, vous serez bien aimable de lui transmettre aussi mon bon souvenir quand vous lui écrirez. – Qu’est-ce donc que le bureau Veritas ? Vous savez que je ne suis guère au courant de tout cela.
Aujourd’hui, je reçois une lettre de cette malheureuse Melle Dufau, qui semble avoir été contente que je lui aie écrit ; mais cette lettre est vraiment bien lamentable ! Elle est maintenant dans une clinique à Nice (Clinique de Belvédère, 12, bd Tzaréwitch), où, dit-elle, elle a “pu enfin se réfugier grâce à la générosité et à l’entr’aide des artistes”, et où son état, encore aggravé, “trouvera sa fin d’une façon ou de l’autre” ; elle semble ne plus se faire d’illusions et n’avoir plus guère d’espoir de guérison ; et même l’effort d’écrire lui est pénible maintenant…Il va falloir que je lui réponde sans trop tarder ; mais on ne sait vraiment trop que dire dans un cas aussi désespéré…
La revue “Études Traditionnelles” n’est pas réellement une nouvelle revue ; c’est l’ancien “Voile d’Isis”, auquel je collabore régulièrement depuis 1929, et dont nous avons pu enfin, non sans peine, décider Chacornac à changer le nom pour un autre mieux approprié à ce qu’il est maintenant. Je n’en suis d’ailleurs pas le directeur, ce qui serait difficile à cette distance ; et puis ce titre appartient à Chacornac, qui en est même très jaloux ; il est vrai que c’est lui qui fait les frais (il y a presque toujours quelque déficit) ; mais il faut souvent user de diplomatie pour l’amener à accepter telle ou telle chose… – Enfin, on va faire aussi des “Éditions des Études Traditionnelles”, ou un titre de ce genre, sans mention du nom de Chacornac (pour éviter toute confusion avec les publications “occultistes”) ; le 1er volume qui y paraîtra sera la réédition de la “Voie Métaphysique” ; ensuite viendra probablement celle du “Roi du Monde”…
Pour le moment, je suis encore dans mes revisions de traductions ; ce n’est pas une besogne bien amusante, cela vaut presque les corrections d’épreuves !
Savez-vous que Maître Wirth vient de faire paraître un livre de souvenirs sur Guaita ? Il paraît d’ailleurs qu’il ne contient rien de bien remarquable, et que ce n’est guère que la répétition d’histoires déjà connues : les démêlées de Guaita et de Péladan, l’affaire Boullan, etc. Du reste, à en juger par ses articles, son intellectualité ne va pas en s’améliorant ; son état physique non plus, car il ne peut plus sortir du tout de chez lui…
J’espère bien que, la prochaine fois, vous m’annoncerez, non plus votre convalescence, mais votre complet rétablissement ! Et tâchez de ne pas trop vous fatiguer avec vos malades… – N’avez-vous pas trop mauvais temps à Paris ? On m’a dit qu’il y avait eu bien peu d’été cette année.
Bien affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 8 октября 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)