Le Caire, 26 septembre 1936
Mon bien cher ami,
Je pense que vous devez être maintenant rentré à Paris, et je veux croire que vous y êtes arrivé tout à fait rétabli, et aussi que vos malades vont avoir le bon esprit de ne pas trop vous fatiguer tout de suite. Ne tardez pas à me redonner de vos nouvelles si possible ; sans doute avez-vous maintenant ma dernière lettre…
Je suis enfin arrivé à lire le livre du Dr Fiolle, et il va falloir que je lui écrive à ce sujet comme je le lui avais promis. Je le trouve d’ailleurs réellement très bien dans son ensemble, et certainement beaucoup plus net, dans notre sens, que celui de Carrel. Le dernier chapitre, notamment, est vraiment bien “au point”, et les conclusions sont en somme très justes, quoique peut-être un peu trop “optimistes” sur certains points… La seule chose que je regrette un peu, c’est qu’il n’ait pas modifié, à la suite des explications que je lui avais données après son article du “Mercure”, ce qui se retrouve aux pp. 35-37 du livre. Il faudrait en tout cas expliquer comment il peut y avoir un “épuisement de la pensée métaphysique”, inépuisable en elle-même ; et, s’il est vrai en un sens que la “politique” a tué le moyen âge, encore faudrait-il savoir comment et pourquoi elle a pu y arriver ; qu’en pensez-vous ? – Mais enfin tout cela n’ôte rien au mérite du livre, qui sort tout à fait de l’ordinaire ; savez-vous comment il a été accueilli et s’il a du succès ?
J’ai reçu ces jours derniers une lettre de L. de Gaigneron, accompagnée d’un article intitulé “La valeur de l’acte”, qu’il a fait paraître dans le “Mercure” (15 septembre) ; peut-être aurez-vous vu cela. Il y a certainement des choses qui sont bien, mais je trouve que l’expression est toujours un peu embrouillée… Cet article, me dit-il, doit entrer dans un volume qu’il prépare actuellement, et qui comprendra des études d’un caractère assez varié ; un autre chapitre, sur “l’énigme des sociétés secrètes”, doit passer aux “Cahiers du Sud” (avec lesquels je ne le savais pas en relations) ; je crains qu’il ne soit pas très préparé à traiter ce sujet, qui est bien complexe et sur lequel on ne peut guère “improviser”… Ce qui m’inquiète encore davantage, c’est qu’il se propose de comprendre aussi dans ce volume “un assez long travail sur le communisme” ; je ne sais pas du tout à quel point de vue il entend se placer, mais, de toutes façons, je ne vois pas bien l’utilité ni l’opportunité de se lancer dans des considérations développées sur les choses de cet ordre. Enfin, nous verrons ce que ce sera ; mais, d’après cela, sa tendance aux discussions contingentes ne semble pas s’atténuer, et c’est peut-être dommage.
À propos des “Cahiers du Sud”, et de Carrel, je repense encore à votre article, savez-vous que je ne l’ai jamais eu ?
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 26 сентября 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)