Le Caire, 12 septembre 1936
Mon bien cher ami,
Quelle malchance que vous soyez tombé malade ainsi pour terminer vos vacances ! Je dis malchance, mais je vois que malgré tout vous n’avez pas trop à vous en plaindre, puisque vous avez peu souffert et qu’en somme cela vous procure un supplément de repos… Tout de même, je souhaite que vous soyez complètement rétabli pour reprendre vos occupations ! – Si vous ne devez rester au Thor que jusqu’au 15, ma lettre ne vous y trouverait sûrement plus ; comme je suppose que vous allez rentrer à Paris directement, c’est donc là que je l’adresse.
Je vais écrire tout de suite quelques mots à Melle Dufau ; maintenant que je sais qu’elle est toujours à Antibes ; mais je pense que, comme toujours, vous préférez que je ne lui parle pas de vous… Son cas est vraiment bien extraordinaire ; mais quelle volonté il lui faut avoir pour continuer à travailler ainsi dans de pareilles conditions !
Je comprends que Sandoz songe à ajourner son voyage aux Indes ; les circonstances, actuellement, ne sont vraiment guère favorables à de pareils déplacements… – À propos des Indes, on me dit que Magre fait paraître en ce moment dans le “Petit Parisien” une série d’articles intitulés “Magie, tigres, forêts vierges” ; je suppose que ce doivent être des impressions de son voyage, dont il fera sans doute un volume ensuite.
Je suis content de ce que vous me dites du prochain livre de Mario ; s’il doit paraître en octobre, je ne tarderai pas beaucoup à voir cela.
Quant au livre de Gaigneron, je vois que vous en pensez en somme la même chose que moi ; je trouve aussi qu’il y a trop de choses là-dedans, et traitées de façon très inégale ; sûrement, il y a des points qu’il aurait mieux fait de ne pas aborder, n’y étant pas suffisamment préparé ; il y en a d’autres sur lesquels je ne peux pas dire grand’chose moi-même, car il y a une foule d’allusions à des théories philosophiques et scientifiques que je ne connais guère… J’ai toujours pensé que Gaigneron avait vraiment des possibilités de compréhension, mais son grand défaut est d’être confus ; on me dit cependant que son livre, tel qu’il est, fait beaucoup d’impression sur certains esprits, précisément à cause de tout ce côté de discussion philosophico-scientifique.
J’ai fini de liquider toute ma correspondance arriérée, juste à temps pour m’occuper de mes articles et comptes rendus pour octobre ; et, maintenant que cela aussi est terminé, il va falloir que je me mette à examiner une traduction italienne de la “Crise du Monde moderne” et une traduction anglaise du “Théosophisme”.
Beaucoup de gens réclament avec insistance la réédition de l’“Ésotérisme de Dante” et surtout du “Roi du Monde”, devenus tout à fait introuvables ; je ne sais si cela pourra s’arranger bientôt, mais je voudrais en tout cas y faire des additions assez importantes.
Ne tardez pas à me redonner de vos nouvelles.
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 12 сентября 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)