Le Caire, 15 août 1936
Mon bien cher ami,
Je m’excuse tout d’abord d’être cette fois bien en retard pour répondre à votre lettre, et cela tout à fait involontairement, car je viens de la trouver seulement à mon retour, après un séjour d’un mois à Alexandrie. Ce changement d’air nous a fait beaucoup de bien, et je dois avouer que j’ai fait comme vous quand vous êtes en vacances : je n’ai pas eu non plus le courage d’écrire pendant ce temps-là, ni de revenir ici pour chercher le courrier comme j’en avais l’intention… Le malheur est que j’en ai trouvé une énorme quantité, comme vous pouvez vous en douter, si bien que je ne sais trop comment je vais en sortir !
J’ai trouvé le livre de J. Fiolle, qui sans doute a eu seulement du retard ; je lui envoie tout de suite un mot pour l’en remercier, et je lui récrirai quand je l’aurai lu ; je vous en reparlerai aussi, bien entendu. – Quant aux “Cahiers du Sud”, je ne les ai toujours pas reçus… À Alexandrie, un ami m’a prêté le livre de Carrel, de sorte que j’ai pu le lire enfin ; ce que j’en pense est tout à fait conforme à ce que vous m’en aviez dit… Ce qui est assez singulier aussi, c’est l’importance excessive qu’il donne à la “méditation psychique” ; lui encore paraît confondre un peu trop facilement le psychique et le spirituel…
Merci de vos renseignements au sujet de M. O. Breton ; j’ai encore là une lettre de lui à laquelle il va falloir que je réponde sans trop tarder, puisque vous me dites qu’il y a chez lui une bonne volonté qui mérite d’être encouragée.
Je suis tout étonné d’apprendre que Pierrefeu fait maintenant de la sculpture ; a-t-il donc laissé la peinture de côté ?
Rien de cette pauvre Melle Dufau ; je lui récrirais bien en effet, mais quelle est son adresse maintenant ? Est-elle à Paris, à Marseille, ou à Antibes ?
N’oubliez pas de me parler de Gaigneron et de Berdiaeff.
Sûrement, l’Inde restera toujours l’Inde, comme vous le dites ; mais, là comme partout actuellement, tout ce qui est d’ordre spirituel et métaphysique se cache de plus en plus devant l’envahissement du désordre moderne.
Dermenghem me dit avoir vu Sandoz dernièrement, mais ne fait aucune allusion à son projet de voyage.
Puisque vous devez être en vacances, j’adresse ma lettre au Thor, mais je me demande où elle vous atteindra au juste… – Et Mario, où passe-t-il les vacances cette année ?
Excusez ma hâte pour aujourd’hui ; je voulais du moins ne pas tarder encore davantage à vous répondre !
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 15 августа 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)