Le Caire, 25 janvier 1936
Mon bien cher ami,
Je suis un peu inquiet de n’avoir pas de vos nouvelles ; avez-vous reçu mes dernières lettres ? Il y a bien de l’irrégularité dans les courriers en ce moment, je ne sais trop pourquoi ; mais pourtant je n’ai pas eu à constater jusqu’ici que rien se soit perdu… Enfin, je pense que peut-être ce sont vos malades qui ne vous laissent pas le temps d’écrire ; avec l’humidité que vous avez en France cet hiver, paraît-il, ce ne serait pas très étonnant ; mais je veux croire du moins que vous-même n’avez pas eu à vous ressentir des effets de ce mauvais temps…
Je n’ai pas de nouvelles de Mario non plus ; je pense bien que vous avez dû lui faire une commission, si vous l’avez vu comme c’est probable ; mais je vais tâcher de lui écrire quelques mots tout de même, maintenant que le flot de la correspondance de janvier commence à se calmer un peu.
Par contre, je viens de recevoir un mot de G. Truc, qui ne m’avait pas donné signe de vie depuis bien longtemps ; il semble toujours fort occupé, et il se plaint d’être obligé, par les difficultés de l’existence, de faire beaucoup de choses sans grand intérêt… Il me dit qu’il va publier dans la “Revue Hebdomadaire” un article sur le “cas Maritain” ; vous verrez sans doute cela ; vous ai-je déjà parlé de cette histoire ? Il paraît que ledit Maritain manifeste depuis quelque temps des sympathies nettement communistes, et que son influence dans les milieux catholiques (sauf dans quelques groupes de jeunes gens qui le suivent toujours) en est fortement atteinte ; même à l’Institut Catholique, on commencerait à le trouver plutôt compromettant ; et, avec ses variations continuelles, on finira par ne plus pouvoir le prendre au sérieux !
Autre histoire : je viens de voir que la trop fameuse “Revue Internationale des Sociétés Secrètes” a un nouveau collaborateur, qu’elle présente comme “un philosophe ami”, et qui n’est autre que… Desclausais, dont nous n’entendions plus parler ; que va-t-il faire là-dedans ? Son article n’est d’ailleurs pas mal au fond, car il déplore surtout la part de plus en plus réduite que les catholiques actuels font aux questions doctrinales ; mais c’est écrit dans un style vraiment effroyable…
Voilà, je crois, tout ce qu’il y a comme nouvelles intéressantes depuis que je vous ai écrit. – J’espère avoir bientôt une lettre de vous, ou tout au moins, si vous êtes trop pris, quelques lignes qui me rassureront.
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 25 января 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)