Le Caire, 25 octobre 1935
Mon bien cher ami,
J’ai été heureux d’avoir cette fois si promptement de vos nouvelles, – heureux aussi de savoir que le prof. Jean Fiolle a trouvé ce qu’il voulait dans mes livres ; j’attends donc une prochaine lettre de lui…
Merci de ce que vous me dites de mon article des “Cahiers du Sud” ; je pensais bien que vous verriez cela. – Je connais bien l’auteur de l’article sur l’entrelacs, Albert Gleizes ; c’est un peintre, certainement très intelligent et avec beaucoup d’idées intéressantes, quoique peut-être il ne sache pas toujours les exprimer avec toute la clarté voulue. À côté de cela, il y a malheureusement, comme vous avez dû le voir, bien des articles superficiels, et aussi quelques-uns dont les intentions sont plutôt équivoques (surtout ceux de Massignon et d’Asin Palacios, ce qui ne m’a d’ailleurs pas surpris).
Je pense qu’on n’aura pas oublié de vous envoyer le nº du “Voile d’Isis” ; je l’ai du reste rappelé hier encore. Mon article est, en somme, un morceau de l’ouvrage sur les conditions de l’existence corporelle que je projette depuis longtemps déjà… Sûrement, ce ne sont pas les projets de livres qui me manquent, c’est toujours le temps pour les réaliser ; espérons pourtant que j’y arriverai tout de même, au moins en partie ! Je prends bonne note de ce que vous me dites à ce sujet…
Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir au juste de vrai dans ce qu’on vous a dit sur Magre ; en tout cas, ce qui m’étonne, c’est qu’il ait l’idée d’entreprendre un pareil voyage s’il est dans le déplorable état de santé qu’on m’a décrit ! Quant à ce qu’il pourra en rapporter, j’en pense la même chose que vous…
La bibliothécaire de la Société Théosophique est-elle toujours Melle Morel ? Si c’est elle, il est sûr qu’elle n’a, pour sa part, nulle hostilité contre moi ; mais le plus étonnant est que les “autorités” la laissent mettre mes livres en vitrine.
N’oubliez pas de me dire l’impression du P. Amiable quand il aura lu mes livres, et aussi de me reparler de votre jeune ami hindou. – À propos de ce dernier, je ne me rappelle plus si je vous ai dit que le trop fameux “prince” Jukanthor avait fait paraître, il y a quelques mois, un nouveau volume dans lequel il m’insulte encore grossièrement, suivant son habitude, et sans la moindre raison plausible ; je continue d’ailleurs à m’abstenir soigneusement de faire à ce dangereux et peu recommandable individu l’honneur de la moindre réponse…
Vous me reparlerez aussi d’Aurobindo Ghose ; je dois dire que ce sont les éléments européens et surtout féminins de son entourage que je suspecte plus particulièrement.
Je n’arrive pas encore à terminer mes rangements ; il me survient toujours quelque nouvelle besogne, et je vais au plus pressé…
Quand vous déciderez-vous à venir nous voir ? Sera-ce pour les prochaines vacances ?
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 25 октября 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)