Le Caire, 2 octobre 1935
Mon bien cher ami,
J’ai reçu votre lettre ce matin ; je suis heureux de voir que vos vacances se sont agréablement passées et vous ont fait du bien ; je me doutais bien que vous deviez rentrer ces temps-ci. – Quand viendrez-vous jusqu’ici ?
Décidément, Mario est toujours aussi “voyageur” ; ces croisières sur le yacht de Dupuy sont-elles donc périodiques ? Je suis tout étonné qu’Éliane soit déjà en âge de passer son bachot… – C’est Philipon qui m’avait dit que Mario avait eu des désagréments avec Payot ; je n’en ai pas entendu parler par ailleurs.
Il faut croire que ce qu’on disait de l’état de cette pauvre Melle H. Dufau n’était pas exagéré ; elle ne m’a plus écrit, et ce n’est pas signe non plus qu’elle soit en bonne santé… – Votre expression de “cadavre ambulant” a été employée aussi pour Magre par quelqu’un qui l’a vu dernièrement ; il paraît que lui aussi est bien loin d’être en brillant état ; il est à St Raphael depuis le printemps dernier.
Au Thor, avez-vous vu Melle Lacour ? Est-elle toujours professeur à Marseille ?
Nous sommes bien d’accord sur “Prélude” ; oui, c’est malheureux de voir se gaspiller ainsi des gens qui valent sûrement mieux que cela… – Avez-vous fini par savoir ce qu’est devenu Pierrefeu ?
Pour le prof. Jean Fiolle, j’ai parlé de son article dans les comptes rendus que je viens de faire pour le “Voile” de novembre ; je dis d’ailleurs à peu près ce que je vous ai déjà écrit. Je ne savais pas qu’il préparait un livre ; s’il a besoin de quelques indications, c’est bien volontiers que je tâcherai de les lui donner ; mais, pour un exposé général de ce qu’est la métaphysique, je ne crois pas pouvoir le faire plus clairement que dans l’“Introduction” ; il faudrait qu’il m’indique des points plus particuliers à préciser. Puisqu’il se propose de m’écrire, il vaut mieux que j’attende un peu pour que cela ne se croise pas ; en tout cas, je prends note de sa nouvelle adresse.
L’article me concernant, dont la traduction a paru dans les “Cahiers du Sud”, a une certaine importance parce que l’auteur est un des philosophes les plus en vue actuellement en Allemagne. – À propos des “Cahiers du Sud”, je viens de recevoir le nº sur l’Islam, qui était en préparation depuis assez longtemps, et pour lequel j’ai donné un article ; peut-être pourrez-vous voir cela. Je n’ai pas eu le temps de le lire encore, mais l’ensemble me paraît assez inégal et bien peu homogène… – D’autre part, je demande qu’on vous envoie le nº du “Voile” sur les doctrines hindoues, qui vient de paraître ; j’ai fait cette fois un assez long travail sur la théorie des éléments.
Si vous examinez de plus près la question de l’acupuncture, n’oubliez pas de m’en reparler ; je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.
Le projet du P. Amiable n’est pas banal en effet, mais je me demande ce que cela pourra donner au juste…
Je pense que vous pourrez comprendre Sri Aurobindo Ghose, même en anglais ; le malheur est qu’il n’écrit pas lui-même, et que tout cela est arrangé par des “disciples” qui ne m’inspirent pas une extrême confiance ; puissent-ils ne pas faire pour lui ce que d’autres ont fait pour Râmakrishna !
Nous sommes toujours très contents de notre nouvelle installation ; mais croiriez-vous que je n’ai pas encore pu achever la mise en ordre de mes livres et de mes papiers ?…
À bientôt d’autres nouvelles, j’espère, puisque vous n’êtes plus en vacances !
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 2 октября 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)