Le Caire, 19 janvier 1935
Mon bien cher ami,
Merci de vos bons vœux, qui me sont parvenus avant-hier ; à mon tour de vous adresser tous les nôtres ! J’aurais bien dû le faire plus tôt, mais j’espère que vous voudrez bien m’excuser : ma correspondance, toujours bien chargée comme vous le savez, se complique encore plus que jamais à cette époque de l’année… Mais vous pouvez être bien sûr que, même quand je n’arrive pas à vous écrire, je n’en pense pas moins à vous ; et je sais très bien aussi qu’il en est de même pour vous de votre côté.
Juste en même temps que votre lettre, j’en ai reçu une de Mario, qui m’annonce l’envoi incessant de ses “Hymnes philosophiques”. Il se plaint de ne plus rien recevoir de Rouhier, qui ne lui a même pas envoyé les comptes de l’année passée ; j’ai encore été plus favorisé que lui à cet égard, mais qu’en sera-t-il cette année ? J’ai appris d’autre part que le personnage ne payait plus les éditeurs qui lui fournissent des livres (car il ne fait plus guère que de la librairie) ; évidemment, il doit avoir des embarras financiers depuis la disparition de Mme Britt.
Il était temps de sauver mes livres de la faillite Bossard ; ce qui restait du fonds a été soldé à vil prix, faute d’acquéreurs.
Je suis heureux de voir que Melle Lacour ne m’oublie toujours pas ; voudrez-vous, quand vous en aurez l’occasion, lui transmettre mon meilleur souvenir ? – J’ai à peine besoin de vous demander d’en faire autant avec tous les amis que vous verrez…
Moi non plus, je n’ai pas de nouvelles de Truc directement depuis bien longtemps ; j’en ai eu de façon indirecte, de temps à autre, puisqu’il s’est occupé de la reprise de mes livres par Denoël et Steele.
Je comprends que vous en ayez assez du temps gris de Paris ; ici, nous n’avons pas bien chaud en ce moment, mais du moins, comme vous le pensez, le soleil ne nous fait presque jamais défaut.
Ce que vous me dites de votre jeune Hindou ne m’étonne pas ; au fond, il en est ainsi de beaucoup d’“occidentalisés”, qui ne le sont en somme que superficiellement, quoi qu’ils en puissent penser eux-mêmes…
Oui, il y a beaucoup de choses intéressantes dans le Livre des Morts thibétain (je crois vous avoir dit que j’ai l’édition anglaise) ; j’aime moins l’introduction d’Evans-Wentz, qui est d’inspiration passablement théosophiste.
J’ai déjà cherché à avoir le renseignement que vous me demandez (c’est même ce qui m’a empêché de vous répondre le jour même), mais je n’y ai pas encore réussi. Il y a trois ou quatre princes Toussoun ; le plus connu est le prince Omar Toussoun, qui n’habite pas ici, mais à Alexandrie ; votre ancien ami est-il un frère de celui-ci ? Enfin, je vais chercher d’un autre côté, et il serait bien étonnant que je n’arrive pas à trouver. C’est dommage que mon ami Taher pacha, le neveu du roi, soit actuellement en Amérique, car il aurait sûrement pu me dire cela immédiatement…
Dermenghem me demande un article pour les “Cahiers du Sud”, qui veulent à leur tour faire un nº spécial sur l’Islam ; il voudrait que je lui envoie cela vers la fin de ce mois-ci.
Excusez-moi de vous écrire un peu hâtivement aujourd’hui, et tâchez de me redonner bientôt de vos nouvelles.
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 19 января 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)