Le Caire, 20 avril 1934
Mon bien cher ami,
Encore quelques mots pour vous tenir au courant de la suite des extraordinaires histoires de Melle Dufau. Voilà que, à peine remise des fatigues de son voyage, elle m’envoie une élucubration confuse, à travers laquelle j’ai encore bien de la peine à démêler ce qu’elle se propose ; ce qui apparaît le plus clairement, c’est qu’elle viendrait jouer un rôle de “direction invisible”, si je puis dire, vis-à-vis du groupe de “Prélude”… Mais ce qui est le plus fâcheux pour moi, c’est que sa lettre est accompagnée d’un interminable questionnaire portant sur toutes sortes de sujets, et auquel elle me demande de répondre tout de suite ! Non seulement je n’ai pas le temps et j’ai bien autre chose à faire, comme vous pouvez le penser, mais je n’aime guère ces sortes de “mises en demeure” ; et, franchement, je ne vois pas du tout pourquoi je serais obligé de m’expliquer par avance, plus ou moins sommairement, sur des questions que je me propose de traiter quelque jour si les circonstances me le permettent. Du reste, sans tous les développements et les précisions nécessaires, cela ne pourrait qu’être mal compris et mal interprété ; et, quand je vois la façon dont elle a déjà “utilisé” même ce qui se trouve dans mes livres, et qui se prête moins à la déformation, c’est fort peu encourageant ! Aussi, je crois bien que, cette fois, je vais lui répondre nettement… que je ne peux pas lui répondre ; tant pis si elle s’en fâche ; et ce que vous m’écriviez dernièrement m’y engage encore. Le malheur est que, étant donnée son opiniâtreté, il n’est même pas sûr que cela suffise à me débarrasser de cette obsession !
J’ai reçu ces jours derniers le nº 3 de “L’Homme Réel” (le nº 2 ne m’est pas parvenu), et je dois avouer que je comprends de moins en moins où tout cela tend ; que c’est donc loin de mes préoccupations… et des vôtres aussi sans doute !
Il semble, d’après les dernières nouvelles, qu’il y ait enfin quelque espoir d’arriver à une solution pour l’affaire Bossard ; mais ce n’est pas encore terminé… D’autre part, j’apprends encore de nouveaux mensonges du sieur Rouhier, sans qu’il me soit possible d’en démêler les raisons ; il semble qu’il éprouve le besoin de mentir même pour des choses tout à fait indifférentes ; que faire avec un pareil individu ?
Je pense que vous avez bien reçu mes deux dernières lettres, et j’espère avoir bientôt de bonnes nouvelles de vous.
Très affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 20 апреля 1934 г.
(перевод на русский язык отсутствует)