Le Caire, 3 décembre 1931
Mon bien cher ami,
Je pense que vous avez bien reçu ma dernière lettre. Quelques jours après que je vous ai écrit, il s’est produit un fait nouveau : j’ai reçu une lettre de Rouhier, qui m’envoyait enfin les contrats, et qui m’annonçait qu’il allait mettre tout de suite en train la réimpression de l’“Introduction”. Je crois que, par ce changement d’attitude, il a voulu essayer de se faire pardonner sa lettre à la R. I. S. S. ; mais croyez-vous qu’il a eu l’inconscience de me parler de ladite lettre, alors que moi-même je ne lui en avais rien dit ? Comme il reparlait en même temps des projets d’éditions dont il avait été question il y a déjà longtemps, je lui ai répondu que j’estimais n’avoir plus à procurer des ouvrages à éditer à une maison où on prétendait me traiter en “simple auteur” ; il me semble que c’est logique ! D’autre part, comme il avait manifesté l’intention de retarder la sortie de mon livre jusqu’en février sans aucune raison plausible (peut-être vous l’ai-je déjà dit), je lui ai déclaré que je tenais absolument à ce qu’il paraisse avant la fin de l’année ; on verra ce qu’il va faire… Il me tarde effectivement que ce soit terminé, car je n’attends que cela pour mettre fin à une situation qui, à tous les points de vue, est devenue intolérable. Il faudra ensuite penser à trouver un autre éditeur pour mes futurs ouvrages, mais, naturellement, on a encore le temps d’y réfléchir ; la difficulté sera d’en trouver un dont on puisse être sûr qu’il ne sera pas accessible aux influences hostiles, de quelque côté qu’elles viennent ; les gens vraiment indépendants sont malheureusement rares !
Je n’ai toujours pas de nouvelles de Mario, et je commence à m’en étonner un peu ; j’aime à croire pourtant qu’il n’y a aucune cause fâcheuse à ce silence.
Que devient l’abbé ? A-t-il reçu l’exemplaire du “Symbolisme de la Croix” que je lui ai fait adresser ? Je vous ai déjà posé la même question pour Pierrefeu ; vous serez bien aimable de me donner des renseignements, car, comme certains exemplaires semblent n’être pas arrivés, je tâche d’avoir des indications précises pour réclamer et faire faire des recherches. Je crois vous avoir dit que Rouhier était parti en vacances avant que les envois soient terminés ; c’est inénarrable !
En ce moment, je m’enrhume presque autant qu’à Paris ; à part cela, je ne vais pas mal, mais je ressens encore la fatigue de tous ces ennuis.
Et vous, comment allez-vous ? Tâchez de me donner bientôt de vos nouvelles.
Faites, je vous prie, mes amitiés à tous.
À vous bien affectueusement.
René Guénon
Каир, 3 декабря 1931 г.
(перевод на русский язык отсутствует)