Le Caire, 19 avril 1931
Mon bien cher ami,
J’ai été heureux de recevoir votre lettre, car il y avait en effet bien longtemps que je n’avais eu de vos nouvelles, du moins directement ; mais, bien entendu, vous n’avez pas besoin d’excuser votre retard, car je comprends trop bien que vous n’ayez pas toujours le temps d’écrire. Pour ma part, j’ai là une trentaine de lettres auxquelles je n’ai pas encore répondu, et dont certaines datent de plusieurs mois…
J’ai été surpris par la nouvelle du départ de Mario pour la Grèce ; il ne m’avait rien écrit qui fasse prévoir que ce voyage était en projet ; cela s’est-il donc décidé presque subitement, comme sa croisière de l’automne dernier ? Cette absence va sans doute retarder un peu la publication de son livre, qui devait paraître à peu près en même temps que le mien. – Quant à celui-ci, j’ai corrigé et renvoyé les dernières épreuves il y a déjà à peu près un mois, et je ne sais rien depuis. Il est vrai qu’il faut le temps du tirage, mais il me semble tout de même que cela doit être terminé maintenant.
Pour ce qui est de rester bien avec Rouhier, je crois que c’est plus facile de loin que de près, et pourtant il aurait grand besoin d’avoir auprès de lui quelqu’un qui lui évite de faire des gaffes… Ce qui est ennuyeux aussi, c’est qu’il ne répond pas à la moitié des choses qu’on lui demande ; c’est ainsi que je ne peux pas arriver à obtenir un contrat régulier. J’avais profité de ce que Mario avait demandé en ce qui le concerne, et aussi de ce que Rouhier lui-même m’avait écrit qu’il voulait tout organiser “commercialement”, pour dire que je pensais qu’il serait préférable de faire un contrat aussi pour moi ; il y a de cela plus de deux mois, et j’attends toujours…
D’autre part, je suis toujours sans nouvelles de Mme Britt ; j’avais supposé qu’elle pouvait être en voyage, mais il paraît qu’il n’en est rien. Je veux bien qu’il y ait certaines excuses à son silence, mais tout de même, après avoir annoncé sa venue ici pour la fin de janvier, elle aurait bien pu tout au moins m’écrire quelques mots pour me faire savoir qu’elle avait renoncé à ce projet.
M. Britt est en effet un musicien, mais surtout théoricien, car il a peu composé paraît-il ; à part cela, il s’occupe aussi d’astrologie. Rouhier m’avait écrit il y a quatre ou cinq mois qu’un livre de lui, intitulé “La Lyre d’Apollon”, était à l’impression ; depuis, je n’en ai plus entendu parler.
Je vois que vous avez été satisfait de votre visite à Solesmes, ce qui ne m’étonne pas d’après ce que vous m’en aviez déjà dit ; il est certain qu’il doit y avoir là une tout autre atmosphère que dans les églises ordinaires de Paris ou d’ailleurs.
Vous êtes-vous absenté pendant les vacances de Pâques ? Vous ne m’en dites rien.
Je vais toujours bien ; comme beaucoup de gens ici à la fin de l’hiver, j’ai eu un peu de grippe, mais je ne m’en ressens plus du tout maintenant. Quant à aller en France, je n’y pense toujours pas beaucoup pour le moment ; comme je vous le disais la dernière fois, on verra les événements…
Bien affectueusement vôtre.
René Guénon
Каир, 19 апреля 1931 г.
(перевод на русский язык отсутствует)