Paris, 10 mars 1924
Cher Monsieur,
Je vous envoie sous ce pli, un peu plus tard que je ne l’aurais voulu, le commencement de mon travail sur Dante. Ce travail n’est pas terminé, mais je ne veux pas vous faire attendre plus longtemps, et je vous enverrai le reste dans quelque temps. D’ailleurs, ce serait certainement trop long pour paraître en une seule fois ; et même, si cette première partie devait déjà tenir trop de place, vous pourrez naturellement en réserver un peu pour le numéro suivant.
Je vous remercie de l’envoi du “Nuovo Patti”, qui m’est bien parvenu, et que je vous retournerai comme vous me le demandez quand je l’aurai terminé. J’ai lu votre article avec beaucoup d’intérêt ; comme vous le verrez, je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fond même de la question, bien qu’il y ait une différence de point de vue que j’indique dès le début. D’autre part, j’ai trouvé dans l’étude du prof. Benini des considérations intéressantes sur les nombres, que j’utiliserai dans la suite. Enfin, on vient de me communiquer un travail sur les influences musulmanes dans l’œuvre de Dante, dont j’aurai aussi à tenir compte. Le sujet, du reste, est beaucoup trop étendu pour que j’aie la prétention de le traiter complètement, et, sur bien des points, je devrai me borner à donner des indications qui pourront peut-être servir de point de départ à d’autres travaux ; il restera certainement beaucoup à dire pour vous-même ou pour d’autres qui auraient l’intention de reprendre la question par la suite.
Dans la première partie, j’ai cru utile de citer un certain nombre de choses qui sont déjà connues, mais que je ne pouvais me dispenser de rappeler, et qui me fournissaient d’ailleurs l’occasion de préciser la façon dont j’envisage la question. La suite contiendra sans doute plus de considérations véritablement nouvelles ; en tout cas, je pense que l’ensemble pourra présenter un certain intérêt pour vos lecteurs.
Je suis tout étonné de n’avoir pas encore reçu le premier numéro de la Revue ; avez-vous donc eu encore un nouveau retard imprévu ? J’espère bien le recevoir d’ici peu, et j’espère aussi que vous pourrez ensuite, comme vous le dites, arriver à rattraper ce retard.
Croyez, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Париж, 10 марта 1924 г.
(перевод на русский язык отсутствует)