Paris, 21 avril 1925
Cher Monsieur,
J’ai bien reçu vos deux lettres, la première à Blois, et la seconde ici où nous sommes rentrés hier comme je vous l’avais dit. À l’instant même, je reçois aussi l’“Era Nuova” que vous m’annonciez ; les imprimés sont toujours plus longtemps en route que les lettres.
Je me hâte de vous répondre au sujet de la faute que vous me signalez et qui m’avait échappé ; mais la correction que vous avez faite est bien exacte. En effet, voici exactement ce que j’ai écrit :
…de plus, Malaki, “mon envoyé” (c’est-à-dire l’envoyé de Dieu, ou “l’ange dans lequel est Dieu”, Maleak ha-Elohim
), est l’anagramme de Mikaël.
Il ne faut donc pas de parenthèse devant Maleak ha-Elohim
, qui est l’équivalent hébreu des mots qui précèdent immédiatement entre guillemets.
Je regrette de n avoir rien à vous envoyer pour remplir les quelques pages qui vous restent encore ; mais, en ce moment, je n’ai absolument rien de préparé et je ne peux pas trouver le temps de faire quelque chose.
J’attends les dernières épreuves de mon livre sur le Vêdânta
, et j’espère qu’il sera prêt à paraître au début du mois prochain. Quant à l’étude sur Dante, je pense qu’elle va sortir ces jours-ci.
J’ignorais la mort de Steiner ; je pense que vous feriez bien de donner un article sur lui, en disant nettement ce que vous pensez, sans trop vous préoccuper de l’opinion des gens.
Pour Minaci, il faudrait voir s’il est capable de vous faire des articles intéressants ; il est souvent bien difficile, malheureusement, de ne pas froisser quelqu’un quand on ne veut pas accepter de publier n’importe quoi.
Je n’ai pas encore pu arriver à écrire à Gallo ; je pensais profiter des vacances pour mettre à jour ma correspondance que la correction des épreuves m’avait fait négliger, mais j’ai eu trop d’autres occupations, et ces quelques jours ont été bien vite passés.
Je ne connais la “Revue Juive” que de nom ; il me semble d’ailleurs qu’il n’y a pas longtemps qu’elle existe. Quant au “Symbolisme”, je ne le vois plus depuis des années ; Wirth m’en faisait le service autrefois, mais il a cessé sans que je sache pourquoi.
Pour les caractères hébraïques, il m’est venu une idée : ne pourriez-vous pas en trouver à Livourne, qui est un centre juif très important ? Je me trompe peut-être, mais il me semble que, s’il s’en trouve quelque part en Italie, ce doit être là. Il est ennuyeux, dans bien des cas, de ne pouvoir donner qu’une transcription ; il est vrai que cela vaut encore mieux que de fabriquer des caractères fantaisistes et indéchiffrables avec des assemblages de traits comme on l’avait fait autre fois dans la “Voie “.
Je n’ai pas entendu parler, si ce n’est par vous, de cet Allemand qui se trouverait actuellement à Paris et qui ferait des expériences de lecture d’écrits cachés ; où avez-vous vu le compte rendu de ces expériences ?
M. de Giorgio me demande quelle valeur peut avoir la traduction du “Tao” par Evola ; je ne la connais pas, mais, d’après ce que vous m’avez dit, je m’en méfie, puisque l’auteur ne connaît pas la langue. À propos d’Evola, où en est son travail sur le Tantra ? Ce sera sans doute une reproduction plus ou moins arrangée des ouvrages de sir John Woodroffe ; le plus fâcheux est que celui-ci ne sait pas le sanscrit non plus, et ce qui est plus singulier, c’est qu’il fait des fautes invraisemblables en écrivant en anglais, qui est pourtant sa propre langue.
Il paraît qu’il existe une autre traduction italienne du “Tao” par Evans ; la connaissez-vous ?
Je regrette bien vivement que votre voyage à Paris se trouve encore ajourné ; j’espère pourtant que vous pourrez arriver à le faire assez prochainement en tout cas avant le mois de juillet, époque où nous nous absentons pour les grandes vacances. – Je n’ai pas eu de nouvelles de Mikulski depuis qu’il avait ajouté quelques mots à une de vos lettres ; il m’annonçait pourtant qu’il ne tarderait pas à m’écrire ; que devient-il ? Transmettez-lui mes amitiés quand vous en aurez l’occasion, ainsi qu’à Guerrieri. Si, comme je le pense, vous le voyez toujours de temps à autre. Avez-vous des nouvelles d’Armentano ?
Croyez, je vous prie, à mes sentiment bien cordiaux.
René Guénon
Париж, 21 апреля 1925 г.
(перевод на русский язык отсутствует)