Paris, 6 avril 1925
Cher Monsieur,
J’ai bien reçu votre lettre, ainsi que le paquet contenant mon manuscrit avec la copie de la traduction, il y a déjà à peu près quinze jours. Je m’excuse de n’avoir pas pu vous répondre plus tôt ; la faute en est aux imprimeurs qui, après m’avoir fait attendre plusieurs mois, se sont mis à travailler avec une telle vitesse que j’ai dû passer toutes mes journées à la correction des épreuves, sans pouvoir prendre un instant pour m’occuper d’autre chose. Enfin, s’ils arrivent à rattraper le temps perdu, il ne faut pas s’en plaindre ; je pense que mes deux volumes pourront être prêts à paraître d’ici un mois environ.
Hier soir seulement, j’ai pu prendre connaissance de votre traduction, qui est très bien comme toujours, et dans laquelle je n’ai relevé que trois petites inexactitudes (ou qui, du moins, me semblent telles). La première, d’ailleurs, n est qu’une simple distraction : c’est la première référence indiquée à la p. 8 de la traduction ; le passage concernant Descartes est T. II, p. 235 et non 285. Tout en haut de la p. 17, vous avez rendu “envisagé” par “intravisto” ; si ce mot a en italien le même sens que son équivalent français “entrevu”, il ne donne que l’idée d’une connaissance imparfaite et lointaine, ce qui serait contraire à l’intention que j’ai eue en écrivant le passage en question. – Enfin, presque au début de la p. 18, il y a ceci : “le due vie che…, e che sotto forma exoterica era rappresentato
” ; il faudrait le pluriel, puisque ceci se rapporte aux due vie
. – Voilà tout ce que j’ai trouvé ; comme vous voyez, c’est bien peu de chose.
Quant à la question des caractères dans lesquels l’article devra être composé, cela n’a pas une grande importance, et je ne serai nullement contrarié que vous preniez des caractères plus petits ; je pense même que cela vaut beaucoup mieux que d’être obligé de ne faire paraître l’article qu’en deux fois.
Le dernier n° d’“Ignis” m’est parvenu il y a deux jours ; il se présente en effet mieux que le précédent. J’ai vu que vous y aviez mis les “errata” de mon précédent article, et je vous en remercie.
La lettre de Minaci prouve que celui-là au moins est de bonne foi, et nous ne pouvons que nous féliciter de ce premier résultat de la dénonciation du plagiat de Sacchi ; je doute fort que ce dernier puisse arriver à se justifier.
Je n’avais pas vu ce que vous me dites au sujet des méthodistes américains, mais je n’en suis pas étonné ; c’est bien conforme à la mentalité de ces gens-là !
Je souhaite que vous trouviez les caractères hébraïques à Florence, où vous devez être en ce moment, et où je vous adresse cette lettre suivant l’indication que vous m’avez donnée. – Si vous allez à Bologne et si vous voyez Gallo, vous serez bien aimable de lui transmettre mes amitiés, avec mes excuses de ne pas lui avoir écrit depuis si longtemps que j’ai reçu une lettre de lui ; je tâcherai de le faire dans quelque temps, mais j’ai beaucoup de correspondance en retard.
Ce que vous dites à propos de Tahra bey correspond tout à fait à ce que j’avais pensé dès le début, et je suis heureux que vous ne vous soyez pas engagé avec lui. Ce qui est étonnant, c’est que tant de gens viennent à lui ; mais ils ne sont sans doute attirés que par les phénomènes et il est probable qu’ils ne se préoccupent guère des questions doctrinales.
La librairie Ch. Bosse, 16-18, rue de l’Ancienne-Comédie (IVe
) a en ce moment, paraît-il, beaucoup de livres intéressants sur l’hermétisme ; vous pourriez écrire en donnant votre adresse et en demandant qu’on vous fasse l’envoi des catalogues. C’est dans cette maison que travaille Faugeron, et il s’est arrangé pour en faire figurer l’adresse sur ses éditions, car, pour la vente, il lui aurait été difficile de les avoir chez lui.
Nous partirons après-demain pour Blois (74, rue du Foix), et nous rentrerons ici le 20 avril ; j’espère bien qu’il vous sera possible de venir à Paris vers cette époque, et aussi que je serai un peu plus tranquille alors que je ne l’ai été en ces derniers temps. – La question du logement est toujours très difficile ici ; ce n’est plus comme au temps où Mikulski y était ; et, avec l’exposition qui va s’ouvrir, il est à craindre que cela ne devienne encore plus compliqué ; enfin, nous reparlerons de tout cela.
Je vous écris à la hâte, et il se peut que j’oublie de vous répondre sur quelques points ; vous voudrez bien m’en excuser.
Croyez, je vous prie, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Париж, 6 апреля 1925 г.
(перевод на русский язык отсутствует)