12 juillet 1925
[…] Je ne connaissais pas les traditions que vous citez relativement à l’oursin fossile et qui sont très intéressantes ; je crois qu’on pourrait arriver à en retrouver le véritable sens, malgré des déformations certaines. En tout cas, cet oursin était assimilé à un œuf, je ne serais pas autrement surpris qu’il ait été considéré comme un symbole du Christ, et, là-dessus encore, je me permets de vous renvoyer à mon livre : voyez ce qui se rapporte à l’“Œuf du Monde” et à Hiranyagarbha
, puis faites un rapprochement avec les nombreux passages de l’écriture où le Christ est appelé “germe”. Il me semble que l’explication soit de là tout aussi pour l’œuf, et il est bien probable qu’il était envisagé par les druides ; tout cela a un rapport étroit avec les théories “cycliques”.
[…] Votre ex-libris est tout à fait curieux [cf. Regnabit
, août-sept. 1925] ; il est purement hermétique et n’a rien de spécialement maçonnique, malgré la présence de l’acacia choisi pour figurer l’arbre de vie. Ce que vous dites de l’acacia est très juste et l’idée qui s’y attache en premier lieu est celle d’“incorruptibilité” ; il est remarquable que nous nous soyons encore rencontrés sur ce point. Pour les deux socles triangulaires à terminaisons pyramidales qui tiennent la place des deux colonnes maçonniques, leur disposition en sens inverse est manifestement équivalent à celles des deux triangles du “sceau de Salomon” ; et ces deux ternaires inverses sont encore rappelés, d’autre part, par les branches et les racines de l’arbre. Ces deux socles, étant surmontés respectivement du soleil et de la lune, figurent deux principes complémentaires, l’un masculin (ou actif), et l’autre féminin (ou passif), qui sont ici les deux pôles de la manifestation universelles, puisque c’est entre eux que se développe “l’Arbre de Vie”, qui est en même temps “l’Arbre du Monde” ; les deux principes en question, sous quelque nom qu’on les désigne, sont donc en somme le Purusha et la Prakriti de la tradition hindoue. Vous trouverez sans peine le développement de tout cela dans mon livre [L’Homme et son Devenir, p. 57], ainsi qu’une note où il est question de l’Arbre du Monde représenté dans l’Inde par le figuier. Je n’insiste pas sur le pélican et l’ouroboros dont vous avez parfaitement saisi le sens.
[…] Pour votre Janus, le fait même qu’un des visages est barbu et l’autre imberbe peut suffire à indiquer la forme androgyne. Le Rebis hermétique est représenté aussi comme un personnage à deux têtes, l’une masculine et l’autre féminine ; il porte souvent dans ses mains, au moins depuis le début du XVIIe s., le compas et l’équerre ; jusqu’ici je n’ai pas connaissance de figurations incontestablement plus anciennes comportant ces instruments maçonniques, mais il peut en exister.
[…] Vous avez raison : la prononciation a-oum n’est pas orientale, mais elle correspond cependant à la décomposition du monosyllabe ( om
) en ses trois éléments constitutifs. D’ailleurs bien que la prononciation habituelle (en orient) soit om
, on dit dans l’Inde qu’il y a 52 façons différentes de prononcer ce monosyllabe. En tout cas, le rapprochement avec Aω est tout à fait légitime, et il est parfaitement en accord avec l’interprétation hindoue. – Quant à l’histoire de l’ouverture et de la fermeture de la bouche, je ne la trouve pas si enfantine que cela, car tout ce qui se rapporte à la respiration et à l’émission de la parole a pourtant une importance symbolique particulière.
12 июля 1925 г.
(перевод на русский язык отсутствует)