Paris, 11 janvier 1929
Cher Monsieur et ami,
Voilà bien longtemps que je n’ai eu de vos nouvelles ; je pense que vous avez bien reçu mes dernières lettres, et notamment celle dans laquelle je vous envoyais une citation vous concernant ; mais sans doute êtes-vous toujours surchargé de travail et est-ce là la cause de votre silence. Je ne veux pourtant pas tarder davantage à vous adresser mes meilleurs vœux pour la nouvelle année, et encore vont-ils être déjà bien en retard.
J’aime à croire que votre santé est meilleure que la mienne, car celle-ci laisse toujours beaucoup à désirer ; voilà maintenant à peu près deux mois que je traîne cette sorte de grippe dont je ne peux pas arriver à me débarrasser. Il est vrai que le temps est peu favorable, mais les ennuis que j’ai eus et que j’ai encore sont certainement aussi pour beaucoup dans la persistance de cet état ; on a beau vouloir tenir malgré tout, la résistance de l’organisme a malheureusement des limites.
J’ai pu enfin lire votre article sur le Sphinx, un ami qui se l’était procuré me l’ayant prêté ; je l’ai trouvé très intéressant, comme on me l’avait dit, et j’admire que vous puissiez faire passer certaines choses, et en particulier certaines citations, sans vous attirer les chicanes d’une censure d’autant plus ombrageuse qu’elle est plus inintelligente. Je me permettrai seulement, à propos de cet article, une petite remarque : pourquoi dites-vous que “les anciens connaissaient mal la Divinité”, qu’“ils la concevaient comme ils pouvaient” ? Je veux croire qu’il n’y a là, de votre part, qu’une sorte de précaution oratoire, simplement destinée à faire accepter le reste plus facilement.
Je n’ai rien pu apprendre au sujet de ce que vous m’aviez dit pour la nomination du P. Pinard de la Boullay à la chaire de Notre-Dame ; de votre côté, avez-vous eu quelque autre information là-dessus ?
Vous savez sans doute que M. Le Cour annonce un ouvrage sur les “Mystères crétois”, qui paraîtra sans doute aux “Cahiers du Portique” ; je me demande comment il traitera cette question. À propos de M. Le Cour, avez-vous quelque idée sur l’histoire de la “triple enceinte” dont je vous parlais dans une précédente lettre ?
La réédition du “Théosophisme”, remise au courant des événements récents comme je crois vous l’avoir dit, est paru le mois dernier.
J’ai eu ces jours-ci une véritable stupéfaction en apprenant que Dom Leclercq venait de faire paraître
chez Rieder
un ouvrage sur la vie chrétienne primitive. Il y a deux ou trois ans, j’ai refusé de donner quelque chose à cette maison, dont les tendances sont trop connues ; je vois que tout le monde n’a pas les mêmes scrupules.
Françoise vous envoie son meilleur souvenir, et moi, cher Monsieur et ami, je vous prie de croire toujours à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Париж, 11 января 1929 г.
(перевод на русский язык отсутствует)