Blois, 25 août 1928
Cher Monsieur et ami,
Il y a une huitaine de jours, donc très peu avant votre lettre, j’en ai en effet reçu une de mon beau-frère m’invitant à aller à Loudun cette semaine
, ce qui m’était tout à fait impossible, comme je le lui ai répondu aussitôt ; on s’est donc un peu trop pressé, à ce que je vois, de vous annoncer ma venue. D’autre part, je suis invité aussi à aller à Champigny ; d’après une lettre reçue ce matin même, ce ne pourrait être que vers le 15 septembre ; mais, à cette époque, c’est-à-dire après l’ouverture de la chasse, pourra-t-on encore me recevoir à Loudun ? Je n’en sais rien, mais, de toutes façons, il ne m’était pas possible de faire deux voyages, et même, à vrai dire, je suis encore bien hésitant et je me demande ce que je vais faire. En effet, sans parler de la difficulté de tout arranger avec chacun pour faire coïncider les dates, ce voyage me sera plutôt pénible cette année… De plus, ma tante, qui se trouvait mieux depuis que nous étions ici, a été de nouveau souffrante la semaine dernière et n’est pas très fameuse depuis, de sorte que je me demande s’il serait bien prudent de la laisser seule. En tout cas, même si tout s’arrangeait, vous pouvez compter que ce ne serait que pour le milieu de septembre environ, sûrement pas avant ; j’ai tenu à vous le dire sans plus tarder, afin que vous puissiez disposer de votre temps d’ici là. Je serais heureux, moi aussi, de vous revoir et de parler avec vous de beaucoup de choses.
J’ai appris que votre congrès, dont vous m’aviez envoyé le programme, a été très réussi et très intéressant ; toutes mes félicitations.
Non, je n’ai pas vu cet article contre Cocteau dont vous me parlez ; je sais seulement, d’une façon un peu vague, qu’il a paru il y a un ou deux mois un livre qui a fait beaucoup de bruit (je n’ai pu retenir le nom de l’auteur, qui m’était tout à fait inconnu) et qui doit avoir été la cause de cet article. Quoi qu’il en soit, pour ce qui est de Maritain, il paraît qu’il a trouvé moyen de se désolidariser de Cocteau en cette occasion ; la facilité avec laquelle il change d’attitude est une chose tout à fait extraordinaire. Mais il y a autre chose qui a dû être pour lui un coup beaucoup plus dur : c’est la condamnation des “Amis d’Israël” par Rome, il y a quelques mois ; en avez-vous entendu parler ?
Quelque jours avant notre départ de Paris, j’ai aperçu Dom Leclercq qui montait dans un tramway devant Saint-Germain-des-Prés ; pensez-vous avoir sa visite encore cette année ?
Vous serait-il possible de me donner le renseignement que je vous avais demandé dans ma dernière lettre, au sujet de l’époque à laquelle on a commencé à figurer le Christ sur la croix ? Cela me rendrait service, car, n’ayant rien de précis à ce sujet, je n’ai pas encore pu donner cette indication au correspondant qui me l’avait demandée.
Il paraît que M. Le Cour est de nouveau en Crète ; il a bien de la chance de pouvoir s’offrir de pareils voyages. Je constate de temps à autre qu’il saisit tous les prétextes pour faire à mes travaux des allusions qui veulent être désobligeantes ; c’est une véritable obsession. Comme vous pouvez le penser, cela m’est fort égal, et il se trompe s’il s’imagine que je vais perdre mon temps à lui répondre (c’est peut-être ce qu’il voudrait) ; il faudra seulement, quand j’en aurai l’occasion, que je coupe court à l’affirmation qu’il répète partout et d’après laquelle j’aurais parlé d’une “Atlantide hyperboréenne”, ce qui est quelque chose d’assez comparable à un “carré rond” ; qu’il prenne l’Ouest pour le Nord s’il veut, mais qu’il ne m’attribue pas ses confusions !
Je serais content de savoir où en sont vos recherches ; trouvez-vous toujours de nouvelles choses ?
Croyez, je vous prie, cher Monsieur et ami, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Блуа, 25 августа 1928 г.
(перевод на русский язык отсутствует)