Paris, 25 février 1926
Cher Monsieur,
Je viens aujourd’hui (d’accord avec le Père Anizan d’ailleurs) vous importuner avec une demande de gravures, comme si vous n’aviez pas assez de tous vos travaux ! Comme je crois vous l’avoir dit dans ma dernière lettre, c’est pour un article sur l’idée du Centre dans les traditions antiques, que je compte préparer pour le n° de mai ; il faudrait donc que ce soit prêt d’ici le 25 mars, ce qui fait juste un mois. Du reste, cela se réduit à peu de chose : trois clichés en tout.
D’abord, le cercle avec un point au centre (signe astrologique du soleil) ; je pense qu’il vous sera possible de le faire de façon à ce que le point soit bien apparent. Ensuite, le cercle divisé par la croix (je reproduirai aussi les roues à six et huit rayons, mais les clichés en existent déjà, puisqu’ils ont figuré dans mon article de novembre).
Enfin, le swastika sous ses deux formes orientées en sens contraires, et que vous pourrez très bien réunir sur un même cliché en les disposant comme ci-dessus. – Merci d’avance, et excusez-moi de vous donner ce mal.
À propos du swastika, ce mot est bien masculin en sanscrit ; il n’y a donc aucune raison de le faire féminin en français.
Mais non, ce n’est pas moi qui vous ai adressé le mobed zoroastrien, et même je regrette bien de ne l’avoir pas vu lors de son passage à Paris. S’il est tombé sur M. Le Cour ou sur quelqu’un de son groupe, il est certain que ceux-ci se seront bien gardés de me l’envoyer. Je serai content d’avoir des détails sur votre entretien quand j’aurai le plaisir de vous voir ; cela doit en effet être assez difficile à résumer dans une lettre.
Il y a eu certainement des relations entre les Lamas et des organisations chrétiennes qui existèrent au moyen âge dans l’Asie centrale, et qu’on regarde habituellement comme “nestoriennes” (mais quel sens précis faut-il attribuer à cette désignation ?). Quant à dire qu’il y a eu influence à proprement parler, c’est un peu différent, et je crois qu’il est difficile d’être bien affirmatif à cet égard ; tout cela est assez compliqué.
J’ai corrigé hier les épreuves de mon article sur les “Arbres du Paradis”. Pour avril, j’ai envoyé au Père Anizan un petit travail intitulé “Le Cœur rayonnant et le Cœur enflammé”, dans lequel j’envisage les deux significations principales du Cœur (Intelligence et Amour) en les rapportant au symbolisme du feu sous ses deux aspects complémentaires (lumière et chaleur).
Je me réjouis de lire vos pages sur la Rose emblématique ; est-ce pour le prochain numéro ? – Toutes les personnes à qui je passe “Regnabit” apprécient beaucoup vos articles et m’en font les plus grands éloges, bien mérités d’ailleurs.
Avez-vous terminé vos mémoires pour le Congrès des Sociétés savantes ? Je ne croyais pas qu’il devait se tenir si tôt.
Avez-vous pu trouver le temps d’écrire au curé de Saint-Nectaire, et en avez-vous obtenu quelque chose ? Je serai content de le savoir.
Vous avez sans doute appris le terrible accident qui a causé la mort de Mme de Noaillat et de M elle
Lépine. Cela nous a rappelé ce qui vous est arrivé ici l’an dernier ; heureusement que vous vous en êtes tiré sans trop de mal !
Je crois qu’il vaudrait mieux conserver pour “Regnabit” le format actuel, qui est plus commode qu’un format plus grand, et augmenter le nombre des pages quand il y aura lieu. Il faut songer aux gens qui lisent en circulant, comme il y en a beaucoup à Paris surtout. Ce n’est d’ailleurs qu’un détail, mais il me semble qu’il a tout de même son importance. – En tout cas, toutes les personnes que le Père Anizan a consultées ont été d’avis que c’est bien “Regnabit” qui doit être l’organe de la Société, et qu’il n’y a pas lieu de créer une autre revue spéciale, ce qui ferait forcément double emploi.
Veuillez, cher Monsieur, recevoir le meilleur souvenir de ces dames et croire à mes sentiments les plus cordiaux.
René Guénon
Париж, 25 февраля 1926 г.
(перевод на русский язык отсутствует)