Paris, 28 octobre 1925
Cher Monsieur,
J’ai envoyé au Père Anizan, il y a une dizaine de jours, un petit article pour le n° de décembre ; la partie principale de cet article concerne, comme je vous l’avais dit, le symbolisme de Janus, et j’y ai rattaché quelques considérations relatives aux arbres symboliques, et notamment à l’“Arbre de Vie” sous ses différentes formes. J’ai terminé par une réponse à l’objection formulée au sujet du Graal, réponse qui, d’ailleurs, n’est guère en somme que le développement de celle que le P. Anizan avait déjà jointe à l’objection elle-même.
En m’accusant réception de cet article, le P. Anizan m’écrit qu’il est très heureux de ce que je dis de l’identité foncière de toutes les traditions, car il lui semble très important de rappeler que l’Église du Christ est depuis le commencement. C’est exactement ce que je pense, et je suis fort satisfait de constater que nous nous comprenons parfaitement.
Le P. Anizan me dit aussi vous avoir envoyé, sur l’habitat spirituel dans le Cœur de Jésus, quelque textes qui pourront vous permettre de “documenter” un article sur ce sujet. J’espère que vous nous donnerez cela bientôt ; après les allusions que nous avons déjà été l’un et l’autre amenés à faire à cette question, il me semble qu’il serait tout à fait opportun de la traiter avec un certain développement.
Les premières épreuves de mon article de novembre étaient pleines de fautes, et un cliché avait été mal placé ; j’ai donc demandé d’autres épreuves, et je les ai eues la semaine dernière. L’imprimeur dit qu’il n’est pas possible habituellement d’envoyer deux épreuves, mais il paraît que ce mois-ci il y aura quelque retard à cause des tables.
Pour votre bardit breton, il serait assurément intéressant de pouvoir publier cela quelque part ; pour en faire une plaquette, il faudrait peut-être y joindre quelques autres choses se rattachant au même sujet ou à des sujets connexes. Enfin, la chose ne me semble pas impossible, et, s’il me vient une idée, je vous la communiquerai. En tout cas, quand j’aurai le plaisir de vous revoir, je n’oublierai pas de vous demander de me montrer ce document. – Je tâcherai aussi de penser au “Symbolisme hermétique” de Wirth.
Pour la figure de la “Queste du Graal” dont je vous ai parlé, je pense qu’elle n’a en effet d’importance qu’en ce qu’elle montre que le swastika était connu et même d’un usage assez courant au moyen âge, car sans cela il ne serait pas venu à l’idée d’un dessinateur de s’en servir comme d’une sorte de schéma pour la construction de certaines figures, même en dehors de toute intention symbolique.
Merci de la photographie, que je remettrai à Genty la prochaine fois que je le verrai.
Merci aussi de la communication de la lettre de M. Le Cour, que je vous retourne sous ce pli. Il est à peine besoin de vous dire que, cette fois encore, ses objections ne m’affectent pas beaucoup. D’abord, s’il n’a vu de moi, sur l’Agartha, que ce qui a paru dans les “Cahiers du Mois”, il ne lui est guère possible de savoir ce que je pourrai dire dans mon travail en préparation, car je n’ai pas voulu entrer là dans des considérations qui n’auraient certainement pas été comprises du public auquel cela s’adressait. D’autre part, pour le sens du mot, je vois bien où il veut en venir : Ag-ar-tha, ag = Agni, ar = Aor ; c’est toujours la même histoire. Ce n’est pas la même chose d’ignorer le sens d’un mot, comme il dit, ou de ne pas juger bon de tenir compte d’un sens supposé qui ne s’appuie sur rien de sérieux. Il faudra que je trouve moyen, dans quelque article pour “Regnabit”, de glisser une note sur cette affaire d’Agni et d’Aor qui a besoin d’être mise au point.
Autre chose à propos de M. Le Cour : il a écrit à ma tante, il y a quelques jours, pour la remercier d’une photographie de son père qu’elle avait depuis fort longtemps et qu’elle lui a fait remettre par mon ami Faugeron (l’éditeur des “Cahiers du Portique”) qui le rencontre de temps à autre. Peut-être, à la suite de cela, allons-nous le voir apparaître ici. Il paraît qu’il n’avait pas cette photographie, et que, suivant son habitude, il a vu là-dedans je ne sais quel signe “extra-terrestre” !
La “Psyché” de l’abbé Pron, formant le second volume des “Cahiers du Portique”, vient de paraître.
Ce qu’on vous a dit au sujet du marbre de St. Denis d’Orques est assez curieux ; je n’avais pas remarqué que la blessure du cœur avait la forme d’un iod, et je ne sais pas si l’on doit croire que cette forme a été donnée intentionnellement. Si cela était, l’ensemble aurait un sens très intéressant et devrait être interprété au moyen d’un certain rapport qui existe entre le symbolisme du cœur et celui de l’œuf, rapport auquel, avant de recevoir votre lettre, je venais justement de faire allusion dans une note de mon article de décembre. Si vous ne voyez pas bien ce que je veux dire, je vous expliquerai cela plus complètement la prochain fois. En tout cas, même si l’interprétation en question était justifiée, elle s’ajouterait simplement à celle que vous avez donnée et n’y changerait absolument rien.
Ces dames vous adressent leur meilleur souvenir, et moi, cher Monsieur, je vous prie de croire toujours à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Париж, 28 октября 1925 г.
(перевод на русский язык отсутствует)