Chiché, 29 août 1925
Cher Monsieur,
Vos deux cartes me sont bien parvenues ici, l’une hier et l’autre ce matin. Nous ne nous expliquons pas comment il peut se faire que nous ne vous ayons pas vu jeudi, car nous étions bien dans le train de 1h 14, et je suis même descendu sur le quai. Je suis désolé que vous ayez fait deux courses à la gare pour rien.
À moins de choses imprévues, nous serons à Loudun jeudi prochain ; nous en repartirons le samedi, mon beau-frère devant s’absenter ce jour-là, mais nous y reviendrons la semaine suivante, le mardi 8 ou le mercredi 9, et nous pensons y rester jusqu’au vendredi ou samedi. J’espère que ces dates ne vous dérangeront pas trop pour les déplacements que vous projetez.
Je vois que j’ai bien fait de vous envoyer mon article dès mon arrivée à Bressuire, sans quoi il aurait été en retard. Si vous pouvez tout envoyer lundi au P. Anizan, ce sera pour le mieux, mais vous n’aurez pas trop de temps pour les gravures, qui seront certainement très bien comme vous me dites.
J’arrive d’Argenton-Château, où j’ai vu à l’église un portail du XIIe siècle très curieux, avec un zodiaque qui est malheureusement bien abîmé (faites-moi penser à vous reparler de cette question du zodiaque). Au-dessus, il y a des “rouelles” tout à fait remarquables : d’abord une figure à six rayons, à peu près comme ceci :
puis deux roues à huit rayons, extrêmement nettes, et enfin une autre figure à huit rayons, plus compliquée, qui n’est qu’une modification de la même roue, et qui rappelle singulièrement certains motifs de “nœuds arabes” (ceux-ci directement dérivés du sceau de Salomon, donc à six rayons seulement). – Cela m’a rappelé que j’ai fait un oubli dans mon article : je voulais indiquer en note qu’il existe deux types principaux de la “rouelle”, l’un à six rayons (celui auquel se rattache la disposition du Chrisme) et l’autre à huit. C’est d’autant plus intéressant que ce dernier est très proche du lotus hindou à huit pétales. Naturellement, ces deux nombres ont l’un et l’autre leur raison d’être. – Peut-être pourrai-je, sur les épreuves, rajouter une petite note de deux ou trois lignes, si cela est possible sans changer la pagination, puisque le P. Anizan m’a dit que l’imprimeur acceptait cela sans aucune difficulté (ce qui est d’ailleurs assez rare).
À bientôt, cher Monsieur, et merci encore un fois pour le mal que je vous donne. Tout le monde ici se rappelle à votre bon souvenir, et moi je vous serre bien cordialement la main.
René Guénon
Шише, 29 августа 1925 г.
(перевод на русский язык отсутствует)