Chapitre IV Les représentations de la survie
On raconte que certains sauvages se représentent l’existence posthume sur le modèle exact de la vie terrestre : le mort continuerait à accomplir les mêmes actions, à chasser, à pêcher, à faire la guerre, à se livrer en un mot à toutes ses occupations habituelles, sans oublier celles de boire et de manger ; et l’on ne manque pas, bien entendu, de faire remarquer combien de semblables conceptions sont naïves et grossières. À vrai dire, il convient de se méfier toujours un peu de ce qu’on rapporte sur les sauvages, et cela pour plusieurs raisons : d’abord, les récits des voyageurs, source unique de toutes ces histoires, sont souvent fantaisistes ; ensuite, quelqu’un qui croit rapporter fidèlement ce qu’il a vu et entendu peut cependant n’y avoir rien compris et, sans s’en apercevoir, substituer aux faits son interprétation personnelle ; enfin, il y a des savants, ou soi-disant tels, qui viennent encore superposer à tout cela leur propre interprétation, résultat d’idées préconçues : ce qu’on obtient par cette dernière élaboration, ce n’est pas ce que pensent les sauvages, mais ce qu’ils doivent penser conformément à telle théorie « anthropologique » ou « sociologique ». En réalité, les choses sont moins simples, ou, si l’on préfère, elles sont compliquées d’une tout autre façon, parce que les sauvages, tout comme les civilisés, ont des manières de penser qui leur sont particulières, donc qui sont difficilement accessibles aux hommes d’une autre race ; et, avec les sauvages, on a fort peu de ressources pour les comprendre et pour s’assurer qu’on les comprend bien, parce que, généralement, ils ne savent guère expliquer ce qu’ils pensent, en admettant qu’eux-mêmes s’en rendent bien compte. Pour ce qui est de l’assertion que nous rapportions tout à l’heure, on prétend l’appuyer sur un certain nombre de faits qui ne prouvent absolument rien, comme les objets qu’on dépose auprès des morts, les offrandes d’aliments qu’on fait sur les tombeaux ; des rites tout semblables ont existé ou existent encore chez des peuples qui ne sont nullement des sauvages, et ils n’y correspondent point à ces conceptions grossières dont on croit qu’ils sont un indice, parce que leur vraie signification est tout autre que celle que leur attribuent les savants européens, et parce que, en réalité, ils concernent uniquement certains éléments inférieurs de l’être humain. Seulement, les sauvages, qui sont pour nous, non point des « primitifs », mais au contraire des dégénérés, peuvent avoir conservé certains rites sans les comprendre, et cela depuis des temps fort reculés ; la tradition, dont le sens s’est perdu, a fait place chez eux à la routine, ou à la « superstition » au sens étymologique du mot. Dans ces conditions, nous ne voyons aucun inconvénient à ce que certaines tribus tout au moins (il ne faut pas trop généraliser) en soient arrivées à concevoir la vie future à peu près comme on le dit ; mais il n’y a pas besoin d’aller si loin pour trouver, et d’une façon beaucoup plus certaine, des conceptions ou plutôt des représentations qui soient exactement celles-là. D’abord, on en trouverait très probablement, à notre époque autant qu’à toute autre, dans les classes inférieures des peuples qui vantent le plus leur civilisation : si l’on cherchait des exemples parmi les paysans des divers pays d’Europe, nous sommes persuadé que la récolte ne manquerait pas d’être abondante. Mais il y a mieux : dans les mêmes pays, les exemples les plus nets, ceux qui revêtent les formes les plus précises dans leur grossièreté, ne seraient peut-être pas fournis par des illettrés, mais bien plutôt par des gens qui possèdent une certaine instruction, dont quelques-uns sont même regardés communément comme des « intellectuels ». Nulle part, en effet, les représentations du genre spécial dont il s’agit ne se sont jamais affirmées avec autant de force que chez les spirites ; il y a là un curieux sujet d’études, que nous nous permettons de recommander aux sociologues, qui, là du moins, ne courront pas le risque d’une erreur d’interprétation.
Nous ne saurions mieux faire que de citer ici, pour commencer, quelques extraits d’Allan Kardec lui-même ; et voici tout d’abord ce qu’il dit au sujet de l’« état de trouble » qui suit immédiatement la mort :
« Ce trouble présente des circonstances particulières, selon le caractère des individus et surtout selon le genre de mort. Dans les morts violentes, par suicide, supplice, accident, apoplexie, blessures, etc., l’esprit est surpris, étonné, et ne croit pas être mort ; il le soutient avec opiniâtreté ; pourtant il voit son corps, il sait que ce corps est le sien, et il ne comprend pas qu’il en soit séparé ; il va auprès des personnes qu’il affectionne, leur parle, et ne conçoit pas pourquoi elles ne l’entendent pas. Cette illusion dure jusqu’à l’entier dégagement du périsprit ; alors seulement l’esprit se reconnaît et comprend qu’il ne fait plus partie des vivants. Ce phénomène s’explique aisément. Surpris à l’improviste par la mort, l’esprit est étourdi du brusque changement qui s’est opéré en lui ; pour lui, la mort est encore synonyme de destruction, d’anéantissement ; or, comme il pense, qu’il voit, qu’il entend, à son sens il n’est pas mort ; ce qui augmente son illusion, c’est qu’il se voit un corps semblable au précédent pour la forme, mais dont il n’a pas encore eu le temps d’étudier la nature éthérée ; il le croit solide et compact comme le premier ; et quand on appelle son attention sur ce point, il s’étonne de ne pas pouvoir se palper… Certains esprits présentent cette particularité quoique la mort ne soit pas arrivée inopinément ; mais elle est toujours plus générale chez ceux qui, quoique malades, ne pensaient pas à mourir. On voit alors le singulier spectacle d’un esprit assistant à son convoi comme à celui d’un étranger, et en parlant comme d’une chose qui ne le regarde pas, jusqu’au moment où il comprend la vérité… Dans les cas de mort collective, il a été observé que tous ceux qui périssent en même temps ne se revoient pas toujours immédiatement. Dans le trouble qui suit la mort, chacun va de son côté, ou ne se préoccupe que de ceux qui l’intéressent ».
Voici maintenant pour ce qu’on pourrait appeler la vie journalière des « esprits » :
« La situation des esprits et leur manière de voir les choses varient à l’infini en raison du degré de leur développement moral et intellectuel. Les esprits d’un ordre élevé ne font généralement sur la terre que des séjours de courte durée ; tout ce qui s’y fait est si mesquin en comparaison des grandeurs de l’infini (sic), les choses auxquelles les hommes attachent le plus d’importance sont si puériles à leurs yeux, qu’ils y trouvent peu d’attraits, à moins qu’ils n’y soient appelés en vue de concourir au progrès de l’humanité. Les esprits d’un ordre moyen y séjournent plus fréquemment, quoiqu’ils considèrent les choses d’un point de vue plus élevé que de leur vivant. Les esprits vulgaires y sont en quelque sorte sédentaires et constituent la masse de la population ambiante du monde invisible ; ils ont conservé à peu de chose près les mêmes idées, les mêmes goûts et les mêmes penchants qu’ils avaient sous leur enveloppe corporelle ; ils se mêlent à nos réunions, à nos affaires, à nos amusements, auxquels ils prennent une part plus ou moins active, selon leur caractère. Ne pouvant satisfaire leurs passions, ils jouissent de ceux qui s’y abandonnent et les y excitent. Dans le nombre, il en est de plus sérieux qui voient et observent pour s’instruire et se perfectionner ».
Il paraît en effet que les « esprits errants », c’est-à-dire ceux qui attendent une nouvelle incarnation, s’instruisent « en voyant et observant ce qui se passe dans les lieux qu’ils parcourent », et aussi « en écoutant les discours des hommes éclairés et les avis des esprits plus élevés qu’eux, ce qui leur donne des idées qu’ils n’avaient pas ». Les pérégrinations de ces « esprits errants », si instructives qu’elles soient, ont l’inconvénient d’être presque aussi fatigantes que les voyages terrestres ;
mais « il y a des mondes particulièrement affectés aux êtres errants, mondes dans lesquels ils peuvent habiter temporairement, sortes de bivouacs, de camps pour se reposer d’une trop longue erraticité, état toujours un peu pénible. Ce sont des positions intermédiaires parmi les autres mondes, graduées suivant la nature des esprits qui peuvent s’y rendre, et ceux-ci jouissent d’un bien-être plus ou moins gr and ».
Tous les « esprits » ne peuvent pas aller partout indifféremment ; voici comment ils expliquent eux-mêmes les relations qu’ils ont entre eux :
« Les esprits des différents ordres se voient, mais ils se distinguent les uns des autres. Ils se fuient ou se rapprochent, selon l’analogie ou l’antipathie de leurs sentiments, comme cela a lieu parmi vous. C’est tout un monde dont le vôtre est le reflet obscurci. Ceux du même rang se réunissent par une sorte d’affinité et forment des groupes ou familles d’esprits unis par la sympathie et le but qu’ils se proposent : les bons par le désir de faire le bien, les mauvais par le désir de faire le mal, la honte de leurs fautes et le besoin de se trouver parmi des êtres semblables à eux. Telle une grande cité où les hommes de tous rangs et de toutes conditions se voient et se rencontrent sans se confondre ; où les sociétés se forment par l’analogie des goûts ; où le vice et la vertu se coudoient sans se rien dire… Les bons vont partout, et il faut qu’il en soit ainsi pour qu’ils puissent exercer leur influence sur les mauvais ; mais les régions habitées par les bons sont interdites aux esprits imparfaits, afin que ceux-ci ne puissent y apporter le trouble des mauvaises passions… Les esprits se voient et se comprennent ; la parole est matérielle : c’est le reflet de l’esprit. Le fluide universel établit entre eux une communication constante ; c’est le véhicule de la transmission de la pensée, comme pour vous l’air est le véhicule du son ; une sorte de télégraphe universel qui relie tous les mondes, et permet aux esprits de correspondre d’un monde à l’autre… Ils constatent leur individualité par le périsprit qui en fait des êtres distincts les uns pour les autres, comme le corp s parmi les hommes ».
Il ne serait pas difficile de multiplier ces citations, d’y joindre des textes qui montrent les « esprits » intervenant dans presque tous les événements de la vie terrestre, et d’autres qui précisent encore les « occupations et missions des esprits » ; mais cela deviendrait vite fastidieux ; il est peu de livres dont la lecture soit aussi insupportable que celle de la littérature spirite en général. Il nous semble que les extraits précédents peuvent se passer de tout commentaire ; nous ferons seulement ressortir, parce qu’elle est particulièrement importante et revient à chaque instant, l’idée que les « esprits » conservent toutes les sensations des vivants ; la seule différence est qu’elles ne leur parviennent plus par des organes spéciaux et localisés, mais par le « périsprit » tout entier ; et les facultés les plus matérielles, les plus évidemment dépendantes de l’organisme corporel, comme la perception sensible, sont regardées comme « des attributs de l’esprit », qui « font partie de son être ».
Après Allan Kardec, il est bon de citer le plus « représentatif » de ses disciples actuels, M. Léon Denis :
« Les esprits d’ordre inférieur, enveloppés de fluides épais, subissent les lois de la gravitation et sont attirés vers la matière… Tandis que l’âme épurée parcourt la vaste et radieuse étendue, séjourne à son gré sur les mondes et ne voit guère de limites à son essor, l’esprit impur ne peut s’éloigner du voisinage des globes matériels… La vie de l’esprit avancé est essentiellement active, quoique sans fatigues. Les distances n’existent pas pour lui. Il se transporte avec la rapidité de la pensée. Son enveloppe, semblable à une vapeur légère, a acquis une telle subtilité qu’elle devient invisible aux esprits inférieurs. Il voit, entend, sent, perçoit, non plus par les organes matériels qui s’interposent entre la nature et nous et interceptent au passage la plupart des sensations, mais directement, sans intermédiaire, par toutes les parties de son être. Aussi ses perceptions sont-elles autrement claires et multipliées que les nôtres. L’esprit élevé nage en quelque sorte au sein d’un océan de sensations délicieuses. Des tableaux changeants se déroulent à sa vue, des harmonies suaves le bercent et l’enchantent. Pour lui, les couleurs sont des parfums, les parfums sont des sons. Mais, si exquises que soient ses impressions, il peut s’y soustraire et se recueille à volonté, en s’enveloppant d’un voile fluidique, en s’isolant au sein des espaces. L’esprit avancé est affranchi de tous les besoins corporels. La nourriture et le sommeil n’ont pour lui aucune raison d’être… Les esprits inférieurs emportent avec eux, au delà de la tombe, leurs habitudes, leurs besoins, leurs préoccupations matérielles. Ne pouvant s’élever au-dessus de l’atmosphère terrestre, ils reviennent partager la vie des humains, se mêler à leurs luttes, à leurs travaux, à leurs plaisirs… On rencontre dans l’erraticité des foules immenses toujours à la recherche d’un état meilleur qui les fuit… C’est en quelque sorte le vestibule des espaces lumineux, des mondes meilleurs. Tous y passent, tous y séjournent, mais pour s’élever plus haut… Toutes les régions de l’univers sont peuplées d’esprits affairés. Partout des foules, des essaims d’âmes montent, descendent, s’agitent au sein de la lumière ou dans les régions obscures. Sur un point, des auditoires s’assemblent pour recevoir les instructions d’esprits élevés. Plus loin, des groupes se forment pour faire fête à un nouvel arrivant. Ailleurs, d’autres esprits combinent les fluides, leur prêtent mille formes, mille teintes fondues et merveilleuses, les préparent aux subtils usages que leur destinent les génies supérieurs. D’autres foules se pressent autour des globes et les suivent dans leurs révolutions, foules sombres, troublées, qui influent à leur insu sur les éléments atmosphériques. L’esprit, étant fluidique lui-même, agit sur les fluides de l’espace. Par la puissance de sa volonté, il les combine, les dispose à sa guise, leur prête les couleurs et les formes qui répondent à son but. C’est par le moyen de ces fluides que s’exécutent des œuvres qui défient toute comparaison et toute analyse : tableaux changeants, lumineux ; reproductions de vies humaines, vies de foi et de sacrifice, apostolats douloureux, drames de l’infini… C’est dans les demeures fluidiques que se déploient les pompes des fêtes spirituelles. Les esprits purs, éblouissants de lumière, s’y groupent par familles. Leur éclat, les nuances variées de leurs enveloppes, permettent de mesurer leur élévation, de déterminer leurs attributs… La supériorité de l’esprit se reconnaît à son vêtement fluidique. C’est comme une enveloppe tissée avec les mérites et les qualités acquises dans la succession de ses existences. Terne et sombre pour l’âme inférieure, sa blancheur augmente dans la proportion des progrès réalisés et devient de plus en plus pure. Déjà brillante chez l’esprit élevé, elle donne aux âmes supérieures un éclat insoutenable ».
Et qu’on n’aille pas dire que ce ne sont là que des façons de parler plus ou moins figurées ; tout cela, pour les spirites, doit être pris rigoureusement à la lettre.
Si extravagantes que soient les conceptions des spirites français au sujet de la « survie », il semble qu’elles soient encore dépassées par celles des spirites anglo-saxons, et par tout ce que ceux-ci racontent des merveilles du Summerland ou « pays d’été », comme ils appellent le « séjour des esprits ». Nous avons dit ailleurs que les théosophistes critiquent parfois sévèrement ces sottises, en quoi ils n’ont pas tort : c’est ainsi que Mme Besant parle de « la plus grossière de toutes les représentations, celle du Summerland moderne, avec ses « maris-esprits », ses « femmes-esprits », ses « enfants-esprits », allant à l’école et à l’université et devenant des esprits adultes ». Cela est fort juste, assurément, mais on peut se demander si les théosophistes ont bien le droit de se moquer ainsi des « spiritualistes » ; on en jugera par ces quelques citations que nous empruntons à un autre théosophiste éminent, M. Leadbeater :
« Après la mort, en arrivant sur le plan astral, les gens ne comprennent pas qu’ils sont morts, et, même s’ils s’en rendent compte, ils ne perçoivent pas tout d’abord en quoi ce monde diffère du monde physique… Ainsi parfois l’on voit des personnes récemment décédées essayer de manger, se préparer des repas complètement imaginaires, tandis que d’autres se construisent des maisons. J’ai positivement vu dans l’au-delà un homme se bâtir une maison pierre à pierre, et, bien qu’il créât chaque pierre par un effort de sa pensée, il n’avait pas compris qu’il aurait tout aussi bien pu construire la maison entière d’un seul coup, par le même procédé, sans se donner plus de mal. Peu à peu il fut conduit, en découvrant que les pierres n’avaient pas de pesanteur, à s’apercevoir que les conditions de ce nouveau milieu différaient de celles auxquelles il était accoutumé sur terre, ce qui l’amena à en continuer l’examen. Dans le Summerland, les hommes s’entourent de paysages qu’ils se créent eux-mêmes ; d’aucuns cependant s’évitent cette peine et se contentent de ceux qui ont déjà été imaginés par d’autres. Les hommes qui vivent sur le sixième sous-plan, c’est-à-dire près de la terre, sont entourés de la contrepartie astrale des montagnes, des arbres, des lacs physiques, de sorte qu’ils ne sont pas tentés d’en édifier eux-mêmes ; ceux qui habitent les sous-plans supérieurs, qui planent au-dessus de la surface terrestre, se créent tous les paysages qu’ils veulent… Un matérialiste éminent, bien connu pendant sa vie de l’un de nos collègues de la Société Théosophique, fut récemment découvert par celui-ci sur la subdivision la plus élevée du plan astral ; il s’y était entouré de tous ses livres et y poursuivait ses études à peu près comme sur terre ».
À part la complication des « plans » et des « sous-plans », nous devons avouer que nous ne voyons pas bien la différence ; il est vrai que M. Leadbeater est un ancien spirite, qui peut être encore influencé par ses idées antérieures, mais beaucoup de ses collègues sont dans le même cas ; le théosophisme a vraiment fait trop d’emprunts au spiritisme pour se permettre de le critiquer. Il est bon de remarquer que les théosophistes attribuent généralement à la « clairvoyance » les prétendues constatations de ce genre, tandis que les spirites les admettent sur la foi de simples « communications » ; pourtant, le spiritisme a aussi ses « voyants », et ce qu’il y a de fâcheux, c’est que, là où il y a divergence entre les écoles, il y a pareillement désaccord entre les visions, celles de chacun étant toujours conformes à ses propres théories ; on ne peut donc pas leur accorder une plus grande valeur qu’aux « communications », qui sont dans le même cas, et la suggestion y joue manifestement un rôle prépondérant.
Mais revenons aux spirites : ce que nous connaissons de plus extraordinaire, dans l’ordre de choses dont il s’agit, c’est un livre intitulé Mes expériences avec les esprits, écrit par un Américain d’origine française, nommé Henry Lacroix ; cet ouvrage, qui fut publié à Paris en 1889, prouve que les spirites n’ont pas la moindre conscience du ridicule. Papus lui-même a traité l’auteur de « fanatique dangereux » et a écrit que « la lecture de ce livre suffit à éloigner à jamais du spiritisme tous les hommes sensés » ; Donald Mac-Nab dit que « les personnes qui ne sont pas ennemies d’une douce gaîté n’ont qu’à lire cet ouvrage pour se rendre compte de l’extravagance des spirites », et il « recommande spécialement ce cas à l’attention des aliénistes ». Il faudrait pouvoir reproduire cette élucubration presque en entier pour montrer jusqu’où peuvent aller certaines aberrations ; c’est véritablement incroyable, et ce serait certainement faire une excellente propagande antispirite que d’en recommander la lecture à ceux que la contagion n’a pas encore gagnés, mais qui risquent d’en être atteints. On peut voir là-dedans, entre autres curiosités, la description et le dessin de la « maison fluidique » de l’auteur (car, à l’en croire, il vivait dans les deux mondes à la fois), et aussi les portraits de ses « enfants-esprits », dessinés par lui « sous leur contrôle mécanique » : il s’agit de douze enfants (sur quinze) qu’il avait perdus, et qui avaient continué à vivre et à grandir « dans le monde fluidique » ; plusieurs même s’y marièrent ! Signalons à ce propos que, d’après le même auteur, « il y aurait assez fréquemment, aux États-Unis, des mariages entre les vivants et les morts » ; il cite le cas d’un juge nommé Lawrence, qui se fit remarier avec sa femme décédée par un pasteur de ses amis ; si le fait est vrai, il donne une triste idée de la mentalité des spirites américains. Ailleurs, on apprend comment les « esprits » se nourrissent, s’habillent, se construisent des demeures ; mais ce qu’il y a de mieux, ce sont peut-être les manifestations posthumes de Mme de Girardin et les divers épisodes qui s’y rattachent ; en voici un échantillon :
« C’était la nuit, et j’étais occupé à lire ou à écrire, quand je vis Delphine (Mme de Girardin) arriver auprès de moi avec un fardeau dans ses bras, qu’elle déposa à mes pieds. Je ne vis pas tout de suite ce que c’était, mais je m’aperçus bientôt que cela avait une forme humaine. Je compris alors ce qu’on voulait de moi. C’était de dématérialiser cet esprit malheureux qui portait le nom d’Alfred de Musset ! Et ce qui confirmait pour moi cette version, c’est que Delphine s’était sauvée avec hâte, après avoir rempli sa besogne, comme si elle craignait d’assister à l’opération… L’opération consistait à enlever de la forme entière de l’esprit une sorte d’épiderme, qui se reliait à l’intérieur de l’organisme par toute espèce de fibres ou d’attaches, ou à l’écorcher, enfin, ce que je fis avec sang-froid, en commençant par la tête, malgré les cris perçants et les convulsions violentes du patient, que j’entendais et que je voyais assurément, mais sans en tenir aucun compte… Le lendemain, Delphine arriva pour me parler de son protégé, et elle m’annonça qu’après avoir prodigué à ma victime tous les soins voulus pour la remettre des effets de la terrible opération que je lui avais fait subir, les amis avaient organisé un « festin de païen » pour célébrer sa délivrance »,
Non moins intéressant est le récit d’une représentation théâtrale chez les « esprits » :
« Tandis que Céleste (une des « filles-esprits » de l’auteur) m’accompagnait un jour dans une de mes promenades, Delphine arriva inopinément auprès de nous, et elle dit à ma fille : « Pourquoi n’invites-tu pas ton père à aller t’entendre à l’Opéra ? » Céleste répondit : « Mais il faudra que je demande au directeur ! »… Quelques jours après, Céleste vint m’annoncer que son directeur m’invitait et qu’il serait enchanté de me recevoir avec les amis qui m’accompagneraient. Je me rendis un soir à l’Opéra avec Delphine et une dizaine d’amis (esprits)… La salle immense, en amphithéâtre, où nous nous rendîmes, regorgeait d’assistants. Heureusement, dans nos places choisies, avec nos amis, nous avions de l’espace pour nous mouvoir en toute liberté. L’auditoire, composé à peu près de vingt mille personnes, devenait par moments une mer agitée, quand la pièce remuait les cœurs du public connaisseur. Aridide, ou les Signes du Temps, tel est le nom de cet opéra, où Céleste, comme premier sujet, a paru avantageusement, resplendissante, embrasée du feu artistique qui l’anime. À sa douze-centième représentation, cet effort d’une collaboration des têtes les plus en renom captive encore tellement les esprits, que la foule des curieux, ne trouvant pas de place dans l’enceinte, formait de ses corps compressés une voûte (ou un toit) compacte à l’édifice. La troupe active, en relief, sans compter les comparses ni l’orchestre, était de cent cinquante artistes de premier ordre… Céleste est venue souvent me dire le nom d’autres pièces où elle figurait. Elle m’annonça une fois que Balzac avait composé un bien bel opéra ou un drame à larges vues, et qui était en répétit ion ».
Malgré ses succès, la pauvre Céleste, quelque temps après, se brouilla avec son directeur et fut congédiée ! Une autre fois, l’auteur assiste à une séance d’un autre genre, « dans un beau temple circulaire, dédié à la Science » ; là, sur l’invitation du président, il monte à la tribune et prononce un grand discours « devant cette docte assemblée de cinq à six cents esprits s’occupant de science : c’était une de leurs réunions périodiques ». À quelque temps de là, il entre en relations avec l’« esprit » du peintre Courbet, le guérit d’une « ivrognerie posthume », puis le fait nommer « directeur d’une grande académie de peinture qui jouit d’une belle réputation dans la zone où il se trouvait ». Voici maintenant la Maçonnerie des « esprits », qui n’est pas sans présenter quelques analogies avec la « Grande Loge Blanche » des théosophistes :
« Les « grands frères » sont des êtres qui ont passé par tous les degrés de la vie spirituelle et de la vie matérielle. Ils forment une société, à diverses classes, laquelle société se trouve établie (pour me servir d’un mot terrestre) sur les confins du monde fluidique et du monde éthéré, lequel est le plus haut, le monde « parfait ». Cette société, appelée la Grande Frérie, est l’avant-garde du monde éthéré ; c’est le gouvernement administratif des deux sphères, spirituelle et matérielle, ou du monde fluidique et de la terre. C’est cette société, avec le concours législatif du monde éthéré proprement dit, qui gouverne les esprits et les « mortels », à travers toutes leurs phases d’existence ».
En un autre passage, on peut lire le récit d’une « initiation majeure » dans la « Grande Frérie », celle d’un défunt spirite belge nommé Jobard ; cela ressemble passablement aux initiations maçonniques, mais les « épreuves » y sont plus sérieuses et ne sont pas purement symboliques. Cette cérémonie fut présidée par l’auteur lui-même, qui, bien que vivant, avait un des plus hauts grades dans cette étrange association ; un autre jour, on le voit « se mettre à la tête de la troupe du Tiers-Ordre (sic), composé à peu près de dix mille esprits, masculins et féminins », pour aller « dans une colonie peuplée par des esprits un peu rétrogrades », et « purifier l’atmosphère de ce lieu, où se trouvait au delà d’un million d’habitants, par un procédé chimique à nous connu, afin de produire un réactif salutaire dans les idées entretenues parmi ces populations » ; il paraît que « ce pays formait une dépendance de la France fluidique », car, là comme chez les théosophistes, chaque région de la terre a sa « contrepartie fluidique ». La « Grande Frérie » est en lutte avec une autre organisation, également « fluidique », qui est, bien entendu, « un Ordre clérical » ; du reste, l’auteur, en ce qui le concerne personnellement, déclare expressément que « le principal but de sa mission est de miner et de restreindre l’autorité cléricale dans l’autre monde, et par contrecoup dans celui-ci ». En voilà assez sur ces folies ; mais nous tenions à en donner un petit aperçu, parce qu’elle font apparaître, en quelque sorte à l’état de grossissement, une mentalité qui est aussi, à un degré plus ou moins atténué, celle de beaucoup d’autres spirites et « néo-spiritualistes » ; n’est-on pas fondé, dès lors, à dénoncer ces choses comme un véritable danger public ?
Donnons encore, à titre de curiosité, cette description, bien différente des précédentes, qu’un « esprit » a faite de sa vie dans l’au-delà :
« Le plus souvent, l’homme meurt sans avoir conscience de ce qui lui arrive. Il revient à la conscience après quelques jours, quelquefois après quelques mois. Le réveil est loin d’être agréable. Il se voit entouré d’êtres qu’il ne reconnaît pas : la tête de ces êtres ressemble le plus souvent à un crâne de squelette. La terreur qui s’empare de lui lui fait souvent perdre connaissance une deuxième fois. Peu à peu, on s’accoutume à ces visions. Le corps des esprits est matériel et se compose d’une masse gazeuse ayant à peu près la pesanteur de l’air ; ce corps se compose d’une tête et d’une poitrine ; il n’a ni bras, ni jambes, ni abdomen. Les esprits se meuvent avec une vitesse qui dépend de leur volonté. Quand ils se meuvent bien vite, leur corps s’allonge et devient cylindrique ; quand ils se meuvent avec la plus grande vitesse possible, leur corps prend la forme d’une spirale qui compte quatorze tours avec un diamètre de trente-cinq centimètres. La spire peut avoir un diamètre d’environ quatre centimètres. Dans cette forme, ils obtiennent une vitesse qui égale celle du son… Nous nous trouvons ordinairement dans les demeures des hommes, car la pluie et le vent nous sont très désagréables. Nous voyons ordinairement insuffisamment ; il y a trop peu de lumière pour nous. La lumière que nous préférons est l’acétylène ; c’est la lumière idéale. En second lieu, les médiums répandent une lumière qui nous permet de voir jusqu’à une distance d’environ un mètre autour d’eux ; cette lumière attire les esprits. Les esprits voient peu des habits de l’homme ; les habits ressemblent à un nuage ; ils voient même quelques organes intérieurs du corps humain ; mais ils ne voient pas le cerveau à cause du crâne osseux. Mais ils entendent les hommes penser, et quelquefois ces pensées se font entendre bien loin quoique aucune parole n’ait été prononcée par la bouche. Dans le monde des esprits règne la loi du plus fort, c’est un état d’anarchie. Si les séances ne réussissent pas, c’est qu’un esprit malveillant ne quitte pas la table et se repose dessus d’une séance à l’autre, de sorte que les esprits qui désirent entrer en communication sérieuse avec les membres du cercle ne peuvent pas s’approcher de la table… En moyenne, les esprits vivent de cent à cent cinquante ans. La densité du corps augmente jusqu’à l’âge de cent ans ; après cela, la densité et la force diminuent, et enfin ils se dissolvent, comme tout se dissout dans la nature… Nous sommes soumis aux lois de la pression de l’air ; nous sommes matériels ; nous ne nous intéressons pas, nous nous ennuyons. Tout ce qui est matière est soumis aux lois de la matière : la matière se décompose ; notre vie ne dure pas plus de cent cinquante ans au plus ; alors nous mourons pour toujours ».
Cet « esprit » matérialiste et négateur de l’immortalité doit être regardé par la majorité des spirites comme passablement hétérodoxe et peu « éclairé » ; et les expérimentateurs qui ont reçu ces étranges « communications » assurent en outre que « les esprits les plus intelligents protestent positivement contre l’idée de Dieu » ; nous avons bien des raisons de penser qu’eux-mêmes avaient de fortes préférences pour l’athéisme et le « monisme ». Quoi qu’il en soit, les gens qui ont enregistré sérieusement les divagations dont nous venons de donner un échantillon sont de ceux qui ont la prétention d’étudier les phénomènes « scientifiquement » : ils s’entourent d’appareils impressionnants, et ils s’imaginent même avoir créé une nouvelle science, la « psychologie physique » ; n’y a-t-il pas là de quoi dégoûter de ces études les hommes sensés, et n’est-on pas tenté d’excuser ceux qui préfèrent tout nier « a priori » ? Pourtant, tout à côté de l’article auquel nous avons emprunté les citations précédentes, nous en trouvons un autre dans lequel un psychiste, qui n’est d’ailleurs qu’un spirite à peine déguisé, déclare tranquillement que « les douteurs, les contradicteurs et les entêtés dans l’étude des phénomènes psychiques doivent être considérés comme des malades », que« l’esprit scientifique préconisé dans ces sortes d’examen peut provoquer, à la longue, chez l’examinateur une sorte de manie, si l’on peut dire,… un délire chronique, à paroxysmes, une sorte de folie lucide » , enfin que « le doute s’installant sur un terrain prédisposé peut évoluer jusqu’à la folie maniaque ». Évidemment, les gens qui sont trop bien équilibrés doivent passer pour des fous aux yeux de ceux qui sont plus ou moins détraqués ; il n’y a là rien que de très naturel, mais il est peu rassurant de penser que, si le spiritisme continue à gagner du terrain, il viendra peut-être un jour où quiconque se permettra de le critiquer s’exposera tout simplement à être interné dans quelque asile d’aliénés !
Une question à laquelle les spirites attachent une grande importance, mais sur laquelle ils ne peuvent arriver à s’entendre, est celle de savoir si les « esprits » conservent leur sexe ; elle les intéresse surtout par les conséquences qu’elle peut avoir au point de vue de la réincarnation : si le sexe est inhérent au « périsprit », il doit demeurer invariable dans toutes les existences. Évidemment, pour ceux qui ont pu assister à des « mariages d’esprits », comme Henry Lacroix, la question est résolue affirmativement, ou plutôt elle ne se pose même pas ; mais tous les spirites ne jouissent pas de facultés aussi exceptionnelles. Allan Kardec, d’ailleurs, s’était prononcé nettement pour la négative :
« Les esprits n’ont point de sexes comme vous l’entendez, car les sexes dépendent de l’organisation (il veut sans doute dire de l’organisme). Il y a entre eux amour et sympathie, mais fondés sur la similitude des sentiments. »
Et il ajoutait :
« Les esprits s’incarnent hommes ou femmes parce qu’ils n’ont pas de sexe ; comme ils doivent progresser en tout, chaque sexe, comme chaque position sociale, leur offre des épreuves et des devoirs spéciaux et l’occasion d’acquérir de l’expérience. Celui qui serait toujours homme ne saurait que ce que savent les hommes ».
Mais ses disciples n’ont point la même assurance, sans doute parce qu’ils ont reçu à ce sujet trop de « communications » contradictoires ; aussi, en 1913, un organe spirite, le Fraterniste, éprouva le besoin de poser expressément la question, et il le fit en ces term es :
« Comment concevez-vous la vie de l’au-delà ? En particulier, les esprits ou, plus exactement, les périsprits conservent-ils leur sexe ou devient-on neutre en entrant dans le plan astral ? Et si l’on perd le sexe, comment expliquer qu’en s’incarnant à nouveau un sexe soit nettement déterminé ? On sait que beaucoup d’occultistes prétendent que le périsprit est le moule sur lequel se forme le nouveau corps. »
La dernière phrase contient une erreur en ce qui concerne les occultistes proprement dits, puisque ceux-ci disent au contraire que le « corps astral », qui est pour eux l’équivalent du « périsprit », se dissout dans l’intervalle de deux « incarnations » ; l’opinion qu’elle exprime est plutôt celle de certains spirites ; mais il y a tant de confusions dans tout cela qu’on est assurément excusable de ne pas s’y reconnaître. M. Léon Denis, après avoir « demandé l’avis de ses guides spirituels », répondit que « le sexe subsiste, mais reste neutre et sans utilité », et que, « lors de la réincarnation, le périsprit se relie de nouveau à la matière et reprend le sexe qui lui était habituel », à moins toutefois « qu’un esprit ne désire changer de sexe, ce qui lui est accordé ». M. Gabriel Delanne se montra, sur ce point particulier, plus fidèle a l’enseignement d’Allan Kardec, car il déclara que « les esprits sont asexués, tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de se reproduire dans l’au-delà », et que
« certains faits de réincarnation semblent prouver que les sexes alternent pour le même esprit suivant le but auquel (sic) il s’est proposé ici-bas ; c’est, du moins, ce qui semble ressortir comme enseignement des communications reçues un peu partout depuis un demi-siècle ».
Parmi les réponses qui furent publiées, il y eut aussi celles de plusieurs occultistes, notamment de Papus, qui, invoquant l’autorité de Swedenborg, écriva it ceci :
« Il existe des sexes pour les êtres spirituels, mais ces sexes n’ont aucun rapport avec leurs analogues sur la terre. Il y a dans le plan invisible des êtres sentimentalement féminins et des êtres mentalement masculins. En venant sur terre, chacun de ces êtres peut prendre un autre sexe matériel que le sexe astral qu’il possédait. »
D’autre part, un occultiste dissident, M. Ernest Bosc, avouait franchement concevoir la vie dans l’au-delà « absolument comme dans ce bas monde, mais avec cette différence que, de l’autre côté, n’ayant plus à nous occuper entièrement de nos intérêts matériels, il nous reste beaucoup plus de temps pour travailler mentalement et spirituellement à notre évolution ». Ce « simplisme » ne l’empêchait pas de protester à juste titre contre une énormité qui suivait le questionnaire du Fraterniste, et qui était celle-ci :
« On comprendra toute l’importance de cette question lorsque nous aurons dit que, pour beaucoup de spiritistes (sic), les esprits sont asexués, cependant que les occultistes croient aux incubes et aux succubes, accordant ainsi un sexe à nos amis de l’Espace. »
Personne n’avait jamais dit que les incubes et les succubes fussent des humains « désincarnés » ; certains occultistes semblent les regarder comme des « élémentals », mais, avant eux, tous ceux qui y ont cru ont été unanimes à les considérer comme des démons et rien d’autre ; si c’est là ce que les spirites appellent « leurs amis de l’Espace », c’est tout à fait édifiant !
Nous avons dû anticiper un peu sur la question de la réincarnation ; nous signalerons encore, pour terminer ce chapitre, un autre point qui donne lieu à autant d’opinions divergentes que le précédent : les réincarnations se font-elles toutes sur la terre, ou peuvent-elles se faire aussi dans d’autres planètes ? Allan Kardec enseigne que « l’âme peut revivre plusieurs fois sur le même globe, si elle n’est pas assez avancée pour passer dans un monde supérieur » ; pour lui, il peut y avoir une pluralité d’existences terrestres, mais il y a aussi des existences sur d’autres planètes, et c’est le degré d’évolution des « esprits » qui détermine leur passage de l’une à l’autre. Voici les précisions qu’il donne en ce qui concerne les planètes du système solaire :
« Selon les esprits, de tous les globes qui composent notre système planétaire, la terre est un de ceux dont les habitants sont le moins avancés physiquement et moralement ; Mars lui serait encore inférieur et Jupiter de beaucoup supérieur à tous égards. Le soleil ne serait point un monde habité par des êtres corporels, mais un lieu de rendez-vous des esprits supérieurs, qui de là rayonnent par la pensée vers les autres mondes, qu’ils dirigent par l’entremise d’esprits moins élevés auxquels ils se transmettent par l’intermédiaire du fluide universel. Comme constitution physique, le soleil serait un foyer d’électricité. Tous les soleils sembleraient être dans une position identique. Le volume et l’éloignement du soleil n’ont aucun rapport nécessaire avec le degré d’avancement des mondes, puisqu’il paraîtrait que Vénus serait plus avancée que la terre, et Saturne moins que Jupiter. Plusieurs esprits qui ont animé des personnes connues sur la terre ont dit être réincarnés dans Jupiter, l’un des mondes les plus voisins de la perfection, et l’on a pu s’étonner de voir, dans ce globe si avancé, des hommes que l’opinion ne plaçait pas ici-bas sur la même ligne. Cela n’a rien qui doive surprendre, si l’on considère que certains esprits habitant cette planète ont pu être envoyés sur la terre pour y remplir une mission qui, à nos yeux, ne les plaçait pas au premier rang ; secondement, qu’entre leur existence terrestre et celle dans Jupiter, ils ont pu en avoir d’intermédiaires dans lesquelles ils se sont améliorés ; troisièmement, enfin, que dans ce monde, comme dans le nôtre, il y a différents degrés de développement, et qu’entre ces degrés il peut y avoir la distance qui sépare chez nous le sauvage de l’homme civilisé. Ainsi, de ce que l’on habite Jupiter, il ne s’ensuit pas que l’on soit au niveau des êtres les plus avancés, pas plus qu’on n’est au niveau d’un savant de l’Institut parce qu’on habite Paris ».
Nous avons déjà vu l’histoire des « esprits » habitant Jupiter à propos des dessins médiumniques de Victorien Sardou ; on pourrait se demander comment il se fait que ces « esprits », tout en vivant présentement sur une autre planète, peuvent cependant envoyer des « messages » aux habitants de la terre ; les spirites croiraient-ils donc avoir résolu à leur façon le problème des communications interplanétaires ? Leur opinion semble être que ces communications sont effectivement possibles par leurs procédés, mais seulement dans le cas où il s’agit d’« esprits supérieurs », qui, « tout en habitant certains mondes, n’y sont pas confinés comme les hommes sur la terre, et peuvent mieux que les autres être partout ». Certains « clairvoyants » occultistes et théosophistes, comme M. Leadbeater, prétendent posséder le pouvoir de se transporter sur d’autres planètes pour y faire des « investigations » ; sans doute doivent-ils être rangés parmi ces « esprits supérieurs » dont parlent les spirites ; mais ceux-ci, même s’ils pouvaient aussi s’y transporter en personne, n’ont nul besoin de se donner cette peine, puisque les « esprits », incarnés ou non, viennent d’eux-mêmes satisfaire leur curiosité et leur raconter ce qui se passe dans ces mondes. À vrai dire, ce que racontent ces « esprits » n’est pas bien intéressant ; dans le livre de Dunglas Home que nous avons déjà cité à propos d’Allan Kardec, il y a un chapitre intitulé Absurdités, dont nous détachons ce passage :
« Les quelques données scientifiques que nous soumettons à l’appréciation du lecteur nous ont été fournies sous forme de brochure. C’est un recueil précieux qui ferait les délices du monde savant. On y voit, par exemple, que le verre joue un grand rôle dans la planète Jupiter ; c’est une matière indispensable, le complément nécessaire à toute existence aisée dans ces parages. Les morts sont mis dans des caisses en verre, et celles-ci placées à titre d’ornement dans les habitations. Les maisons aussi sont en verre, de sorte qu’il ne fait pas bon lancer des pierres dans cette planète. Il y a des rangées de ces palais de cristal qui s’appellent Séména. On y pratique une sorte de cérémonie mystique, et à cette occasion, c’est-à-dire une fois tous les sept ans, on promène le saint sacrement par les villes en verre sur un char en verre. Les habitants sont de taille gigantine, comme dit Scarron ; ils ont de sept à huit pieds de hauteur. Ils ont pour animaux domestiques une race spéciale de grands perroquets. On en trouve invariablement un, lorsqu’on entre dans une maison, derrière la porte, en train de tricoter des bonnets de nuit… Si nous en croyons un autre médium, non moins bien renseigné, c’est le riz qui s’accommode le mieux au sol de la planète Mercure, si je ne me trompe. Mais là, il ne pousse pas comme sur la terre sous forme de plante ; grâce à des influences climatériques et à une manipulation entendue, il s’élance dans les airs à une hauteur qui dépasse la cime des plus grands chênes. Le citoyen mercuriel qui désire jouir à la perfection de l’otium cum dignitate doit, lorsqu’il est jeune, mettre tout son avoir dans une rizière. Il choisit, parmi les plus altières de son domaine, une tige pour y grimper jusqu’au faîte ; puis, à l’exemple du rat dans un fromage, il s’introduit à l’intérieur de l’énorme cosse pour en dévorer le fruit délicieux. Quand il a tout mangé, il recommence la même besogne sur une autre tige ».
Il est regrettable que Home n’ait pas donné de références précises, mais nous n’avons aucune raison de douter de l’authenticité de ce qu’il rapporte, et qui est certainement dépassé de beaucoup par les extravagances d’Henry Lacroix ; ces niaiseries, qui sont bien dans le ton ordinaire des « communications » spirites, dénotent surtout une grande pauvreté d’imagination. Cela est bien loin de valoir les fantaisies des écrivains qui ont supposé des voyages dans d’autres planètes, et qui, du moins, ne prétendaient pas que leurs inventions fussent l’expression de la réalité ; il est d’ailleurs des cas où de tels ouvrages ont exercé une influence certaine ; nous avons entendu une « voyante » spirite donner une description des habitants de Neptune qui était manifestement inspirée des romans de Wells. Il est à remarquer que, même chez les écrivains les mieux doués sous le rapport de l’imagination, les fantaisies de ce genre sont toujours restées bien terrestres au fond : ils ont constitué les habitants des autres planètes avec des éléments empruntés à ceux de la terre et plus ou moins modifiés, soit quant à leurs proportions, soit quant à leur arrangement ; il ne pouvait en être autrement, et c’est là un des meilleurs exemples qu’on puisse donner pour montrer que l’imagination n’est rien de plus qu’une faculté d’ordre sensible. Cette observation doit faire comprendre pourquoi nous rapprochons ici ces conceptions de celles qui concernent la « survie » proprement dite : c’est que, dans les deux cas, la source réelle est exactement la même ; et le résultat est ce qu’il peut être quand on a affaire à l’imagination « subconsciente » de gens fort ordinaires et plutôt au-dessous de la moyenne. Ce sujet, comme nous l’avons dit, se relie d’ailleurs directement à la question même de la communication avec les morts : ce sont ces représentations toutes terrestres qui permettent de croire à la possibilité d’une telle communication ; et nous sommes ainsi conduit à aborder enfin l’examen de l’hypothèse fondamentale du spiritisme, examen qui sera grandement facilité et simplifié par tout ce qui précède.
Глава IV Представления о загробной жизни
Рассказывают, что некоторые дикари представляют существование после смерти по точному образу земной жизни: умерший якобы продолжает выполнять те же самые действия, охотиться, ловить рыбу, воевать, одним словом, предаваться всем своим обычным занятиям, не забывая о том, чтобы пить и есть; и конечно, не упускают сделать замечание, насколько подобные представления являются наивными и грубыми. По правде говоря, следует всё-таки немного не доверять тому, что рассказывают о дикарях, и по нескольким причинам: прежде всего, рассказы путешественников, единственный источник всех этих историй, часто являются вымышленными; затем, любой, кто полагает, что он правдиво сообщает о том, что видел и слышал, может, однако, ничего не понять и, не осознавая этого, подменить факты своей личной интерпретацией; наконец, есть ученые или называющиеся таковыми, кто ещё накладывает на все это своё личное истолкование, плод предвзятых представлений: что достигают благодаря этой последней переработке, так это не то, что думают дикари, а что они должны думать в соответствии с такой «антропологической» или «социологической» теорией. В действительности, вещи не так просты, или, если хотите, они усложнены совершенно иным образом, потому что дикарям точно также, как и цивилизованным людям, присущи манера считать себя особенными, а стало быть, с трудом понятными для людей другой расы, и с дикарями очень мало возможностей понять их и удостовериться, что понимаешь верно, потому что, как правило, они почти не умеют объяснить то, что они думают, допуская, что они сами вполне отдают себе в этом отчет. В отношении утверждения, которое мы только что привели, претендуют опираться на определённое количество фактов, которые совершенно ничего не доказывают, как, например, предметы, которые кладут возле умерших, подношения пищи, которые делают на могилах. Точно такие же обряды существовали или существуют ещё у народов, никоим образом не являющихся дикими, и они нисколько не отвечают этим грубым представлениям, чьим признаком, как полагают, они являются, потому что их истинное значение совершенно иное, чем то, которое им приписывают европейские ученые, и потому что в действительности они касаются исключительно определённых низших элементов человеческого существа. Однако дикари, которые для нас являются вовсе не «первобытными», но выродившимися, могут сохранить некоторое обычаи без их понимания с весьма отдаленных времен. Традиция, смысл которой утрачен, уступила у них место косности или «суеверию» [superstition] в этимологическом смысле слова. В этих условиях мы не видим никакого неудобства в том, что по меньшей мере некоторым племенам (не следует слишком обобщать) случалось иметь представления о будущей жизни примерно, как об этом рассказывают; но нет нужды идти так далеко, чтобы отыскать концепции или скорее представления, которые будут как раз из числа этих. Прежде всего, весьма вероятно их можно было бы обнаружить в нашу эпоху также, как и в любую другую, в низших классах народов, больше всех бахвалящихся своей цивилизацией: если бы стали искать примеры среди крестьянства различных стран Европы, мы убеждены, что урожай был бы обильным. Но более того: в тех же самых странах самые ясные примеры, которые облекают самые грубые формы формы, возможно, были бы предоставлены не неграмотными людьми, но скорее людьми, обладающими определённым образованием, некоторые из которых даже вообще считались «интеллектуалами». Нигде, на самом деле, представления особого рода, о которых идёт речь, никогда не утверждались с такой силой, как у спиритов. Здесь любопытная тема для исследований, которую мы позволили себе рекомендовать социологам, которые по крайней мере здесь не подвергнутся риску ошибки интерпретации.
Мы не могли бы сделать лучше, чем привести здесь для начала несколько выдержек из самого Аллана Кардека; и вот прежде всего то, что он утверждает на тему «состояния беспокойства», следующего непосредственно за смертью.
«Это беспокойство представляет особые обстоятельства, согласно характеру индивидуумов и прежде всего согласно виду смерти. В случаях насильственной смерти, вследствие самоубийства, казни, несчастного случая, инсульта, ранений и т.д., дух удивлен и не верит в то, что он мёртв; он упорно придерживается этого мнения. Однако он видит своё тело, он знает, что это тело принадлежит ему, и он не понимает, что отделился от него. Он направляется к людям, которых он любит, говорит с ними и не принимает в толк, почему они его не слышат. Эта иллюзия сохраняется до полного отделения перисприта; только тогда дух признает и понимает, что он уже не принадлежит к миру живых. Этот феномен легко объясним. Изумленный внезапной смертью, дух оглушен внезапной случающейся с ним переменой. Для него смерть – это ещё и синоним разрушения, уничтожения. Между тем, так как он думает, что он видит и слышит, в его понимании он не мёртв. Что увеличивает его заблуждение, так это то, что он видит себя в теле, напоминающем предшествующее по форме, но чью эфирную природу он ещё не имел времени изучить. Он полагает, что оно твердое и плотное, как и первое; и когда его внимание обращают на это, он удивляется, что не может пощупать его рукой… Эта особенность присуща некоторым духам, хотя смерть и не приходит неожиданно; но она всё-таки более характерна для тех, кто, хотя и будучи болен, не задумывался о смерти. Тогда можно увидеть странное зрелище духа, присутствующего на собственных похоронах как на похоронах постороннего человека и говорящего об этом как о чем-то, что его не касается, вплоть до момента, когда он понимает правду… В случаях коллективной смерти наблюдалось, что все те, кто погиб одновременно, всё-таки не видят друг друга немедленно. В следующем за смертью состоянием беспокойства каждый идёт своей дорогой или волнуется лишь о тех, кто его интересует».
Касательно того, что можно было бы назвать повседневной жизнью «духов»:
Положение духов и то, как они смотрят на вещи, варьируется до бесконечности исходя из степени их нравственного и интеллектуального развития. Духи высокого уровня, как правило, лишь ненадолго задерживаются на земле. Все происходящее здесь столь мелко по сравнению с размерами бесконечности (sic), вещи, которым люди придают наибольшую значимость, кажутся столь ребяческими в их глазах, что они находят это место мало привлекательным, если только они не привлечены сюда с целью способствовать прогрессу человечества. Духи среднего уровня останавливаются здесь более часто, хотя они и рассматривают вещи с более возвышенной точки зрения, чем при жизни. Обычные духи здесь являются в некотором роде оседлыми и составляют основную массу населения невидимого мира. Они более или менее сохранили те же представления, вкусы и склонности, которые они имели в их телесной оболочке. Они вмешиваются в наши собрания, наши дела, наши развлечения, в которых они принимают более или менее активное участие, в соответствии со своим характером. Не будучи в состоянии удовлетворить свои страсти, они пользуются теми, кто остается здесь и кто здесь возбуждает их чувства. Среди их числа есть и более серьёзные, кто смотрит и наблюдает, чтобы учиться и совершенствоваться».
В самом деле говорят, что «блуждающие духи», то есть те, которые ожидают нового воплощения, учатся, «смотря и наблюдая за происходящим в местах, которые они посещают», и также «слушая беседы просвещенных умов и мнения духов более развитых, чем они, что наполняет их мыслями, которых у них не было». Странствия этих «блуждающих духов», сколь поучительными они бы ни были, обладают неудобством, будучи такими же утомительными, как и земные путешествия, но:
есть миры, специально предназначенные для блуждающих существ, миры, в которых они могут временно находиться. Нечто вроде биваков, лагерей для отдыха после слишком долгих блужданий, всегда связанных с тяготами. Это промежуточные места среди других миров, разделенные на степени согласно природе духов, которые могут туда заселяться и которые пользуются более или менее большим уютом.
Все «духи» не могут странствовать повсюду без различия; вот как они сами объясняют отношения, которые имеют между собой:
Духи различных степеней видят друг друга, но они различаются между собой. Они отдаляются или сближаются, в зависимости от того, испытывают ли они симпатию или неприязнь, как это имеет место между вами. Это целый мир, чьим затемненным отражением является наш. Духи одного положения собираются посредством чего-то вроде близости и образуют группы или семьи духов, объединяемых симпатией и целью, которую они перед собой ставят: хорошие из желания делать добро, плохие из желания делать зло, стыда за свои недостатки и потребности находиться среди себе подобных. Таков великий город, где люди любого положения и происхождения видят друг друга и встречаются, не смешиваясь меж собою; или образуются общества в зависимости от вкусов; порок и добродетель соприкасаются, ничего не говоря друг другу […] Добрые ходят повсюду, и необходимо, чтобы дело обстояло таким образом, чтобы они могли оказывать своё влияние на злых; но области, населяемые добрыми, закрыты для несовершенных духов, так чтобы они не могли привносить туда беспокойство дурных страстей… Духи видят и понимают друг друга; речь материальна: она представляет собой отражение духа. Благодаря вездесущему флюиду становится возможным постоянное общение; это средство передачи мысли, каким для вас является воздух; нечто вроде всеобщего телеграфа, связывающего миры и позволяющего духам сообщаться из одного мира в другой […] Их индивидуальность устанавливается периспритом, который отличает одни существа от других, ту же роль у людей выполняет тело.
Было бы нетрудно привести ещё цитаты, добавить сюда тексты, которые показывают «духов», вмешивающихся в почти все события земной жизни, и другие, уточняющие ещё «занятия и миссии духов», но это быстро бы наскучило; есть мало книг, чтение которых было бы столь невыносимым, как чтение спиритической литературы в общем. Нам кажется, что приведённые выше выдержки могут обойтись без какого-либо комментария. Мы только отметим, ввиду его особой важности и повторяемости, представление, что духи сохраняют все ощущения, присущие живым. Единственная разница заключается в том, что эти ощущения они получают не посредством особых и локализованных органов, а всего «перисприта», и самые материальные, самые очевидно зависимые от телесного организма способности, такие как чувственное восприятие, рассматриваются как «неотъемлемые свойства духа», будучи «составной частью их существа».
После Аллана Кардека следует упомянуть самого «представительного» из его нынешних учеников, г-на Леона Дени:
Духи низшего порядка, облеченные в грубые флюиды, подчиняются законам гравитации и их влечет к материи […] В то время как очищенная душа пересекает обширное и лучезарное пространство, останавливается по собственной воле в мирах и почти не видит пределов для своего полета, нечистый дух не может удалиться от соседства с материальными планетами […] Жизнь развитого духа по природе активна, хотя и лишена чувства усталости. Для него не существует расстояний. Он перемещается с быстротой мысли. Его оболочка, напоминающая легкий пар, приобрела такую тонкость, что он становится невидимым для низших духов. Он видит, слышит, чувствует, воспринимает более не материальными органами, становящимися между природой и нами и перехватывающими мимоходом большинство ощущений, но прямо, без посредника, всеми частями своего существа. Поэтому его ощущения являются гораздо более ясными и сильными, чем наши. Возвышенный дух плывет в нечто вроде океана восхитительных ощущений. Сменяющие друг друга картины разворачиваются перед ним, приятные звуки баюкают и очаровывают его. Для него краски это ароматы, ароматы – это звуки. Но, какими бы изысканными не были его впечатления, он может избежать их и сосредоточится по своему усмотрению, облекаясь во флюидический покров, уединившись средь пространств. Развитый дух свободен от всех телесных нужд. Питание и сон не имеют для него никаких оснований быть […] Низшие духи уносят с собой, по ту сторону могилы, свои привычки, нужды, материальные заботы. Не в силах подняться над земной атмосферой, они возвращаются, чтобы участвовать в жизни людей, вмешиваться в их борьбу, В их деятельность, в их удовольствия […] Встречаются блуждающими огромные толпы в поисках лучшего состояния, которое ускользает от них […] Это в некотором роде вестибюль лучезарных пространств, лучших миров. Все проходят через него, все останавливаются здесь, но, чтобы подняться выше […] Все области вселенной населены суетящимися духами. Повсюду толпы, рои душ восходит, опускаются, двигаются на свету или в темных областях. В одном месте собираются аудитории, чтобы получить наставления возвышенных духов. Далее, образуются группы, чтобы устроить праздник в честь новоприбывшего. В ином месте другие духи соединяют флюиды, придают им тысячи форм, тысячи чудесных и смягчённых цветов, готовят их для тонкого применения, которые предопределили для них высшие гении. Другие толпы жмутся к планетам и следуют за ними в их вращении, мрачные, взволнованные сонмы, без собственного ведома влияющие на атмосферные явления. Дух, будучи сам флюидичен, действует на флюиды пространства. Силой своей воли он соединяет их, располагает ими как ему удобно, придает им цвета и формы, отвечающие его цели. Именно посредством этих флюидов свершаются дела, которые выше любого сравнения и любого анализа: переливающиеся, яркие картины; отображения человеческих жизней, жизней, исполненных веры и жертвы, мученического подвижничества, драм бесконечного […] Именно во флюидических обителях разворачиваются торжественные духовные празднества. Чистые, ослепляющие светом духи собираются в семьи. Их сияние, разнообразные оттенки их оболочек, позволяют измерить их уровень, определить их качества […] Превосходство духа определяется по их флюидическому одеянию. Это словно оболочка, вытканная из заслуг и качеств, приобретенных на протяжении их существований. У низшей души она тусклая и мрачная, но её белизна возрастает в зависимости от достигнутого прогресса и становится все более и более чистой. Уже блестящая у возвышенного духа, она придает высшим душам невыносимое сияние.
И пусть не говорят, что здесь лишь иносказательные выражения; все это спиритам следует воспринимать строго буквально.
Какими бы экстравагантными не были представления французских спиритов на тему «загробной жизни», кажется, что они превзойдены ещё представлениями англосаксонских спиритов и всем тем, что они рассказывают о чудесах Summerland или «страны лета», как они называют «обиталище духов». В другом месте мы говорили, что теософисты иногда подвергают жесткой критике их глупости, в чем они не ошибаются: именно таким образом г-жа Безант говорит о «самом грубом из всех представлений, представлении о современной Summerland, с её «мужьями-духами», «женами-духами», «детьми-духами», посещающими школу и университет и становящимися взрослыми духами». Это совершенно верно, конечно, но можно поинтересоваться, вполне ли теософисты имеют право насмехаться таким образом над «спиритуалистами»; дадим оценку этому на основании нескольких цитат, которые возьмем у другого выдающегося теософиста, г-на Ледбитера:
Попав после смерти на астральный план, люди не понимают, что они умерли, и даже если они отдают себе в этом отчет, они не ощущают сначала то, что этот мир отличается от физического мира ˂…˃ Таким образом, иногда видно недавно умерших людей, пытающихся есть, готовить полностью воображаемую пищу, в то время как другие строят дома. Я как раз наблюдал в загробном мире человека, строящего дом камень за камнем, и, хотя он создавал каждый камень усилием мысли, он не понимал, что мог точно также возвести дом целиком одним махом благодаря этому же приёму, не прилагая более усилий. Мало-помалу он был подведен, обнаруживая, что камни не имеют силы тяжести, к тому, чтобы заметить, что условия этого нового окружения отличаются от тех, к которым он привык на земле, что побудило его продолжить их изучение. В Summerland люди окружены пейзажами, которые они сами себе создают; никто, однако, не избегает этого труда и не довольствуется теми пейзажами, которые были придуманы другими. Люди, живущие на шестом подплане, то есть рядом с землей, окружены астральным эквивалентом физических гор, деревьев, озер, так что они не искушаемы создавать их сами; те же, кто обитает на высших подпланах, парящих над поверхностью земли, создают себе все пейзажи, какие пожелают […] Выдающийся материалист, бывшим в своей земной жизни хорошим знакомым одного из наших коллег из Теософского общества, был недавно обнаружен им на самом высоком подуровне астрального плана; он был там окружен всеми своими книгами и продолжал свои исследования почти как на земле.
За исключением сложности с «планами» и «подпланами», нам следует признать, что мы совершенно не видим разницы между этими представлениями. Правда, г-н Ледбитер бывший спирит, на которого могли ещё повлиять его прежние идеи, но многие из его коллег принадлежат к тому же самому случаю; теософизм в самом деле сделал слишком много заимствований у спиритизма, чтобы позволить его себе критиковать. Следует заметить, что теософисты, как правило, приписывают «ясновидению» мнимые констатации этого рода, в то время как спириты допускают их, веря в простые «сообщения». Однако у спиритизма также есть свои «ясновидящие», и странно то, что там, где существует расхождение между школами, подобным образом не совпадают и видения, так как у каждого они всегда соответствуют его собственным теориям, а значит невозможно придавать им большее значение, чем «сообщениям», которые относятся к одному и тому же случаю, и внушение здесь явно играет превалирующую роль.
Но вернемся к спиритам: что нам известно более необычного из ряда вещей, о которых идёт речь, так это книга под заглавием «Мои опыты с духами», написанная американцем французского происхождения по имени Анри Лакруа; этот труд, опубликованный в Париже в 1889 г., свидетельствует, что у спиритов нет ни малейшего чувства юмора. Сам Папюс назвал автора «опасным фанатиком» и написал, что «прочтения этого труда достаточно, чтобы навсегда оттолкнуть от спиритизма всех разумных людей». Дональд Мак-Наб утверждает, что «людям, которые не чужды легкой веселости, следует лишь прочитать этот труд, чтобы составить представление о сумасбродствах спиритов», и он «особо рекомендует этот случай вниманию психиатров». Следовало бы воспроизвести эти измышления почти целиком, чтобы показать, до чего могут дойти некоторые заблуждения. Это действительно невероятно, и это было бы, конечно, отличной пропагандой против спиритов – рекомендовать его чтение тем, кто ещё не подхватил заразу, но кто подвержен риску быть ею затронутым. Здесь можно увидеть помимо других любопытных вещей описание и рисунок «флюидического дома» автора (так как, если ему верить, он жил в двух мирах одновременно), а также портреты его «детей-духов», нарисованные им «под их механическим контролем»: он потерял двенадцать детей из пятнадцати, но они продолжили жить и расти «во флюидическом мире»; несколько даже женилось! По этому поводу укажем, что, согласно тому же самому автору, «в Соединенных Штатах достаточно часто случаются браки между живыми и мёртвыми»; он упоминает случай судьи по имени Лоуренс, которого пастор снова обвенчал с его умершей женой. Если это правда, то это дает печальное представление об образе мышления американских спиритов. В другом месте мы узнаем, как «духи» питаются, как одеваются, возводят жилища. Но более интересны посмертные явления г-жи де Жирарде и различные связанные с этим эпизоды; пример:
Стояла ночь, и я был занят чтением и письмом, когда увидел Дельфину (г-жу де Жирарде), явившуюся рядом со мной с ношей в руках, которую она положила у моих ног. Я сразу не увидел, что это было, но вскоре заметил, что это имело форму человеческого тела. Тогда я понял, что от меня хотят. Задача состояла в том, чтобы дематериализовать этот несчастный дух, который носил имя Альфреда де Мюссе! И что подтвердило для меня эту версию, так это то, что Дельфина поспешно убежала, выполнив своё дело, как будто бы она боялась присутствовать на операции… Операция заключалась в снятии со всей формы духа нечто вроде эпидермы, соединенной с внутренней частью организма всякого рода волокнами и связками, или, в конце концов, сдирании кожи, что я хладнокровно и проделал, начав с головы, несмотря на пронзительные крики и яростные конвульсии пациента, которые я, конечно, видел и слышал, но не принимал во внимание ˂…˃ На следующий день Дельфина явилась, чтобы поговорить со мной о своём подопечном, и она заявила мне, что после того как она представила моей жертве весь необходимый уход, чтобы избавить её от последствий ужасной операции, которой я её подверг, друзья устроили «языческое пиршество», чтобы отпраздновать его избавление.
Не менее интересным является рассказ о театральном представлении у «духов»:
В то время как Селеста (одна из «дочерей-духов» автора) сопровождала меня однажды на одной из моих прогулок, Дельфина неожиданно явилась рядом с нами и сказала моей дочери: «Почему ты не приглашаешь своего отца пойти послушать Оперу?» Селеста ответила: «Но будет надо, чтобы я спросила режиссёра!» ˂…˃ Несколько дней спустя Селеста пришла сказать мне, что её режиссёр пригласил меня, и что ему было бы приятно принять меня вместе с сопровождающими меня друзьями. Однажды вечером я отправился в Оперу с Дельфиной и десятком друзей (духов) […] Огромный зал в амфитеатре, где мы разместились, кишел зрителями. К счастью, на выбранных нами с друзьями местах у нас было пространство, чтобы двигаться с полной свободой. Аудитория, состоящая примерно из двадцати тысяч присутствующих, временами становилась буйным морем, когда пьеса волновала сердца ценителей. «Аридида, или Знаки Времени», – таковым было название этой оперы, в которой Селеста, игравшая главную роль, выступила наилучшим образом, блистательно, охваченная воодушевлявшим её артистическим пылом. На её сто двенадцатой постановке, этот плод сотрудничества самых известных умов настолько захватил духов, что толпа любопытных, не находя места в пределах ограды, образовала из своих скрученных тел плотный свод (или крышу) в зданиях. Выступающая труппа, не считая статистов и оркестра, насчитывала сто пятьдесят артистов первого разряда ˂…˃ Селеста часто подходила сказать мне название других пьес, в которых она играла. Один раз она заявила мне, что Бальзак сочинил очень красивую оперу или драму á larges vues, и что она репетируется.
Несмотря на свои успехи, несчастная Селеста некоторое время спустя поссорилась со своим директором и была уволена! На другой раз автор присутствовал на сеансе иного рода, «в прекрасном храме круглой формы, посвященном Науке». Там, по приглашению председателя, он взошел на трибуну и произнес длинную речь «перед этим ученым собранием от пятисот до шестисот духов, занимающихся наукой: это было одно из их периодических заседаний». Некоторое время спустя он завязал отношения с «духом» художника Курбе, исцелил его от «посмертного алкоголизма», а затем добился его назначения на пост «директора большой академии живописи, пользовавшейся превосходной репутацией в зоне, в которой она находилась». А теперь масонство «духов», которое не обходится без того, чтобы представить некоторые аналогии с «Великой Белой Ложей» теософистов:
«Великие братья» – это существа, прошедшие через все ступени духовной и материальной жизни. Они образуют общество, разделяемое на различные классы, общество, которое оказывается учрежденным (пользуясь земным термином) на границах флюидического и эфирного миров; который является наивысшим, «совершенным» миром. Это общество, именуемое великим Братством, есть авангард эфирного мира; это правительство двух сфер, духовной и материальной, или флюидического мира и мира земли. Именно это общество с законодательной помощью эфирного мира в строгом смысле этого слова, управляет духами и смертными на всех этапах их существования.
В одном месте можно прочитать рассказ о «высшей инициации» в «великое Братство» покойного бельгийского спирита по имени Иобар; это в достаточной мере напоминает масонские посвящения, но «испытания» здесь более серьёзны и не носят чисто символического характера. На этой церемонии председательствовал сам автор, который, хоть и будучи живым, обладал одной из самых высоких степеней в этом странном обществе. На другой день мы видим его «возглавившим войско Третьего Ордена (sic), состоящее примерно из десяти тысяч духов, мужского и женского полов», чтобы отправиться «в колонию, населяемую малость отсталыми духами», и «очистить атмосферу этого места, где находилось свыше миллиона жителей, посредством известного нам химического процесса, чтобы произвести спасительную реакцию в представлениях, сохранявшихся среди населения»; кажется, что «эта страна была владением флюидической Франции», поскольку здесь, как и у теософистов, каждая область земли имеет своё «флюидическое соответствие». «Великое Братство» борется с другой организацией, равным образом «флюидической», которая, конечно, является «клерикальным Орденом». Впрочем, автор в том, что касается его лично, решительным образом заявляет, что «главная цель его миссии состоит в том, чтобы подорвать и ограничить влияние клерикализма в другом мире и, как следствие, в этом». Достаточно этих бредней, но мы хотели представить их небольшой обзор, потому что они демонстрируют, в некотором роде в грубом состоянии, образ мышления, присущий в более или менее смягченной форме многим другим спиритам и «неоспиритуалистам»; разве не является отныне обоснованным разоблачение этих вещей как подлинной общественной опасности?
В качестве любопытного факта приведем ещё это описание, которое «дух» сделал касательно своей жизни в загробном мире:
Чаще всего человек умирает, не осознавая того, что с ним случается. Он приходит в сознание спустя несколько дней, иногда спустя несколько месяцев. Это пробуждение далеко от того, чтобы быть приятным. Он видит вокруг себя существа, которые он не узнает: голова этих существ чаще всего напоминает череп скелета. Охватывающий его ужас часто вынуждает его потерять сознание во второй раз. Мало-помалу происходит привыкание к этим видениям. Тело духов материально и состоит из газообразной массы, имеющей приблизительно тяжесть воздуха; у него нет ни рук, ни ног, ни живота. Духи движутся со скоростью, которая зависит от их желания. Когда они движутся очень быстро, их тела удлиняются и становятся цилиндрическими; когда они движутся с наиболее возможной скоростью, их тело принимает форму спирали, насчитывающей четырнадцать оборотов с диаметром тридцать пять сантиметров. Оборот может иметь диаметр четыре сантиметра. Приняв эту форму, они достигают скорости, равной скорости звука […] Обычно мы находимся в жилищах людей, так как дождь и ветер очень неприятны для нас. Свет, который мы предпочитаем, это ацетилен; это идеальный свет. Во-вторых, медиумы используют свет, позволяющий нам видеть на расстоянии метра вокруг них; этот свет привлекает духов. Духи плохо видят одежду людей; одежда напоминает облако; они видят даже некоторые внутренние органы человеческого тела; но они не видят мозг из-за черепа. Но они понимают мысли людей, и иногда эти мысли делаются понятны, хоть с губ не упало ни слова. В мире духов царит закон сильнейшего, это состояние анархии. Если сеансы не удаются, то дело в том, что дух-злоумышленник не покидает стол и почиет на нем от одного сеанса к другому, так что духи, желающие вступить в серьёзное общение с членами круга, не могут приблизиться к столу […] В среднем духи живут от ста до ста пятидесяти лет. Плотность тела увеличивается к столетнему возрасту; после этого плотность и сила уменьшаются и, наконец, они растворяются, как все растворяется в природе ˂…˃ Мы подвластны законам давления воздуха; мы материальны; мы не испытываем интереса; мы скучаем. Все, что является материей, подвержено законам материи: материя распадается; наша жизнь не длится большое ста пятидесяти лет; после мы умираем навсегда.
Это материалистический и отрицающий бессмертие дух должен рассматриваться большинством спиритов как достаточно гетеродоксальный и мало «просвещенный»; и экспериментаторы, которые получали эти странные «сообщения», уверяют кроме того, что «самые умные духи решительно протестуют против идеи Бога»; у нас есть немного оснований полагать, что сами они имели сильные предпочтения в пользу атеизма и «монизма». Как бы то ни было, люди, серьёзно фиксировавшие глупости, пример которых мы только что привели – как раз из тех, кто претендует на «научное» изучение этих феноменов. Они окружают себя впечатляющими аппаратами и даже воображают, будто создали новую науку, «физическую психологию»; разве это не подрывает доверие к подобным исследованиям у разумных людей и разве сложно оправдать тех, кто предпочитает заведомо отрицать всё это? Однако, совсем рядом со статьей, из которой мы заимствовали предшествующие цитаты, мы находим другую, в которой некий психист, являющийся, впрочем, едва замаскированным спиритом, заявляет спокойно, что «сомневающихся, оппонентов и упрямцев в области исследования психических феноменов следует рассматривать как больных», что «превозносимый научный дух в этого рода изысканиях может вызвать, в конце концов, у исследователя нечто вроде мании, если можно так сказать, ˂…˃ приступов хронического бреда, форму явного безумия», наконец, что сомнение, укоренившееся на благоприятной почве, может развиваться вплоть до маниакального помешательства». Очевидно, люди, являющиеся чересчур здравомыслящими, должны считаться безумцами в глазах тех, кто сам более или менее является сумасшедшим. Здесь все очень естественно, но скорее внушает страх, что если спиритизм продолжит распространяться, то наступит, возможно, день, когда любой, кто позволит себе его критиковать, просто-напросто подвергнется заключению в сумасшедший дом!
Вопрос, которому спириты придают большое значение, но по которому они не могут прийти к согласию, это вопрос о том, сохраняют ли «духи» свой пол; он интересует их прежде всего из-за следствий, которые он может иметь с точки зрения реинкарнации: если пол присущ «перисприту», он должен оставаться неизменным во всех жизнях. Очевидно, что для тех, кто подобно Анри Лакруа мог присутствовать на свадьбах духов, вопрос разрешен положительно, или скорее он даже не ставится; но не все спириты пользуются столь исключительными способностями. Аллан Кардек, к тому же, дал категорический отрицательный ответ:
У духов вовсе нет пола, как вы его понимаете, так как пол зависит от организации (имеется в виду, без сомнения, организм). Между ними бывает любовь и симпатия, но основанная на сходстве чувств».
И он добавил:
«Духи воплощаются мужчинами или женщинами, потому что у них нет пола; так как они должны развиваться, каждый пол, также как любое социальное положение, предлагают им особые испытания и задания и возможность приобрести опыт. Тот, кто всегда был бы мужчиной, не знал бы того, что знают женщины.
Но у его учеников вовсе не было той же уверенности, без сомнения, по причине того, что они получили на эту тему слишком много противоречивых «сообщений». Поэтому в 1913 г. спиритический орган «Фратернист» испытал потребность категорично поставить вопрос, который он сформулировал в следующих словах:
Какой вы представляете жизнь на том свете? В особенности, сохраняют ли свой пол духи или точнее перисприты или же они становятся бесполыми, оказавшись на астральном плане? Если пол теряется, то как объяснить, что при новом воплощении пол чётко определен? Известно, что по утверждению многих оккультистов перисприт является формой, на основе которой образуется новое тело.
Последняя фраза содержит ошибку в том, что касается оккультистов в собственном значении этого слова, потому что они, напротив, говорят, что «астральное тело», являющееся для них эквивалентном «перисприта», распадается в промежутке между двумя «воплощениями»; мнение, которое выражает эта фраза, является, скорее, мнением некоторых спиритов. Но во всем этом столько путаницы, что, конечно, простительно здесь не ориентироваться. Г-н Леон Дени, «спросив мнение своих духовных руководителей», ответил, что «пол существует, но он остается нейтральным и не играет роли», и что «после реинкарнации перисприт заново образует связь с материей и опять принимает пол, который ему привычен, если только «какой-либо дух не желает поменять приданный ему пол». Г-н Габриэль Делан касательно этого особого момента оказался более верным учению Аллана Кардека, так как он заявил, что
духи являются бесполыми, просто-напросто потому, что у них нет необходимости воспроизводиться на том свете, и что «некоторые случаи реинкарнации, кажется, свидетельствуют, что пол меняется для одного и того же духа в соответствии с целью, которая (sic) ставится перед ним на этом свете; именно это, по крайней мере, вытекает, кажется, из сообщений, полученных почти повсюду за полстолетия.
Среди опубликованных ответов имеются также ответы нескольких оккультистов, особенно Папюса, который, взывая к авторитету Сведенборга, написал следующее:
Для духовных существ существует пол, но этот пол не имеет никакой связи со своим аналогом на земле. На духовном плане имеются существа по своим чувствам женские и существа, по своему разуму мужские. Приходя на землю, каждое из этих существ может принять другой материальный пол, нежели чем астральный пол, которым он обладал.
С другой стороны, оккультист-диссидент Эрнест Боск искренне признался, что представляет себе жизнь на том свете «совершенно такой же, как и в этом более низком мире, но с той разницей, что, по ту сторону у нас гораздо больше времени для умственной и духовной работы ради нашей эволюции, так как нам не надо более заботиться о материальных вопросах. Это «упрощенчество» не помешало ему с полным основанием протестовать против неимоверной глупости, присущей вопроснику в Fraterniste, и заключавшейся в следующем:
Вся важность этого вопроса станет понятной, когда мы скажем, что для многих спиритистов (sic) духи не имеют пола, в то время как оккультисты верят в инкубов и суккубов, тем самым наделяя наших друзей из космоса половой принадлежностью.
Никто никогда не утверждал, что инкубы и суккубы являются «развоплощёнными» людьми; некоторые оккультисты, кажется, рассматривают их в качестве «элементалов», но перед ними все верившие в инкубов и суккубов были единодушны в том, чтобы считать их демонами и никем иным; если именно их спириты называют «нашими друзьями из космоса», то это совершено показательно!
Мы были вынуждены забежать чуть вперед с вопросом о реинкарнации; мы укажем ещё, чтобы закончить эту главу, на другой момент, который дает место стольким же расходящимся мнениям, что и предшествующий: случаются ли перевоплощения целиком на земле, или они могут происходить также и на других планетах? Аллан Кардек учит, что душа может снова жить несколько раз на одной и той же планете, если она недостаточно развита, чтобы перейти в высший мир; для неё может иметься множество земных жизней, но также и жизней на других планетах, и именно степень эволюции «духов» определяет их переход с одной планеты на другую. Вот уточнения, которые он дает касательно планет Солнечной системы:
Согласно духам, из всех планет, составляющих нашу планетарную систему, Земля принадлежит к числу тех, чьи обитатели менее всех развиты в физически и нравственно, Марс ещё ниже, а Юпитер намного выше во всех отношениях. Солнце вовсе не является миром, населяемым физическими существами, но это место встреч высших духов, которые оттуда озаряют мыслью иные миры, которыми они управляют через менее высоких духов, передавая им свою волю посредством всеобщего флюида. Как физическое тело Солнце является центром электричества. Все солнца, кажется, находятся в одинаковой позиции. Размер и удаленность от Солнца не имеют никакой неизбежной связи со степенью развития миров, потому что говорят, что Венера более развита, чем Земля, а Сатурн менее развит, чем Юпитер. Несколько духов людей, известных на Земле, утверждали, что перевоплотились на Юпитере, одном из самых близких к совершенству миров, и можно было удивляться, видя на этой столь развитой планете людей, которых общественное мнение в этом мире не помещало на один и тот же уровень. В этом нет ничего, что должно изумлять, если учитывать, что некоторые духи, обитающие на этой планете, могли быть посланы на Землю ии выполнять здесь миссию, которая, на наш взгляд, не помещала их на первое место; во-вторых, между их жизнью на Земле и жизнью на Юпитере они могли иметь промежуточные жизни, в которых они совершенствовались; в-третьих, наконец, в этом мире, как и в нашем, существуют различные степени развития, и между этими степенями может иметься дистанция, отделяющая у нас дикаря от цивилизованного человека. Таким образом, из факта пребывания на Юпитере не вытекает принадлежность к уровню самых развитых существ, точно также как жизнь в Париже не делает нас институтскими учеными.
Мы уже видели историю «духов», обитающих на Юпитере, когда речь шла о медиумических рисунках Викторьена Сарду; можно было бы поинтересоваться, как выходит, что эти «духи», продолжая жить в настоящее время на другой планете, могут, однако, отправлять послания жителям Земли; стало быть, спириты полагают, что они по-своему решили проблему межпланетных сообщений? Кажется, их мнение заключается в том, что эти сообщения действительно возможны благодаря их методам, но только в случае, когда речь идёт о «высших духах», которые, «продолжая обитать в некоторых мирах, не ограничены, подобно людям на земле, и могут лучше, чем остальные, быть повсюду». Некоторые «ясновидящие» оккультисты и теософисты, наподобие г-на Ледбитера, утверждают, что обладают способностью переноситься на другие планеты, чтобы производить там «исследования»; без сомнения, их следует причислить к этим «высшим духам», о которых говорят спириты; но те, даже если также могли бы переноситься туда лично, не имеют никакой нужды обременять себя этой заботой, потому что «духи», воплощенные они или нет, сами являются, чтобы удовлетворить их любопытство и поведать им о том, что происходит в этих мирах. По правде говоря, то, что рассказывают эти «духи», совершенно неинтересно. В книге Дангласа Хоума, которую мы уже цитировали по поводу Аллана Кардека, есть глава, называющаяся «Вздор», из которой мы берем этот отрывок:
Некоторые научные данные, которые мы представляем на суд читателя, нам были предоставлены в форме брошюры. Это ценный сборник, который бы доставил удовольствие ученому миру. Из него явствует, например, что стекло играет большую роль на планете Юпитер; это необходимый материал, обязательное дополнение к любой непринужденной жизни на ней. Умерших кладут в стеклянные ящики, и эти ящики в качестве украшений помещают в жилища. Дома также из стекла, так что не следует бросать камни на этой планете. Есть ряды этих дворцов из хрусталя, которые именуются Séména. Там практикуют нечто вроде мистической церемонии, и по этому случаю, то есть один раз в семь лет, провозят причастие по стеклянным городам на колеснице из стекла. Обитатели Юпитера гигантского роста, как утверждает Скаррон; они от семи до восьми футов в высоту. В качестве домашних животных они разводят особую породу больших попугаев. Неизменно обнаруживаешь одного, когда входишь в дом, за дверью, вяжущего ночной колпак […] Если мы поверим другому медиуму, не менее хорошо осведомленному, то именно рис приспособлен лучше всего к солнцу планеты Меркурий, если я не ошибаюсь. Но там он не растет, как на земле, в форме рассады, а «благодаря климатическим условиям и сознательному уходу в воздухе он достигает высоты, превышающей макушки самых высоких домов. Житель Меркурия, желающий наслаждаться совершенством otium cum dignitate, должен, когда он молод, вложить все своё состояние в рисовое поле. Среди самых высоких стеблей на своем участке он выбирает один, чтобы взобраться на его вершину; затем, по примеру крысы в сыре, он проникает внутрь огромного стручка, чтобы пожирать его восхитительный плод. Когда он все съедает, он начинает тот же самый труд на другом стебле.
Достойно сожаления, что Хоум не дал точных ссылок, но у нас нет никаких оснований сомневаться в аутентичности того, о чем он сообщает, и что, конечно, намного было превзойдено сумасбродствами Анри Лакруа; эти бредни, которые вполне в обычном духе спиритических «сообщений», прежде всего указывают на большую бедность воображения. Этому весьма далеко до фантазий писателей, предполагавших путешествия на другие планеты и, по крайней мере, не утверждавших, что их изобретения обладают реальностью. Впрочем, имеются случаи, где такие труды оказали определённое влияние. Нам приходилось слышать, что «ясновидящий» спирит дал описание жителей Нептуна, которое явно вдохновлено романами Уэллса. Стоит заметить, что даже у самых одаренных в отношении воображения писателей фантазии этого рода всегда, в сущности, остаются вполне земными: они наделяли обитателей других планет чертами, заимствованными у обитателей Земли, более или менее измененными, либо в том, что касается их размеров их внешнего облика. Иначе не могло и быть, и перед нами один из лучших примеров, которые можно дать, чтобы показать, что воображение является способностью исключительно чувственного0 порядка. Это наблюдение должно позволить понять, почему мы сопоставляем эти концепции с теми, которые касаются «загробной жизни» в собственном значении этого слова: дело в том, что в обоих случаях подлинный источник совершенно одинаков; и результат тот, что может иметься, когда имеешь дело с «подсознательным» воображением весьма посредственных и скорее находящихся ниже среднего уровня людей. Эта тема, как мы говорили, связана к тому же прямо с самим вопросом об общении с умершими: именно эти совершенно земные представления позволяют поверить в возможность такого общения; и мы таким образом пришли к тому, чтобы наконец приступить к исследованию основополагающей гипотезы спиритизма, исследованию, которое будет в значительной степени облегчено и упрощено всем тем, что было сказано прежде.