Novembre 1932
Novembre 1932 – Nous avons posé, dans le numéro de juin, une question au sujet de la mort mystérieuse du « Dr G. Mariani » ; aucune réponse n’étant encore venue, nous pensons qu’il est temps de commencer à donner quelques précisions. Cette mort, à laquelle la R.I.S.S. ne fit qu’une allusion plutôt équivoque, fut annoncée publiquement dans un feuilleton de la Liberté, sorte d’enquête « romancée », suivant la mode du jour, sur les « dessous de l’occultisme contemporain », due à deux auteurs dont l’un au moins, ami intime de « Mariani », connaît parfaitement tous nos ouvrages (on va voir l’intérêt de cette remarque). Dans le numéro du 25 mars, au cours d’un dialogue supposé entre les deux collaborateurs, il est question du « Roi du Monde », qui, dit-on, « rappelle singulièrement le Prince du monde des Évangiles » ; et il nous faut admirer en passant ce tour de prestidigitation : les Évangiles n’ont jamais parlé du « Prince du monde », mais bien du « Prince de ce monde », ce qui est si différent que, dans certaines langues, il y faudrait deux mots entièrement distincts (ainsi, en arabe, « le monde » est el-âlam, et « ce monde » est ed-dunyâ). Vient ensuite cette phrase : « La mort récente d’un garçon qui se consacre à tâcher de découvrir la vérité sur ce point-là précisément, – je parle d’un vieil ami à moi, de Gaëtan Mariani, – prouve que la question est dangereuse ; il devait en savoir trop long ! »
L’affirmation est donc bien nette, malgré le lapsus qui fait dire que ce mort « se consacre… », au présent ; par surcroît, pour ceux qui ne sauraient pas qui est « Mariani », une note ajoute qu’il est l’auteur… de notre propre étude sur Le Roi du Monde, dont on a bien soin de préciser que c’est « un livre très rare », et qui en effet est entièrement épuisé ! Il est vrai que, dans le numéro du 18 février, notre Erreur spirite est non moins curieusement attribuée à un personnage imaginaire dénommé « Guerinon » ! Puisqu’il se trouve que nos livres sont signés « René Guénon », la plus élémentaire correction exige que, quand on en parle, on reproduise ce nom tel quel, ne serait-ce que pour éviter toute confusion ; et, bien entendu, s’ils étaient signés… Abul-Hawl (dût le « F∴ Fomalhaut » en frémir d’épouvante dans sa tombe), ce serait exactement la même chose. – Ce n’est pas tout : nous fûmes informé que ceux qui répandaient le bruit de la mort de « Mariani » l’attribuaient à un accident d’hydravion survenu en mer à la fin de décembre dernier, à proximité du port où il avait sa résidence ; mais… nous avions bien quelques raisons pour évoquer à ce propos le souvenir du pseudo-suicide d’Aleister Crowley, que la mer avait, lui aussi, soi-disant englouti dans ses flots… En effet, d’autres informations de source très sûre nous faisaient connaître que la victime (ou plus exactement l’une des deux victimes) de l’accident en question avait effectivement beaucoup de points de ressemblance avec « Mariani » ; même nom à une lettre près, différence d’âge de moins d’un an, équivalence de grade, même résidence ; mais enfin ce n’était point « Mariani » en personne. Il faut donc croire qu’on a utilisé cet étonnant ensemble de coïncidences pour une fin qui demeure obscure ; et nous ne devons pas oublier d’ajouter que, pour achever d’embrouiller les choses à souhait, le corps de la victime ne put être retrouvé ! Ainsi, il ne s’agirait là que d’une sinistre comédie ; s’il en est bien ainsi, fut-elle montée par « Mariani » lui-même ou par… d’autres, et pour quels étranges motifs ? Et la R.I.S.S. fut-elle dupe ou complice dans cette fantasmagorique « disparition » de son collaborateur ? Ce n’est point, qu’on veuille bien le croire, pour la vaine satisfaction de démêler les fils d’une sorte de « roman policier » que nous posons ces questions ; faudra-t-il, pour obtenir une réponse, que nous nous décidions finalement à mettre en toutes lettres les noms des héros de cette invraisemblable histoire ?
P.-S. – Nous prions nos lecteurs de noter : 1° que, n’ayant jamais eu de « disciples » et nous étant toujours absolument refusé à en avoir, nous n’autorisons personne à prendre cette qualité ou à l’attribuer à d’autres, et que nous opposons le plus formel démenti à toute assertion contraire, passée ou future ; 2° que, comme conséquence logique de cette attitude, nous nous refusons également à donner à qui que ce soit des conseils particuliers, estimant que ce ne saurait être là notre rôle, pour de multiples raisons, et que, par suite, nous demandons instamment à nos correspondants de s’abstenir de toute question de cet ordre, ne fût-ce que pour nous épargner le désagrément d’avoir à y répondre par une fin de non-recevoir ; 3° qu’il est pareillement inutile de nous demander des renseignements « biographiques » sur nous-mêmes, attendu que rien de ce qui nous concerne personnellement n’appartient au public, et que d’ailleurs ces choses ne peuvent avoir pour personne le moindre intérêt véritable : la doctrine seule compte, et, devant elle, les individualités n’existent pas.
Ноябрь 1932 г.
(перевод на русский язык отсутствует)