Mai 1932
Mai 1932 – Dans la Nouvelle Revue Française (n° du 1er février), sous le titre : La mise en scène et la métaphysique, M. Antonin Artaud expose des vues un peu confuses parfois, mais intéressantes, qui pourraient être regardées en quelque sorte comme une illustration de ce que nous disions récemment ici même sur la dégénérescence qui a fait du théâtre occidental quelque chose de purement « profane », tandis que le théâtre oriental a toujours conservé sa valeur spirituelle. Il est étonnant que le mot de « symbolisme » ne soit jamais prononcé au cours de cette étude qu’il aurait grandement éclairée, car c’est bien de l’application du symbolisme à l’art théâtral qu’il s’agit : la mise en œuvre de multiples moyens autres que la parole n’est pas autre chose en réalité. Nous ne savons pourquoi, d’autre part, on nous a attribué (et en la mettant entre guillemets) une phrase que nous n’avons jamais écrite ; ce n’est pas que nous ne puissions en approuver l’idée, pour autant que nous la comprenons, mais les termes en lesquels elle est exprimée sont totalement étrangers à notre vocabulaire, et, de plus, nous n’aurions jamais pu dire « nous », en parlant des Occidentaux. – C’est aussi une phrase apocryphe, mais beaucoup moins inoffensive, et d’ailleurs toujours la même, que nous prête, pour la vingtième fois peut-être, M. paul le cour dans Atlantis (n° de janvier-février) ; il est vrai que, de sa part, rien de ce genre ne peut nous étonner, après avoir vu comment deux noms propres écrits à plusieurs reprises sur un mur pouvaient, à ses yeux, se métamorphoser en une phrase… approximativement latine. Du reste, il n’est même pas besoin d’une imagination aussi fertile pour faire dire à quelqu’un ce qu’il n’a jamais dit, et parfois même tout le contraire de ce qu’il a voulu dire ; il suffit pour cela de détacher un lambeau de phrase de son contexte, et il en est des exemples fameux (Qâla Allahu taâla : Fawaylun lil-muçallîn…). Quoi qu’il en soit, M. paul le cour, dans ce numéro, ne consacre pas moins de deux articles à nous attaquer, d’abord à propos du Symbolisme de la Croix, dont il prétend à son tour traiter à sa façon (ou plutôt à celle du Hiéron de Paray-le-Monial : Aor-Agni et autres fantaisies déjà connues), puis à propos de l’hermétisme et de quelques-uns de nos articles du Voile d’Isis. Il évoque même le témoignage de tous les gens qui n’ont rien compris à ce que nous écrivons ; s’il savait à quel point nous est indifférente cette « critique », profane, incompétente par définition en matière initiatique ! Nous écrivons pour instruire ceux qui sont aptes à comprendre, non pour solliciter l’approbation des ignorants ; et ce que nous faisons n’a rien à voir avec la littérature, n’en déplaise à M. paul le cour qui confond l’hermétisme avec l’esthétique et qui s’amuse à compter les mots de nos phrases (ce qui l’a sans doute empêché de voir que nous parlions, dans Le Symbolisme de la Croix, d’une représentation géométrique à trois dimensions et d’un sphéroïde indéfini, puisqu’il nous reproche de n’en avoir rien fait !). Il reproduit aussi, contre nous, une lettre d’un certain M. Alvart, en lequel nous croyons bien reconnaître un ancien « adorateur » de Mme Blavatsky (voir Le Théosophisme, p. 58) ; comme nous y avons déjà implicitement répondu dans notre article du mois dernier, nous n’y reviendrons pas. Mais nous nous en voudrions de ne pas signaler la nouvelle trouvaille linguistique de M. paul le cour : il énonce gravement que « le mot chrétien est un développement du mot croix » ; mais que dire à quelqu’un qui pense apparemment que le latin est dérivé de l’espagnol, puisqu’il écrit que « hermoso en espagnol est devenu formosus en latin » ? Quant à notre article sur La langue des oiseaux (et non pas Le langage des oiseaux), nous maintenons intégralement ce que nous y avons dit de l’origine et du sens premier du mot latin carmen, en dépit de la bizarre et fort peu « normale » étymologie qui a été « signalée » à M. paul le cour, et qui, peut-être, « peut en imposer à certains esprits manquant de sens critique » ; et, franchement, de quel poids s’imagine-t-on que puissent être pour nous des assertions d’orientalistes ? D’autre part si nous avons parlé des oiseaux en question comme symbolisant les anges, c’est que la tradition islamique est formelle sur ce point ; nous n’exprimons pas d’opinions individuelles, et nous n’avons à connaître que la tradition. C’est d’ailleurs bien de la « langue des oiseaux » qu’il s’agissait (le Qorân dit expressément : mantiqat-tayri), et nullement du « chant des oiseaux », qui pourrait avoir une autre signification, mais qui en tout cas n’était pas en cause ; vraiment, notre contradicteur « ne nous paraît pas qualifié pour parler de ces choses ». Souhaitons pourtant que les variations plus ou moins brillantes auxquelles il se livre à ce sujet ne soient pas pour lui le… « champ du signe » ! En effet, s’il est possible que nous « fassions sourire » quelques ignorants qui se croient très forts, M. paul le cour, lui, nous fait franchement rire aux éclats, et les occasions en sont trop rares, en cette maussade fin de Kali-Yuga, pour que nous ne lui en sachions pas quelque gré. Rabbuna ikhallîk, yâ bafuna !
Май 1932 г.
(перевод на русский язык отсутствует)