Mai 1946
Mai 1946 Longfield Beatty. The Garden of the Golden Flower. (Rider and Co., London). – Ce livre dont le titre même est une allusion manifeste à l’interprétation du Secret de la Fleur d’Or donnée par C. J. Jung, est un exemple caractéristique de la fâcheuse influence exercée par les conceptions psychanalytiques sur ceux qui veulent s’occuper de symbolisme sans posséder des données traditionnelles suffisantes. Assurément, l’auteur entend bien aller plus loin que les psychanalystes et ne pas se limiter au seul domaine reconnu par ceux-ci ; mais il n’en regarde pas moins Freud et ses disciples, et aussi Frazer d’un autre côté, comme des « autorités incontestées » dans leur ordre, ce qui ne peut que lui fournir un fort mauvais point de départ. Si la thèse se bornait à envisager deux principes complémentaires, ainsi que leur union et ce qui en résulte, et à chercher à retrouver ces trois termes aux différents « niveaux » qu’il appelle respectivement « physique », « mystique » (?) et « spirituel », il n’y aurait certes rien à redire, puisque cela est effectivement conforme aux enseignements de toute cosmologie traditionnelle ; mais alors il n’y aurait évidemment nul besoin de faire appel à la psychanalyse, ni d’ailleurs à des théories psychologiques quelles qu’elles soient. Seulement, l’influence de celles-ci, et aussi celle du « totem » et du « tabou », apparaissent à chaque instant dans la façon spéciale dont ces questions sont traitées ; l’auteur ne va-t-il pas jusqu’à faire de l’« inconscient » la source de tout symbolisme, et du trop fameux « complexe d’Œdipe » (quels que soient d’ailleurs les efforts qu’il fait pour en « spiritualiser » la signification) le point central de toutes ses explications. Celles qu’il donne au sujet des « héros solaires » et d’autres « mythes » et « légendes », et qui forment la plus grande partie de l’ouvrage, sont d’ailleurs, d’une façon générale, extrêmement confuses, et lui-même ne semble pas toujours très sûr de leur exactitude ; on a l’impression qu’il essaie de procéder par une série d’approximations successives, sans qu’on puisse voir nettement à quoi elles le conduisent ; et les correspondances plutôt embrouillées et souvent douteuses qu’il indique dans divers tableaux (il les appelle assez singulièrement des « équations ») ne sont guère de nature à éclaircir son exposé. Ajoutons encore que, sur les doctrines traditionnelles elles-mêmes, son information, à en juger par la bibliographie placée à la fin du livre, semble être bien restreinte et ne provenir trop souvent que d’écrits fort peu dignes de confiance sous ce rapport ; comme ceux des théosophistes par exemple (la Secrète Doctrine, de Mme Blavatsky, etc., l’Esoteric Christianity, de Mme Besant), ou encore la Mystical Qabbalah, de Dion Fortune, dont nous avons parlé ici autrefois (n° de décembre 1937) ; sa connaissance de la tradition extrême-orientale paraît se réduire à peu près à la Creative Energy, de Mears, qui est une interprétation « christianisée » et passablement fantaisiste du Yi-King ; tout cela est assurément bien insuffisant, mais, au fond, c’est cette insuffisance même qui explique qu’il ait pu se laisser séduire si facilement par la psychanalyse… Nous n’y insisterons pas plus longuement, mais nous noterons pourtant encore que l’étrange idée d’un Antéchrist féminin, qu’il a tirée du Gospel of the Witches de Leland et à laquelle il attribue une certaine importance, car il y revient à plusieurs reprises, ne présente pas de meilleures garanties que le reste au point de vue authentiquement traditionnel !
Май 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)