Février 1940
Février 1940 Éliphas Lévi. La Clef des Grands Mystères. (Éditions Niclaus, Paris). – Nos lecteurs savent quelles réserves nous avons à faire sur les œuvres d’Éliphas Lévi ; il convient d’ailleurs de ne prendre ce qu’elles contiennent que pour l’expression de « vues personnelles », car l’auteur lui-même n’a jamais prétendu revendiquer aucune filiation traditionnelle ; il a même toujours déclaré ne rien devoir qu’à ses propres recherches, et les affirmations contraires ne sont en somme que des légendes dues à des admirateurs trop enthousiastes. Dans le présent livre, ce qu’il y a peut-être de plus intéressant en réalité, bien qu’à un point de vue assez contingent, ce sont les détails vraiment curieux qu’il donne sur certains « dessous » de l’époque à laquelle il fut écrit ; ne fût-ce qu’à cause de cela, il méritait certainement d’être réédité. Dans un autre ordre, il y a lieu aussi de signaler certains des documents qui y sont joints en appendice, notamment les figures hermétiques de Nicolas Flamel, dont on peut cependant se demander jusqu’à quel point elles n’ont pas été « arrangées », et la traduction de l’Asch Mezareph du Juif Abraham ; pour cette dernière, il est fort à regretter que la provenance des fragments qui sont donnés séparément comme compléments des huit chapitres ne soit pas indiquée expressément, ce qui eût été une garantie de leur authenticité ; la reconstitution de l’ensemble du traité n’est d’ailleurs présentée que comme « hypothétique », mais il est bien difficile de savoir dans quelle mesure les copistes qui l’auraient « morcelé pour le rendre inintelligible » en sont responsables, et quelle y est au juste la part d’Éliphas Lévi lui-même.
Emmanuel Swedenborg. La Nouvelle Jérusalem et sa doctrine céleste, précédée d’une notice sur Swedenborg, par M. le pasteur E. -A. Sutton. (Édition du 250e anniversaire de Swedenborg, 1688-1938. Swedenborg Society, London). – Ce petit livre peut donner une idée d’ensemble de la doctrine de Swedenborg, dont il est comme un résumé ; il faut tenir compte, en le lisant, de ce qu’il y a souvent de bizarre dans la terminologie de l’auteur, qui emploie volontiers, non pas précisément des mots nouveaux, mais, ce qui est peut-être plus gênant, des mots ordinaires auxquels il donne une acception tout à fait inusitée. Il nous semble que, dans une traduction, on aurait pu, sans altérer le sens, faire disparaître ces étrangetés dans une certaine mesure ; les traducteurs, cependant, en ont jugé autrement, estimant cette terminologie nécessaire « pour désigner des choses nouvelles qui sont maintenant révélées », ce qui nous paraît un peu exagéré car, au fond, les idées exprimées ne sont pas d’un ordre si extraordinaire. À vrai dire, le « sens interne » des Écritures, tel que Swedenborg l’envisage, ne va même pas très loin, et ses interprétations symboliques n’ont rien de bien profond : quand on a dit, par exemple, que, dans l’Apocalypse, « le nouveau ciel et la nouvelle terre signifient une nouvelle Église », ou que « la sainte cité signifie la doctrine du Divin vrai », en est-on beaucoup plus avancé ? En comparant ceci avec le sens vraiment ésotérique, c’est-à-dire dans les termes de la tradition hindoue, le futur Manvantara dans le premier cas, et Brahmapura dans le second, on voit immédiatement toute la différence… Dans la « doctrine » elle-même, il y a un mélange de vérités parfois évidentes et d’assertions fort contestables ; et un lecteur impartial peut y trouver, même au simple point de vue logique, des « lacunes » qui étonnent, surtout quand on sait quelle fut par ailleurs l’activité scientifique et philosophique de Swedenborg. Nous ne contestons pas, du reste, que celui-ci ait pu pénétrer réellement dans un certain monde d’où il tira ses « révélations » ; mais ce monde, qu’il prit de bonne foi pour le « monde spirituel », en était assurément fort éloigné, et ce n’était, en fait, qu’un domaine psychique encore bien proche du monde terrestre, avec toutes les illusions qu’un tel domaine comporte toujours inévitablement. Cet exemple de Swedenborg est en somme assez instructif, car il « illustre » bien les dangers qu’entraîne, en pareil cas, le défaut d’une préparation doctrinale adéquate ; savant et philosophe, c’étaient là, certes, des « qualifications » tout à fait insuffisantes, et qui ne pouvaient en aucune façon lui permettre de discerner à quelle sorte d’« autre monde » il avait affaire en réalité.
Февраль 1940 г.
(перевод на русский язык отсутствует)