Juillet 1938
Juillet 1938 C. Kerneïz. Le Yoga de l’Occident. (Éditions Adyar, Paris). – Ce livre, qui se présente comme une suite au Hatha-Yoga du même auteur, dont nous avons parlé en son temps, veut être un essai d’adaptation, à l’usage des Occidentaux, de méthodes inspirées ou plutôt imitées de celles du Yoga ; nous ne pouvons dire qu’il y réussisse, car il est à la fois faux et dangereux. Ce qui est faux, tout d’abord, c’est l’idée que le Yoga est quelque chose d’indépendant de tout rattachement à une tradition quelconque ; on ne pourra jamais, dans ces conditions, pratiquer autre chose que des « pseudo-rites » qui n’auront aucun résultat effectif d’ordre supérieur, puisque nulle influence spirituelle n’y sera attachée, et qui ne pourront avoir que des effets uniquement psychiques d’un caractère plutôt inquiétant. Ce qui est non moins faux, c’est le point de vue « idéaliste » et « subjectiviste » de l’auteur, qui affecte toute son interprétation, et dans le principe même, ce ne sont là que des vues philosophiques modernes, qui ne sauraient avoir, quoi qu’il en dise, le moindre rapport avec les doctrines traditionnelles ; ne va-t-il pas jusqu’à présenter comme « postulats » du Yoga des propositions dont la substance est empruntée à Kant et à Shopenhauer ? La conséquence de ce point de vue, c’est que ce dont il s’agit en réalité n’est, au fond, qu’une vulgaire méthode d’« autosuggestion » ; l’auteur le reconnaît d’ailleurs, mais s’imagine que les résultats ainsi obtenus sont spirituellement valables ; la vérité est qu’ils sont parfaitement nuls, voire même négatifs ; en effet, ce à quoi parviendront le plus sûrement ceux qui voudront pratiquer les exercices qu’il indique, c’est un détraquement psychique irrémédiable… Tout cela s’accompagne de théories dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont fort étranges : il y a ainsi, notamment, une interprétation biologique de l’« Adam » que les Kabbalistes trouveraient bien inattendue ; il y a aussi la trop fameuse conception « pseudo-mystique » de l’« androgyne » réalisé par la fusion de deux êtres différents, qui ne peut avoir que les plus sinistres conséquences. Nous passerons sur la croyance à la réincarnation et sur d’autres idées qui ne relèvent que de l’« occultisme » courant ; mais nous ne pouvons nous dispenser de nous arrêter au paragraphe consacré au « choix provisoire d’une religion », car il contient des confusions véritablement inouïes. D’abord, il ne s’agit pas du tout là, comme on pourrait le supposer, de choisir une forme traditionnelle pour s’y rattacher réellement, mais seulement de l’adopter « idéalement », sans se soucier aucunement de remplir les conditions nécessaires pour y être admis en fait ; il est bien évident que cela est parfaitement vain, et, comme on ajoute qu’il ne « s’agit, pas de croire, mais de faire comme si l’on croyait », nous ne pouvons voir là qu’une assez odieuse comédie. En outre, il est conseillé de « laisser de côté les formules mortes (?) pour ne s’attacher qu’à l’ésotérisme » ; or, l’ésotérisme est une chose tout à fait différente de la religion, et d’ailleurs nul n’a le droit de choisir, suivant sa fantaisie, parmi les éléments constitutifs d’une tradition : il faut accepter celle-ci intégralement ou s’abstenir ; nous voudrions bien voir comment serait accueilli dans le Judaïsme, par exemple, quelqu’un qui déclarerait vouloir adhérer à « la religion juive ramenée à la Kabbale » ! Enfin, la dernière phrase de ce paragraphe mérite encore d’être citée : « la Franc-Maçonnerie peut très bien remplacer une religion, mais en la ramenant au Martinisme mystique dont elle est issue » ; ici, quiconque a les plus légères notions d’histoire de la Maçonnerie et sait tant soit peu ce qu’est le Martinisme ne pourra assurément s’empêcher d’éclater de rire ! L’auteur se vante, dans sa conclusion, de « faire sortir du Temple des secrets qui y ont toujours été jalousement gardés » ; s’il le croit sincèrement, nous ne pouvons que le plaindre ; en réalité, il n’a rien « révélé » d’autre, hélas ! que ses propres illusions… Gabriel Trarieux d’Egmont. La Vie d’outre-tombe. (Éditions Adyar, Paris). – Dans ce livre, consacré, comme son titre l’indique, à l’examen des données concernant les états posthumes de l’être humain, les choses les plus disparates sont mises assez malencontreusement sur le même plan ; les doctrines traditionnelles authentiques, les visions fort « mêlées » de Swedenborg, les expériences « métapsychiques », les modernes conceptions occultistes, théosophistes et même spirites ; il serait difficile de pousser l’« éclectisme » plus loin… L’auteur a manifestement une foi robuste en les « Maîtres » de la trop fameuse « Grande Loge Blanche », en la valeur de la « clairvoyance », en la « réincarnation », et aussi… en la prochaine « ère du Verseau », et ses conclusions s’en ressentent fortement ; c’est dire qu’il y a peu à en retenir pour ceux qui ont de bonnes raisons de ne pas partager de semblables convictions et qui tiennent avant tout à ne pas confondre la tradition avec ses contrefaçons.
Raoul Marchais. Mystère de la Vie humaine. (Éditions Adyar, Paris). – Dans ce livre encore, l’influence de la science moderne se fait fortement sentir ; mais ce avec quoi l’auteur veut la combiner, ce ne sont pas des idées authentiquement traditionnelles, quoique visiblement il les croie telles de bonne foi ; en effet, tout en déclarant d’ailleurs expressément qu’il n’est pas théosophiste, il prend fort sérieusement pour l’expression du « savoir antique »… tout ce qui est exposé dans la Doctrine Secrète de Mme Blavatsky. C’est cette « cosmogonie » fantastique, avec sa déformation évolutionniste, et par conséquent déjà bien moderne, des doctrines cycliques, qu’il s’est appliqué à traduire en un langage « philosophico-scientifique » qu’il estime plus généralement accessible ; nous n’oserions d’ailleurs pas garantir qu’il se soit toujours parfaitement reconnu au milieu de toutes les complications des « chaînes », des « rondes », des « races » et de leurs multiples subdivisions. Il lui arrive aussi parfois de toucher incidemment à des notions réellement traditionnelles, et il le fait d’une façon plutôt malheureuse : ainsi, il pense que le ternaire « Esprit-Vie-Matière » est identique à la Trinité chrétienne, ce qui prouve que, sur celle-ci, il est vraiment bien mal informé. Il a, d’autre part, une manière tout à fait « personnelle » et assez extraordinaire de « rectifier » l’astrologie ; mais nous croyons peu utile d’y insister davantage ; tout cela est sans doute très ingénieux, mais a seulement le défaut de manquer de toute base réelle ; et que de travail, à notre époque, est ainsi dépensé en pure perte, faute de véritables principes directeurs !
Июль 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)