Décembre 1937
Décembre 1937 Paul le Cour. L’Ère du Verseau (L’Avènement de Ganimède). (« Atlantis », Vincennes). – Nous avons déjà eu parfois l’occasion de signaler la singulière obsession que constituent, pour certains de nos contemporains, les prétendues « prophéties » en général et l’annonce de la prochaine « ère du Verseau » en particulier. Ce livre se rattache encore à ce genre de préoccupations ; il s’y trouve d’ailleurs peu de nouveau, car la plupart des choses qu’il contient avaient déjà été dites par l’auteur dans ses articles d’Atlantis. Nous noterons seulement qu’il se pose plus que jamais en héritier et en continuateur du Hiéron de Paray-le-Monial, ce dont il n’y a peut-être pas trop lieu de le féliciter, car, s’il y eut, dans ce « centre d’ésotérisme chrétien » d’un caractère assez spécial, certaines idées intéressantes, il y eut encore bien plus de rêveries : l’imagination de M. de Sarachaga était presque aussi fertile que celle de M. Paul Le Cour lui-même ! C’est d’ailleurs de là que ce dernier a tiré la fameuse théorie d’Aor-Agni, dans laquelle il a vu une révélation prodigieuse, et dont il croit maintenant retrouver la trace dans les noms et les mots les plus variés ; mais nous avons déjà assez parlé précédemment de toutes ces fantaisies pour ne pas y revenir plus longuement. Essayant de répondre aux objections que nous avons soulevées contre l’association de ces deux termes Aor-Agni, M. Paul Le Cour fait remarquer d’abord qu’« il existe beaucoup de termes composés de mots de langues différentes » ; c’est vrai pour les langues modernes, bien que les linguistes n’admettent d’ailleurs pas volontiers ce procédé de formation hybride, qu’ils regardent avec raison comme fort incorrect ; mais, en ce qui concerne les langues sacrées, une pareille chose est tout à fait impossible. Ensuite, il ajoute « qu’il ne voit pas sur quoi reposerait l’interdiction de voir dans le feu la lumière Aor et la chaleur Agni » ; malheureusement, ce que nous avons dit et ce que nous maintenons, c’est que, si Aor est bien en effet la lumière en hébreu, Agni, en sanscrit, n’est point seulement la chaleur, mais bien le feu lui-même, à la fois lumière et chaleur ; alors, que peut bien valoir une telle réponse ? – Il y a aussi dans ce livre une curiosité que nous regretterions de ne pas signaler : dans un endroit (p. 67), le début de l’ère juive est fixé à 4000 ans avant l’ère chrétienne (ce qui est une confusion pure et simple avec l’ère maçonnique), et, dans une autre (p. 139), à 4320 ; l’auteur ferait bien de se mettre tout au moins d’accord avec lui-même ; mais ce qui est le plus fâcheux, c’est que ni l’une ni l’autre de ces deux indications n’est exacte, car ladite ère juive commence en réalité 3761 ans avant l’ère chrétienne !
Gabriel Trarieux d’Egmont. Que sera 1938 ? (Flammarion, Paris). – Les prévisions pour la prochaine année ne sont point de notre ressort, d’autant plus qu’elles touchent forcément à un domaine, celui de la politique, que nous ne voulons aborder en aucune façon. On sait d’ailleurs assez ce que nous pensons de l’état actuel de l’astrologie ; le plus étonnant dans ces conditions, c’est qu’elle donne parfois malgré tout des résultats justes, et peut-être convient-il de les attribuer pour une bonne part, comme le reconnaît l’auteur de ce livre, aux facultés spéciales de l’astrologue qui les obtient, à une sorte d’« intuition », si l’on veut, mais qu’il faudrait bien se garder de confondre avec la véritable intuition intellectuelle, qui est assurément d’un tout autre ordre. Quoi qu’il en soit, nous trouvons ici, à côté de ces prévisions, certaines considérations d’une portée plus générale, parmi lesquelles il en est qui se rapportent encore à la fameuse « Ère du Verseau » (l’auteur annonce même son intention de faire paraître un ouvrage portant ce titre, en quoi il a été devancé par M. paul le cour) : il paraîtrait que nous sommes déjà dans cette ère depuis 1793, alors que d’autres affirment pourtant qu’elle n’est pas encore commencée, voire même qu’elle ne commencera que dans quelques siècles ; il est vraiment singulier qu’on ne puisse tout au moins se mettre d’accord sur ce point ! Naturellement, il est question aussi des soi-disant « prophéties » qui ont cours à notre époque ; mais l’auteur, plus raisonnable en cela que bien d’autres, reconnaît qu’on ne doit pas les accepter toutes sans discernement, et encore bien moins les multiples commentaires qui sont venus s’y ajouter ; au sujet des « prophètes de la Grande Pyramide », en particulier, il fait preuve d’un certain scepticisme dont nous ne pouvons que le féliciter. Il consacre son dernier chapitre à Nostradamus qui, dit-il, « n’est pas uniquement astrologue », ce qui est tout à fait exact, mais en qui il veut voir surtout un « clairvoyant », ce qui l’est beaucoup moins ; en fait, il s’agit dans ce cas de la connaissance de certaines sciences traditionnelles autres que l’astrologie, bien qu’appartenant également à l’ordre cosmologique, et encore plus complètement perdues pour nos contemporains…
Декабрь 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)