Paris, 3 août 1920
Chère Mademoiselle,
Il y a déjà quelque temps que je voulais vous écrire, mais j’ai attendu pour pouvoir vous donner le résultat pour mon livre : Rivière accepte de l’éditer à ses frais, et il m’a promis de le faire paraître avant la fin de l’année ; la convention a été signée hier. Comme vous devez le penser, je suis tout à fait satisfait, d’autant plus que je craignais que cela ne traîne beaucoup plus longtemps. En l’absence du P. Peillaube, c’est le secrétaire de la “revue de philosophie”, l’abbé Hèzelay (est-ce ainsi que s’écrit son nom ? je le défigure peut-être), qui a pris connaissance de mon manuscrit et a donné un avis favorable ; il a consulté aussi Maritain, qui a appuyé ; vous voyez que tout est pour le mieux. Je vous remercie d’avoir bien voulu écrire au P. Peillaube ; ce ne sera peut-être pas inutile, car Rivière préférerait, si la chose est possible, que l’ouvrage paraisse dans sa collection, parce qu’il y a déjà ainsi une vente assurée ; mais il n’en fait pas une condition essentielle, puisqu’il s’est engagé avant d’avoir consulté le P. Peillaube.
Vous savez sans doute que ce pauvre Germain a été refusé à l’agrégation ; il en a été un peu surpris d’autant plus que les appréciations que Lalande lui a données sont tout à l’opposé de ce qu’il pensait. Il a bien mauvaise mine en ce moment et nous a produit une impression pénible ; je crois qu’il aurait grand besoin d’un repos complet. Il a demandé un poste pour la rentrée, mais je me demande s’il sera en état de faire une classe ; du reste, il n’est pas sûr qu’il obtienne quelque chose, bien que Lalande lui ait parlé d’un poste possible aux environs de Bordeaux.
Nous sommes heureux de savoir que François va mieux ; quand à Françoise, elle est tout à fait remise maintenant. Aussi allons-nous partir demain pour Blois, et nous reviendrons ici à la fin de septembre. J’ai mis de côté ce que vous m’avez prêté ; je vous le rendrai à la rentrée.
Nous avons été ravis de notre soirée à l’Opéra : nous avons trouvé les décors superbes et la pièce très intéressante.
Croyez, chère Mademoiselle, à notre bien sympathique souvenir.
René Guénon
Париж, 3 августа 1920 г.
(перевод на русский язык отсутствует)