Paris, 31 décembre 1919
Chère Mademoiselle,
Je vous ai écrit il y a une quinzaine pour vous annoncer que nous étions enfin de retour à Paris, mais je crains fort que ma lettre ne vous soit pas parvenue, car elle a été mise à la poste en même temps que plusieurs autres, et d’aucune je n’ai eu de réponse. Je vous demandais alors s’il vous serait possible de venir nous voir au début de la semaine dernière, car nous pensions nous absenter entre Noël et le premier de l’an pour le mariage d’une de mes belles-sœurs ; mais, ce mariage ayant été fixé au 8 janvier, notre départ s’est trouvé un peu reculé. Nous quitterons Paris après demain, et nous comptons y être de retour vers le 15 ; j’espère bien qu’alors nous pourrons nous rencontrer.
Nous n’avons encore vu Germain qu’une seule fois, il y a à peu près trois semaines ; il m’avait alors donné quelques détails sur le projet de la “revue universelle” dont vous me parliez dans votre dernière lettre, et m’avait appris que le premier numéro ne pourrait paraître qu’en mars au lieu de janvier. Il m’avait dit aussi que, pour l’agrégation, il avait reçu une réponse d’après laquelle, pour la limite d’âge, on tiendrait compte des cinq années de guerre ; s’il en est ainsi, n’aurait-il pas mieux valu dire simplement tout de suite que cette limite était fixée à 35 ans ? Ce qu’il n’est pas possible de savoir encore, c’est si le bénéfice de l’admissibilité nous sera conservé ; mais on le conservera aux démobilisés qui se sont présentés au concours d’octobre ; s’il faut tout recommencer, je préférerai y renoncer purement et simplement, et d’ailleurs je pense que Dimier a raison dans l’article que vous m’avez envoyé. Je crois bien que je vous disais déjà tout cela dans ma précédente lettre ; si vous l’avez reçue, ce qui me paraît peu probable vous voudrez bien excuser la répétition.
Je répondais aussi à ce que vous me demandiez au sujet de mes travaux auxquels, du reste, j’ai pu enfin me remettre un peu depuis que nous sommes ici. Je ne crois pas que le mieux soit de commencer par une thèse de doctorat pour laquelle le plus difficile sera de faire accepter le sujet (je ne veux pas me laisser imposer une simple question de détail), aussi bien que la façon de le traiter ; ce que je crains le plus, c’est de me trouver en face de gens qui se déclarent incompétents. Il serait donc préférable que je publie d’abord autre chose ; mais ce sont les frais qui sont un peu effrayants en ce moment. D’autre part, il y a bien des questions que je ne voudrais pas aborder dans une thèse, mais auxquelles je me promets bien de consacrer tôt ou tard une série de travaux séparés, ce qui me semble d’ailleurs valoir mieux que des ouvrages trop volumineux. Enfin, j’espère que nous pourrons reparler un peu de tout cela prochainement.
Nous désirons, pour vous et les vôtres, que l’année nouvelle vous soit plus propice que celle qui vient de s’écouler, et nous vous prions de croire, Chère Mademoiselle, à nos sentiments les meilleurs.
René Guénon
Париж, 31 декабря 1919 г.
(перевод на русский язык отсутствует)