Paris, 16 décembre 1919
Chère Mademoiselle,
Nous voici enfin à Paris depuis une huitaine de jours ; malheureusement, nous serons obligés de nous absenter pour un mariage entre Noël et le premier de l’an, de sorte que je me demande quand nous pourrons nous rencontrer. Venez-vous de temps en temps à Paris et avez-vous quelques instants libres ? Dans ce cas, vous n’auriez qu’à nous prévenir ; je dois vous dire toutefois que toute cette semaine je suis pris.
Nous avons vu Germain, qui nous a donné quelques explications complémentaires au sujet de la “revue universelle”, dont je ne connaissais pas le projet avant que vous m’en parliez ; il nous a dit que l’apparition du premier numéro serait retardée jusqu’au mois de mars. Si je peux faire quelque chose pour la Revue, même en dehors de la partie philosophique, je le ferai très volontiers, enfin, nous en reparlerons.
Vous savez peut-être que Germain a reçu maintenant une réponse au sujet de l’agrégation ; il paraît qu’il pourra s’y présenter, parce qu’on tiendra compte des cinq années de guerre pendant lesquelles il n’y a pas eu de concours. Dans ces conditions, on aurait mieux fait de dire que la limite d’âge était fixée à 35 ans et non à 30… Merci pour l’envoi de l’article de Dimier ; je crois qu’il a raison dans son appréciation des vrais motifs de la mesure en question. – Il paraît que le bénéfice de l’admissibilité sera maintenue aux mobilisés qui se représenteront au concours spécial de l’an prochain, mais pour nous, il n’en est pas question ; si on ne nous le conserve pas, il est bien probable que je ne m’en occuperai pas.
Pour les leçons, j’ai en ce moment un élève ; c’est un commencement, mais je voudrais bien pouvoir en trouver quelques autres.
Quant à mes travaux, je voudrais avant de m’attaquer à la thèse de doctorat, pouvoir publier diverses choses moins importantes, ou plutôt moins volumineuses. Je crois qu’une des grandes difficultés, pour la thèse, sera de trouver le moyen de la faire accepter ; il est à craindre que je ne me trouve en présence de gens qui se déclarent incompétents. Je ne sais donc pas encore sous quelle forme je pourrai présenter cela ; en tout cas, vous devez bien penser que je ne veux à aucun prix faire un gros volume sur une simple question de détail, plus ou moins insignifiante, ce qui est le cas de la plupart des thèses. En somme, il s’agit pour moi de faire autre chose qu’un travail d’érudition, quelque chose qui ait vraiment une portée métaphysique, et pourtant d’un autre côté, il y a certains ordres de questions que je ne voudrais pas aborder dans une thèse ; vous voyez quelle est la difficulté.
À bientôt, je pense, chère Mademoiselle, le plaisir de vous voir ; en attendant, veuillez croire à notre bien sympathique souvenir.
René Guénon
Париж, 16 декабря 1919 г.
(перевод на русский язык отсутствует)